Lundi 21 avril 2008

Calle Merced.

Trois coups de timbre me réveillent à sept heures du matin, sept heures du matin un lundi, sans cours ni aucune obligation de la matinée, qui est ce barbare, un fêtard de la plaza Brasil peut-être. Rien à faire sinon rester blotti dans le lit douillet en priant très fort pour qu'il s'agisse d'un non recidiviste. Mais bientôt de nouveau le tuttuttut strident, un rythme impeccablement tertiaire, régulier, on sent la confiance en soi du criminel. Ça ne peut être un type trés alcoolisé, ni un inconnu s'il s'acharne à réveiller les habitants du département 205... Moi pour ma part je n'attends personne alors je persiste et signe, non, je ne bougerai pas. Dans la chambre d'à côté la Pancha se lève, moins décidée que mi à faire respecter son sommeil, sort dans le couloir, le bruit irrémédiablement désagréable de savates qui heurtent le plancher flottant à chaque pas, gnn, bref. Répond au citófono, ouvre la porte. Au bout de quelques instants, un hola jovial et avé l'accent (pas de Marseille, mais de l'île de Ré. s'ils ont un accent, jessais pas). Amérigo ! Evidemment il fallait qu'on le voie une dernière fois avant que, à midi, son avion parte pour Paris, via Sao Paulo (mais à sept heures ? bref.) J'avoue ne pas en avoir fait un point d'honneur, parce que l'ouest de la France, ce n'est qu'un grand mouchoir, bondé peut-être, mais un grand mouchoir. Assez petit pour qu'on puisse se revoir sans devoir effectuer un vol transatlantique(s). De toute façon, on l'aurait vu une dernière fois, quand on voit quelque un on le voit forcément une foispour la dernière fois. Dans ce cas ça aurait été l'avant-veille, dans l'après midi. Et supposément le jour d'aprés, his last complete day in Chile, mais pas de nouvelles. Retour au présent, et à l'ici: en somme cela veut dire que je dois me lever. A sept heures. Ça ne m'était pas arrivé depuis longtemps. Le Chili, ça vous mine la discipline (façon de parler, parce que d'un autre côté, bon, hum.). donc je me léve, all the world is a stage, il faut bien continuer à reproduire ce joli rôle d'êtres civilisés et préoccupés. Lever, habiller, sortir de ma chambre et Aimeric, cómo estai, un abrazo. Un abrazo, malgré la tristesse du moment, pour moi pas trop, je le répète, mais pour lui si, qui quitte un pays, des gens, des lieux, qui se sont mis à compter beaucoup, beaucoup, en l'espace de quelques mois sabbattiques. (Y a t'il deux b à sabattique ? et deux t à sabbatiques ? Bonne question). Omar lui n'a pas fait l'effort de sortir de son lit douillet, de s'habiller et de sortir de sa chambre. Quelques minutes de parlotte, je propose un café. Surtout parce que j'ai grande envie d'un café, en fait, il est quand même sept heures. Double refus. Non. Il est sept heures et ils refusent un café. Nouvel item à ajouter à la liste des crimes contre l'humanité (après les biocarburants, la semaine dernière par Jean Ziegler.). C'est pas possible. le pire c'est que du même coup ils me le refusent à moi parce que la flemme d'aller faire un café pour une seule personne, quand bien même ce soi moi, de sa part ce serait bien égoïste de l'exiger de ma part. Surtout qu'il ne s'agit pas de café soluble, mais moulu, et que le filtre metallique de la cafetière ne marche plus, ce qui m'oblige à faire du café turc, ce qui est bien meilleur mais plus long (mais trop bon, eso si.). Pas de café donc, de toute façon il y a à peine le temps, Aimeric doit être de retour à Pedro de Valdivia con Providencia à huit heures, une heure aprés sept heures. Là bas passe le transvip orange qui transporte les voyageurs européens entre la ville et l'aéroport, dans ce cas Aimeric et Eva, qui ne s'est pas levée pour nous dire au revoir, la méchante. S'il faut venir me réveiller à sept heures, tant qu'à faire que ce soit un deux en un. A vrai dire la pensée m'avait traversé l'esprit, un instant, quand l'éventualité était encore assez loin temporellement pour qu'elle paraisse envisageable, d'aller les accompagner à l'aéroport, sorte de préambule, ou d'entrainement, pour le vingt-sept juillet, veille de mes retrouvailles aves les fromages hexagonaux (miam, miam, sincèrement). Omar avait été jusqu'á l'évoquer verbalement, ce qui est très dangereux, quand on s'engage explicitement on peut vous demander des comptes, après, genre accompagner quelqu'un à l'aéroport, à sept heures du matin. Sept heures vingt, la matinée se fait grignoter, lentement, je vais à peine pouvoir me recoucher et en profiter, vraiment. Je vous jure, le mauvais esprit. Incapable de me créer la représentation mentale de ce moment comme un avant-goût de ma propre performance de l'ante-ante-ante-penultième jour de juillet, 2008. Un sourire en me souvenant de l'horaire de mon avion: 15 heures, pas besoin de se lever à sept heures. mais comme je suis maniaque et prudent j'aurai mis le réveil à sonner, je parie. Martin, tu abuses. Laisse moi dormir. Sept heures vingt, si Aimeric veut attraper son transvip il ferait mieux d'aller prendre le metro maintenant, même si les santiaguinais ne sont pas assez fous pour se lever avant sept heures pour aller le bonder à sept heures et demie. On a beau vivre dans un pays neolibéral, il y a encore des libertés publiques. (malheureusement, ceci est de l'humour.). Mentalement je me dis que ce serait terriblement malpoli, mais formidablement confortable, de ne pas aller l'accompagner jusqu'à la station de métro, à trois blocs de là. Tout à mon dilemme je laisse couler, jusqu'à ce que Omar fasse pencher la balance du côté le plus frileux, surtout que je ne pense pas à me couvrir plus qu'avec un T-shirt. Ici l'automne ne sent pas l'automne, il sent l'otoño, c'est autre chose, et on à l'impression d'être encore en été, surtout avec le niveau d'ensoleillement. Les mains profond dans les poches, les pieds en espadrilles, j'aimerais être une marmotte. Arrivés à Cumming con Compañía je me rends compte, à mon plus grand regret, qu'il reste encore une centaine de mètres avant la chaleureuse bouche de métro, à sept heures du matin son souffle chaud ne constitue pas une haleine désagréable. Devant l'entrée une femme fait son beurre pas grand chose, en vendant des queques, vive l'économie de marché, elle répond aux cris de faim des subalternes commuters de cette ville-monstre. En sortant je ne raterai pas l'occasion de m'en acheter un. Il faut attendre d'être descendu jusqu'au deuxième niveau pour sentir l'air chaud du réseau metropolitain. ce n'est pas encore la foule. Un abrazo con Aimeric. Puto francés, on ne t'oubiera pas. Un abrazo. ces moments dont on ne se rend pas compte de l'importance, sur le moment. Ou plutôt: auquels on est incapables de donner de l'importance, sur le moment. Aprés viennent les regrets. Il n'avait qu'à ne pas me réveiller à sept heures. Je vous jure, le mauvais esprit que j'ai, aujourd'hui. Finalement Aimeric, vaillant, s'avance vers les portiques, un ticket à la main. le ticket ne veut pas rentrer. Evidemment, il le met par oú il devrait sortir. (ou bien serait-ce l'orifice pourles passe-partout des gardes de sécurité, le doute m'assaille. Avec la carte Bip le ticket est pour moi depuis des mois un extraterrestre). Il a les idées ailleurs, tu m'étonnes. Finalement Césame s'ouvre, il passe, hésite un instant entre la gauche et la droite, pour une fois il vaut mieux aller à droite, direction Vicente Valdés, sinon il va buter sur Quinta normal, pas très malin. Sur le quai il nous fait signe, s'engouffre dans une rame déjà bondée.

Par Martin
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Lundi 21 avril 2008
yaaaaa
qu'est ce que c'est que ces têtes de croquemort

les allemandes, je vous jure
Par Martin
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Jeudi 17 avril 2008

Quelques péripéties universitaires... la reprise des classes repoussée de une semaine et demie pour cause de travaux. La même raison et plus généralement, l'insuffisance des infrastructures comme le nombre de salles, de micro-ondes, d'ordinateurs, l'équipement des toilettes, en comparaison avec les prix pratiqués par l'institution, poussent la plupart des filières de l'université à la grève, à partir de la semaine dernière. Grève (paro), et pas grève (huelga), celle-ci concernant les travailleurs salariés d'une entreprise. Un prof espagnol prévient un étudiant qui venait de lui corriger son erreur, qu'il risque d'être aussi tatillon dans la correction des épreuves.
El Paro, c'est aussi la olla común, des pâtes avec de la sauce tomate tous les jours. Ne jetez pas les assiettes en plastique, elles sont recyclées immédiatement. C'est aussi le mécontentement de quelques élèves plutôt studieux, bien que le jaune ici soit franchement moins vif que dans un certain iep de Rennes, c'est peut être parce que l'université est de gauche. Le mécontentement de certains profs, aussi, comme Marek de sciences politiques, qui raille celui des étudiants, aprés tout les tarifs ici sont les plus bas du marché universitaire (je rappelle qu'il existe ici un tel marché universitaire... pas au bénéfice de la qualité de l'enseignement évidemment, sinon du tours de taille des oligarques éternels) et le recteur aurait répondu aux revendications des étudiants en colère (le recteur étant en derniére instance soumis au bon vouloir du directoire, composé des présidents des organisations propriétaires de l'université, dans ce cas des ONG car l'UAHC et une des rares à ne pas avoir de but lucratif - malgré l'investissement privé réalisé par ces mêmes présidents, me dit Valentina qui sait tout, et connaît Tomas Hirsch), etc., etc. D'ailleurs j'avoue avoir un préjugé (ou serait-ce un post-jugé ?) sur ce prof, qui raconte des bêtises sur son propre champ d'investigation (le premier ministre britannique pourrait rester tant de temps au pouvoir qu'il lui plaise, selon lui, sans mentionner les élections qui arrivent de temps en temps tout de même, y compris lors des majeures longévités de Thatcher et Blair...) d'ailleurs je me suis fait un plaisir de démentir le qualificatif de semi-présidentiel dans le cas de la cinquième république, na (ce n'est ni plus ni moins qu'un hyperpresidencialisme).
Les cours: en alternance jusqu'à maintenant, après tout il y a Paro. Mais ça ne m'empêchera pas d'en toucher un mot. D'abord le premier que j'ai été sûr de prendre: Realidad Colonial en América Latina, la suite du couyrs portant sur la conquête du même continent, le semestre passé (le cours, pas la conquête). Le premier épisode m'avait plu (du cours, pas de la conquête) donc j'ai plongé la tête la première dans le deuxième, j'aime bien la perspective que la prof donne à l'étude de la période (un accent particulier mis sur le monde indigène, longtemps exclu de l'historiographie).
Après quelques hésitations et regards lancés vers un cours de relations internatinales, avec
un prof super, j'ai opté pour Systèmes politiques comparés, donné par un chileno-allemand très agréable, à l'aise, sympa, beaucoup de participation orale et exposés à la pelle mais comme je vous l'ai dit, académiquement moyen.
Ensuite et tout à fait d'accord sur ce point avec
Tristan, on a craqué pour Geografías disidentes, poscolonialismo y subalternidad, ou vice-versa, mais peu importe. Le coup de foudre au premier regard, qui s'est confirmé plus tard, malgré l'éloignement de la prof qui enseigne depuis la Suède, Uppsala précisément, et via téléconférence (à part quelques sessions en sa présence grâce aux bienfaits de l'avion). Un cours très pluridisciplinaire, bourré de teorías sin disciplinas, comme dit un des bouquins de la bibliographie. Au menu, Orientalisme (Edward Said), ségrégation spatiale urbaine, etc. et même au passage, hier, une digression par Bruno Latour qui m'a confirmé combien ce mec doit être génial (il faut que je finisse et relise Politiques de la nature... et Nous n'avons jamais été modernes...), acteurs, réseaux: êtres humains, choses, d'oú respect pour la Terre et la Vie, CQFD.
Et en dernier lieu, parce que l'electif de Cuerpo y Sociedad ne faisait pas recette, j'ai du me résigner à África: el continente Ultrajado, qui s'annonce instructif mais pas trés excitant du point de vue académique, le prof espagnol, avec un accent gros comme ça, étant spécialiste du Moyen Age.
Par Martin
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Mardi 15 avril 2008
Le départ du bac El Pilchero de Chile Chico: les marins d'eau douce hissent les cordages qui nous reliaient encore aux côtes chiliennes 
Une maison bleue (je vous assure) de Chaitén, vue depuis la fenêtre de ma chambre dans un hospedaje simple et pas cher


Vu depuis le quai de Chaitén: un petit bateau de pêche sans peur et sans reproche s'élance vers le grand large, s'enfonçant dans les opacités inquiétantes pour les non-initiés, du brouillard pacifique
A bord du navire qui assure la connection bihebdomadaire, en gros, entre Quellón, Chaitén, je ne sais plus quel bled et Puerto Montt (et inversement).
A bord du même engin, les yeux fixés vers l'ouest, aux alentours de 20 heures 30. Sur la ligne d'horizon l'orientation des rayons solaires permet de distinguer les côtes de Chiloé, invisibles pendant la journée
Par Martin
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Mardi 15 avril 2008


Un trés beau film de Wim Wenders... avec entre autres des apparitions de Lou reed et Peter Falk dans leur propre rôle.
Cassiel est un ange bienveillant qui plane sur Berlin. Revenu sur la terre ferme il a bien du mal a maîtriser les piéges de la materialité, avant de réussir à faire le bien tout comme dans son existence précédente.
Par Martin
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Dimanche 13 avril 2008
Je  vous raconterai une autre fois comment j'ai finalement réussi à arriver à Bariloche, San Carlos de. En attendant et pour ne pas changer, des images.
d'autres viennent.
Par Martin
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Jeudi 10 avril 2008
Argentina es como un museo automóvil

Par Martin
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Mardi 8 avril 2008

Le Tribunal Constitutionnel de ce pays progressiste qu'est e Chili a décidé d'accéder aux cris et affolements des oligarques de la UDI, ce parti politique qui se dit uni, démocratique et indépendant (et dont les principaux traits de caractère sont la division, l'autoritarisme et l'appui inconditionnel aux forces du grand capital, disons du capital tout court parce qu'ici il n'y a pas de petit capital), et d'interdire la distribution gratuite et donc aux jeunes femmes les plus démunies, de la pilule du lendemain, comme on dit en français. Bon en fait ce n'est pas si grave, parce que les filles des oligarques de la UDI, elles, peuvent toujours se la payer et la prendre toute les semaines, ce qu'elles ne se privent pas de faire (heureusement d'ailleurs sinon la population de Vitacura, Las Condes et Providencia ainsi que l'électorat de droite connaitrait une augmentation exponentielle et continue dans les années qui viennent)
Alors pour qu'on puisse tous avaler la pilule calmement, je propose quelques images.

 
 
Par Martin
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Dimanche 6 avril 2008
     

una dimensión más
Par Martin
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Dimanche 6 avril 2008
Viaje Chile Chico-Puerto Ibáñez (camino hacia Coyhaique)

( barcaza el pilchero)
Par Martin
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