J'imprime mon dossier d'inscription pour l'année universitaire qui vient et subrepticement, il ya plus de pages
que je ne le croyais qui sortent, notamment la dernière, joliment intitulée Formulaire de renonciation au droit d'image. Une impression bizarre (tiens, cette expression a un double sens
très drôle, mon humour est tellement décapant qu'il me sort sans que je m'en aperçoive), parce que d'habitude la direction et en particulier son titulaire a le bon goût de nous adresser des
communiqués qui fleurent bon le sarcasme et une prétention plus ou moins sincère à la transparence. Ceci dit peut-être que celui-ci m'aura échappé, qui sait, mais enfin en général tout m'arrive, je
suis un bel aimant. En tout les cas ce papier ne sent pas bon, lui. Le mettre discrètement à la fin du dossier d'inscription sans aucune mention antérieure, ça ressemble à une grosse entourloupe.
Entourloupe est un joli mot, mais la réalité qu'on cache derrière est moins réjouissante. Voilà ce que me dit la chose:
Formulaire de renonciation au droit d’image Pour tout
étudiant(e) de l’Institut Je soussigné (e) ________________________________________ (nom de
l’étudiant), accorde à l’Institut, ses représentants et toute personne agissant pour l’Institut, la permission irrévocable d’utiliser toutes les photographies ou les images que vous avez prises de
moi au sein de l’Institut au cours de mes études. Ces images peuvent être exploitées sous quelque forme que ce soit (brochure,
livret, guide, supports multimédias), mais l’Institut s’engage à les utiliser uniquement dans le cadre de la promotion des formations qu’il dispense. Je m’engage à ne pas tenir responsable l’Institut ainsi que ses représentants et toute personne agissant avec sa permission en ce qui relève de la possibilité
d’un changement de cadrage, de couleur et de densité qui pourrait survenir lors de la reproduction. Je déclare avoir 18 ans ou plus
et être compétent(e) à signer ce formulaire en mon propre nom. J’ai lu et compris toutes les implications de cette
renonciation au droit d’image. Nom de l’étudiant :___________________________________________________Adresse :___________________________________________________________ Ville :
_____________________________________ Code Postal : _____________Pays :_____________________________ Date :
_____________ Signature :
L'immonde objet s'adresse à tout étudiant de l'Institut, que j'ai anonymé, aprés tout ce blog est anonyme, je le rappelle. A tout
étudiant, même les récalcitrants, j'imagine, ce qui me fait penser que dire oui est indispensable à l'inscription, comme au mariage. D'ailleurs j'imagine mal les hautes autorités de l'institut
traquer les non signataires sur les photos qu'ils ont en stocks et l'intention de publier afin de ne pas violer le droit à l'image qu'ils (les non-signataires) auront eu le bon sens de conserver.
De fait en lisant bien le formulaire, on peut tout à fait trouver un bon prétexte pour ne pas le signer. Moi personnellement, je n'ai pas "lu et compris toutes les implications de cette
renonciation au droit à l'image". Les implications formelles et légales ça va, c'est l'objet du baratin ci-dessus, qui a pour unique objet protéger l'Institut de la combativité procédurale de pas
mal de ses étudiants, en cas de catastrophe naturelle imagiaire (genre violation du droit à l'image), mais certainement pas d'informer dans une perspective pédagogique et pluridisciplinaire ses
étudiants sur les implications concrètes qui arrivent à rentrer, tant bien que mal, dans l'enclos tracé par les législateurs. D'ailleurs les rares spécifications formelles qui renvoient à quelque
chose de compréhensible sur le plan pratique, genre "les utiliser uniquement dans le cadre de la promotion des formations qu’il dispense", me font froid dans le dos, je n'ai pas envie de prêter ma
gueule pour promotionner les fâcheuses tendances élitises de l'Institut. Je dis Institut, ce qui peut sonner élitiste, précisément, mais c'est du sarcasme, parce que moi, l'élitisme, prout.
(on dit ça, mais, ... me dit mon alter ego intérieur. Tais toi, walter egaux, dit l'autre). Institut, c'est le titulaire de la direction qui le dit tout le temps. Enfin, l'écrit, parce que c'est
plus un truc de langue écrite, et puis c'est plus propre, il est plus facile de faire des vannes cultivées. Attention, donc, hein, nous sommes un Institut, dans un Institut on se tient bien, on a
beau avoir été maoiste, on se tient bien et on ne fait pas grève. Parce qu'ici on n'est pas chez les minables de l'université, ou plutôt, on est ailleurs, c'est tout. Un peu de standing, on est de
gauche mais de la gauche civilisée, je vous préviens. Voire, parfois, de droite. Je vous jure.
Et en plus l'instinct de survie qui dans notre époque supermodernisée doit pour participer au jeu de massacre, acquérir une multidimensionnalité étourdissante, m'envoie des signaux de panique à la
lecture d'énormités telles que "renonciation au droit", "permission irrévocable", "toutes les photographies ou les images" (quelles images non photographiques ?), "peuvent être exploitées sous
quelquesformes que ce soit", "ne pas tenir responsable l'Institut ni rien du tout", "signature: ", etc. J'ai un gros doute sur la pertinence
philosophique de la pertinence de la notion de droit, mais c'est comme le fromage: si vous en avez, mieux vaut le garder, ça peut servir. Comme je n'ai aucune mauvaise intention, c'est
moralement défendable, et je laisse de côté la question de l'exemplarité.