Jeudi 4 septembre 2008

Lundi premier septembre, la rentrée, accès à la cité U et pour avoir une chambre qui ne soit pas un dernier choix, mieux vaut y aller tôt (pensai-je).
En fait ils les distribuent sans demander son avis au futur occupant donc j'imagine que ça revient au même. Je descends en vélo du train à la première station de Rennes, en me frayant un chemin à travers valises, vélos et autres usagers en général serviables, la civilisation c'est admirable. Traversée du canal St Martin, de la rue de St Malo, je retrouve mes marques dans un environnement où je n'avais pas remis les pieds depuis plus d'un an. Comme la bicyclette, ça ne s'oublie jamais, ça fait juste du bien de s'y remettre. Cette fois, avec un vélo potable, même si les freins laissent à désirer, surtout devant, la roue voilée introduisant un côté alternatif qui peut faire mordre la poussière au cycliste dans un virage, par exemple. Arrivé à la cité Universitaire, une file assez courte est déjà en place mais rien de bien méchant. Les yeux grands ouverts histoire de ne pas rater une éventuelle tête connue. Aucune sauf un type que je jurerais avoir vu quelque part, sans doute au lycée. Veuillez faire la queue dehors, s'il vous plaît. Bien sûr monsieur. Quel brio dans le maintien de l'ordre dans le calme et la courtoisie tout de même. Mon tour : tout est en ordre, pour l'attestation de résidence ce n'est pas pressé; j'étais là il y a deux ans, pas besoin de me refaire le speech, sauf qu'il faut prendre rendez-vous avec l'agente de service pour l'état des lieux, très bien madame. On the road again, pas plus de trois cent mètres, tiens un range-vélo juste devant l'entrée, comme c'est pratique. Et la fenêtre donne juste dessus. le couloir fait très neuf mais la chambre est un peu décrépite, "c'est très humide" me dira madame Propre. Et le politiquement correct alors ?
Le nouveau départ est facilité par les variations du mobilier, ça fait toujours plaisir. les sanitaires eux arborent toujours la même association paradoxale de propreté quotidienne et d'incommodité froide. Joie en sortant : la rue est à quelques mètres, il suffit de monter une dizaine de marches. l'arrivée à l'Institut est vite faite. Le garage à vélo est dans la cour d'entrée ce qui n'est pas plus mal et accentue la cyclabilité, avant c'était franchement limite. A ma grande surprise il y a des gens, les mythes sur les fonctionnaires ont la vie dure. N'éxagérant pourtant rien, la dame de l'accueil n'y est pas, la scolarité est occupée mais fermée, et les êtres humains présents aux alentours déambulent nonchalemment accompagnés d'homologues et de papiers dans la main, pour faire style. Encore une fois, pas d'émotion particulière, moins de haine qu prévu en tout cas. Ajoutez quelques semblables et le naturel reviendra au galop, je pense: le 15 septembre n'est pas loin. La salle des conseils non plus, sauf que ce n'est plus la salle des conseils, mais une salle informatique. Où sera la salle des conseils ? Sans doute à la place d'une salle informatique, pardi, qui ne le sera plus, informatique, veux-je dire. Les écrans plats ostentatoirement exposés derrières les fenêtres font très classe, très Institut. Je monte au pas de course les quelques étages qui me séparent de celui de l'Espace Avenir, quelle pompe. La porte est close et le lundi fermé au public ; il y a sans doute une présence humaine derrière la porte mais si c'est fermé c'est bien pour que des importuns comme moi ne viennent pas déranger. Je redescends avec un enthousiasme descendant, en un certain sens, ce qui n'empêche pas une activité musculaire intense. Résultat : j'arrive en bas à bout de souffle, comme Belmondo, et je dois adresser la parole à mon interlocutrice qui s'apprête à monter en bégayant, très peu Institut, comme attitude. Quelque part réjoui de ne pas me soumettre à la discipline institutionnelle, je fais preuve de manque de confiance en moi mais parviens à remettre ce que j'étais venu remettre, c'est le principal: des choses à leur place, même s'il en manque quelques unes. Au passage j'apprends que quelques uns ne sont pas aussi vernis que moi et commencent à plancher dès le jour même.
Sous les colonnes du couvent, mon ancien prof d'anglais converse avec un type bien habillé, sans doute un homo academicus comme on en fait toujours. La scolarité est toujours fermée mais j'aimerais bien remettre ce qui me reste à remettre parmi les choses que j'étais venu remettre. L'enveloppe ne passe pas par la fente de la boîte aux lettres et ne mérite pas d'atterrir sur le linoléum, après plusieurs instants de tergiversation je frappe à la porte et entre en priant pour ne pas avoir affaire à la mauvaise humeur de la vieille fausse blonde qui se plaît, pendant ses heures de service, à exercer sans plus de scrupules la rectitude et la rêchitude de la bureaucratie. Mais non, c'est une tête nouvelle et seule qui se tourne vers moi alors que je passe la mienne par l'entrouverture de la porte. Un nouveau ! ce qui une fois n'est pas coutume ni n'a intérêt à l'être, me place dans le rôle du défenseur de l'Institution face au manque d'expertise des débutants. Arrogance potentielle donc, que je n'ai pas trop de mal à convertir en une tout aussi rarissime, moins malsaine, assurance. Mon dossier, deux photos et pas trois, pourquoi trois ? je ne suis pas nouveau (moi). Et ce texte inquiétant sur l'abandon du droit à l'image. Le potentiel de terreur m'envahit peu à peu : la force impersonnelle de l'Institution me domine complètement, la posture indiscutable de l'aimable frappe-clavier de l'autre côté du comptoir détruit la digue de sens commun que je croyais indestructible : en l'espace de quelques instants, sûr de moi apparemment seulement , j'acquiesce, saisis le stylo au service du public un peu plus à droite, date, signe mon arrêt de mort, ou presque. Bonne journée, un sourire aux lèvres et l'impression de ne pas savoir ce qui m'est arrivé, ni ce qui m'arrivera.

- Par Martin
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil
Blog : Sport sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus