Mardi 4 août 2009
L'erreur est humaine, le manque de professionalisme aussi: aussitôt après avoir publié mon article précédent, je suis allé voir sur le site du journal La Nacion (officiel, de centre-gauche) (lanacion.cl) s'il y avait des nouvelles fraîches. Bingo, il semblerait que Alejandro navarro du MAS soit en passe de se désister en faveur de Arrate, ce qui aboutirait à une candidature unique de la gauche de la gauche (MAS-PC-PH-IU-Socialistas allendistas-etc.)
Autre rectification: dans ma description de la Concertacion, j'ai omis de citer un de ses membres, qui fait figure de Petit Poucet : le Parti Radical-Social-Démocrate (PRSD). Ils sont petits mais susceptibles, leur leader a même tenu à être candidat à la candidature au sein de la Concertacion contre le géant Frei.
Par Martin
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Mardi 4 août 2009
Prétexte au maintien sous perfusion de ce blog, un petit point sur la situation politique au Chili. Très superficiel car j'avoue ne pas avoir mené de recherches approfondies : je ferai part de ce que j'ai pu comprendre suite à ma consultation épisodique de la presse internet et des témoignages de mes amis enfermés dans cet enfer néolibéral.

Première chose : le pays est en précampagne électorale. En décembre prochain auront lieu les élections des députés, le renouvellement partiel du Sénat, et le premier tour de l'élection présidentielle (le second tour - éventuel et probable- étant prévu en janvier 2010). En d'autres termes, l'essentiel des autorités politiques du pays seront renouvellées (le Chili est un pays très centraisé où les gouvernements des provinces sont nommés par le gouvernement central: pas de "conseils régionaux" comme en France).
Une échéance de toute première importance, donc - même si dans ce paradis néolibéral les représentants du peuple sont assez peu volontaristes, volontairement ou pas.
La conjoncture politique actuelle est donc déterminante pour les quatre ans à venir, surtout en ce qui concerne l'élection présidentielle puisque le Chili est un régime présidentiel (id est, le gouvernement dépend uniquement du président de la république, par opposition au régime parlementaire), et le Congrès (Sénat et Chambre des députés) dispose de moins de prérogatives que son homologue américain (la version US est sensée être le  modèle du régime présidentiel équilibré).

Rappelons que depuis la fin formelle de la dictature en 1990, la coalition au pouvoir dans le pays est la Concertacion, de centre-gauche, qui recueille la plupart du temps autour de 50% des voix; elle est composée des anciens ennemis de la dictature, c'est-à-dire le Parti démocrate-chrétien, le PPD (parti pour la démocratie, sutout des ex-socialistes) et le Parti Socialiste. La présidente sortante est la socialiste Michelle Bachelet, qui ne peut se représenter car la Constitution impose le mandat unique.
La coalition d'opposition, de droite, s'intitule Alianza por Chile, et réunit l'Union démocratica independiente (UDI), la droite dure ancien soutien du dictateur Pinochet, et les libéraux de Renovacion nacional (RN). Cette coalition n'a jamais réussi à ravir la majorité au centre-gauche excepté dans les chambres législatives, au bénéfice d'accords avec des indépendants ou centristes (comme actuellement au Sénat grâce à l'ex-démocrate-chrétien Adolfo Zaldivar). Cependant, elle a failli remporter l'électiuon présidentielle à deux reprises déjà: en 2006 mais surtout en 2000 avec Joaquin Lavin.
La Concertacion n'a pas modifié les structures néolibérales installées pendant la dictature (droit du travail, mode de scrutin, etc.) malgré les progrès du système de santé enregistrés sous l'impulsion de Michelle Bachelet, docteuresse de son état. C'est ce qui permet à une opposition extra-parlementaire de gauche de subsister : la coalition Juntos Podemos, qui réunit le Parti Communiste, le Parti Humaniste et la Izquierda Cristiana (Gauche chrétienne), récemment recréée, ainsi que diverses organisations (comme les récents socialistes allendistes).  Cette coalition est exclue du parlement du fait de ses scores (autour de 5%) et du mode de scrutin inique, le fameux binominal.

Comme en 2005-2006, le candidat de la coalition de droite est le leader de RN, chef d'entreprise, Sebastian Piñera. Et comme il y a quatre ans, il espère remporter l'élection, grâce essentiellement à l'usure du pouvoir dont souffre la Concertacion. Jusqu'ici, celle-ci avait pu se maintenir au gouvernement grâce à la méfiance d'une majorité des chiliens à l'encontre des anciens partisans de la dictature, ainsi qu'aux promesses de changement faites par la candidate et présidente Bachelet. Mais ces derniers temps, la coalition a semblé montrer au grand jour son absence de proposito, de justification, de programme. Les partis la composant ont perdu le plus clair de leurs spécificités, leur politique a consisté à maintenir le statu quo, et la coalition semble se limiter au rôle d'écurie pour ses candidats présidentiels (qu'elle compte par dizaines). Cela me rapelle quelque-chose par chez-nous... D'où des défections opportunistes, démagogiques, ou desillusionnées, en cascade depuis un an ou deux. L'ex-PPD Fernando Flores a créé son prpre parti (Chile Primero), et l'ex-DC a fait une OPA sur le Parti régionaliste ; tous deux ont désormais partie liée avec la droite au Sénat. Du côté gauche, c'est chez le parti socialiste que la crise est la plus aïgue. Après avoir passé des mois et des années à ruer dans les brancards, le Sénateur Alejandro Navarro a quitté le PS (à peu près en même temps que M. Mélenchon chez nous !!) et créé le Movimiento al Socialismo. Peu de temps après, Jorge Arrate a fait de même pour prendre la tête des Socialistas allendistas, et se joindre au Junto Podemos. Enfin, le jeune et fringant député socialiste Marco Enriquez-Ominami (fils biologique de MIguel Enriquez, révolutionnaire abattu pendant la dictature, et adopté par l'actuel sénateur socialiste Ominami) s'est mis en dissidence de son parti et donc de la Concertacion pour lancer sa propre candidature indépendante à la présidentielle.
En effet, la nomination du démocrate chrétien Eduardo Frei, sénateur et ex-président de la République (1994-2000), comme candidat présidentiel de la Concertacion, n'a pas arrangé les choses à gauche. De nombreux socialistes sont fatiqgués de devoir soutenir un centriste, qui plus est un ancien président, membre de la DC, parti en voie d'affaiblissement voire de disparition selon certains.
Mais la gauche n'est pas unie pour autant: le Junto Podemos a certes nommé un candidat d'union en la personne de Jorge Arrate (soutenu donc par le PC, le Parti Humaniste, Izquierda Cristiana et d'autres), mais Alejandro Navarro leur reproche l'accord passé avec la Concertacion à l'occasion des élections parlementaires (partage des circonscriptions) et a lancé sa propre cadidature; d'autre part, Marco Enriquez-Ominami surfe sur la vague de mécontentement contre la Concertacion, sans défendre un programme beaucoup plus ambitieux que celle-ci, et comptant principalement sur son charisme (il est acteur et réalisateur de cinéma).

Passage obligé par les sondages : en tête au premier tour, on trouve évidemment l'unique candidat de la droite, Sebastian Pinera.
En seconde position, Eduardo Frei, mais il a beaucoup baissé ces derniers mois au bénéfice du dissident socialiste Marco Enriquez-Ominami qui semble presque en mesure de lui piqur sa place au second tour si jamais il continuait à progresser.
Très loin derrière (moins de 3%), on retrouve Arrate, Navarro, et d'autres indépendants. Cependant, le score du candidat soutenu par le PC a tendance à être structurellement sous-estimé par les enquêtes, les enquêtés faisant preuve de discrétion (héritage de 17 ans de dictature violemment anti-marxiste).
Quand au second tour, Piñera est le favori.  Mais il a perdu de son avance et de son optimisme: les enquêtes le donnaient largement gagnant au second tour il y a plusieurs mois, mais les disputes à droite et la force structurelle de la Concertacion ont resserré la course au bénéfice de Frei, au second tour.


L'éventuelle victoire de la droite est en effet un épouvantail très efficace pour la Concertacion. La gauche de la gauche en souffre. Une recomposition du paysage de la gauche (vers une grande coalition progressiste PS-PC-IC-PH etc.) aurait peut-être tout à gagner d'une victoire de la droite, mais l'exercice du pouvoir par celle-ci est selon la plupart des observateurs (de gauche! comme par exemple l'économiste péruvien qui était l'autre jour à L'Institut) un risque qu'il ne faut pas prendre,  son programme socio-économique étant autrement plus néolibéral que celui de la Concertacion, et une catastrophe pour le pays.

Rendez-vous en fin d'année donc.
Par Martin
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Vendredi 19 juin 2009

1- la baisse continue du taux de participation à toutes les élections en France (et dans les pays d’Europe ? à préciser) depuis 30 ans indique une profonde crise de la démocratie libérale. La démocratie a du mal à s’exprimer par le biais de la représentation, et d’élections partisanes. Plutôt que de rejeter la faute sur les électeurs (« il faut leur expliquer que voter, c’est important ») ou d’essayer de mettre un pansement sur la blessure (en rendant plus sexy la politique, « nous devons changer et répondre aux aspirations des électeurs »), il faut examiner le phénomène comme tel, comme symptôme de la crise d’un système. Les nouvelles formes de la démocratie devraient dépasser (pas annuler) ces formes historiquement datées : le parti et la représentation. L’écologie politique est-elle en mesure de poser des jalons pour ce changement ?

 

2- l’échec des partis socio-démocrates partout en Europe ne peut être assimilé à un accident conjoncturel. Il correspond à une crise entamée depuis un certain temps, dont les signes sont apparus dans chacun des pays depuis quelques années : blairisme et crise d’icelui en Grande-Bretagne, centrisme schroderien, crise et émergence de Die Linke en Allemagne, dissolution en Italie, faiblesse de long terme en France…

C’est un faux paradoxe que de mettre en regard cette faiblesse et la crise économique en cours. La plate-forme politique de la social-démocratie est profondément liée à la démocratie libérale et au capitalisme plus ou moins régulé né au 20e siècle (comme la démocratie chrétienne) ; depuis 30 ans les sociaux-démocrates ont opéré une conversion au libéralisme qu’ils n’ont pas reniée (Helmut Schmidt, chancelier allemand SPD, dans les années 1970 : « les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain, et les emplois d’après-demain »). Intellectuellement et politiquement, ils ne sont pas mieux armés pour analyser et tirer les conclusions de la crise que la droite parlementaire. Celle-ci se maintient car elle est majoritairement au pouvoir en Europe, et bénéficie de la légitimité de ceux qui agissent (ou prétendent le faire) – d’autre part, ils ont un projet : le capitalisme, régulé selon les circonstances. Le tropisme culturel des sociaux-démocrates pour la régulation fait figure de résidu, pas de socle pour l’élaboration d’un projet nouveau de société. Contrairement à la droite qui a toujours structurellement le pouvoir, et n’est donc jamais anachronique, la social-démocratie est, elle, virtuellement anachronique. Ce qui ne présage pas de son avenir électoral (après tout cet anachronisme date d’au moins 30 ans).

 

3- les écologistes ne peuvent pas pavoiser, mais plutôt pâlir devant l’ampleur de la tâche qui les attend. Leurs échecs passés doivent leur faire comprendre qu’il ne faut jamais sous-estimer la difficulté de relever les défis posés par les succès électoraux ponctuels (et notamment les facultés de rémission des sociaux-démocrates, aux régionales en France notamment).

En France, les écologistes ont déjà fait très fort, et même plus fort que cette années : les régionales de 1992 (14%) avec une participation bien supérieure, sans que cela soit le résultat d’un dynamique strictement de campagne (l’essor avait commencé en 1989). L’année suivante ils se sont déçus eux-mêmes en tombant sous les 10% puis ont éclaté en 1994. Le succès était surtout déterminé par des facteurs extérieurs à eux-mêmes et leur cristallisation politique n’était pas suffisamment avancée / leurs divisions encore profondes d’où un accord de pure forme pour les législatives de 1993.

En 2009 le défi est d’autant plus grand pour les Verts que le succès électoral n’a pas été le leur. Il a été possible grâce au changement de l’image des écologistes, plus verts mais seulement en partie verts, et donc aussi, moins de gauche (d’où le ratissage d’une bonne partie de l’électorat centriste et même de droite). La question qui se pose est, quelle orientation politique veut-on pour l’écologie politique, dans l’hypothèse d’une nouvelle formation (verts élargis ou un hypothétique « France écologie »). Le personnel politique écologiste, en particulier les Verts, semble plus à gauche que son électorat potentiel. Dany Cohn-Bendit en représente l’aile, sinon la pointe, droite (bien que cette représentation des choses soit un tantinet simpliste, il ne faut pas non plus y renoncer totalement, c’est une source de problèmes indéniable). Faut-il maintenir le flou, faire figure de valeur ajoutée écologiste compatible avec le plus de choses possibles, notamment et surtout le centre-droit et le centre-gauche ? Développer une vision politique autosuffisante qui remette en question le clivage droite-gauche ? Le problème serait que la question des partenaires politiques se posera, quoi qu’il arrive, à moins de croire que l’écologie politique puisse devenir majoritaire à court terme (ou encore qu’elle veuille se cantonner à la marginalité). Ou bien développer une stratégie d’alliance privilégiée avec un certain secteur politique ? Dans ce cas, il s’agira le plus probablement du PS : faut-il alors monter avec eux dans l’ambulance ? Il me semble que le secteur qui nous est le plus proche, par sa marginalité mais également par son optique réformiste, et sa volonté de changement profond de la société et de l’économie, est la dénommé Front de gauche, qui est le seul à proposer l’élaboration d’un projet novateur en convainquant un tant soit peu (le seul également à parler d’antiproductivisme… même si le PCF grimace).

Evidemment les désaccords et les différences culturelles sont grands, mais partenariat ne signifie pas fusion. De plus, le PS est au moins aussi éloigné ; son seul attrait pour les écologistes est son statut de première force de gauche, pourvoyeuse de sièges et de responsabilités éventuelles (avec les résultats concrets que l’on sait : pas grand-chose).

Electoralement, on voit mal comment cela pourrait être payant. Les seconds choix des électeurs aux européennes montrent que la proximité n’est pas énorme.

Mais il ne faut pas surestimer la valeur et l’intérêt du champ électoral, surtout à court terme. Ce qui compte c’est l’hégémonie culturelle, ce qui suppose une cohérence politique de base, à partir de laquelle ont peut agir dans les domaines partisan, électoral, social, culturel, associatif, artistique même.

Le défi que les écologistes doivent relever c’est d’être à la hauteur des attentes des gens, et de la nécessaire rénovation de la démocratie. Conviction, transparence, cohérence, tous ces composants de l’éthique politique, sont des exigences primordiales. De même que d’autres fondamentaux de la culture politique écologiste : non cumul des mandats (dans le temps et l’ « espace »), non professionnalisation des élus, responsabilité et transparence de leur part, mécanismes de démocratie directe, pluralisme, délibérations, patience…

Par Martin - Publié dans : Verts
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Mardi 14 avril 2009
Substantif masculin, signifiant, entre autres définitions: Fait de suspendre une action, un processus (généralement dans un contexte politique).

SUSPENDRE:
Verbe, signifiant pour ce qui nous intéresse: Interrompre temporairement une action, un processus.
(Selon Le Trésor)

Conclusion:
Dans la proposition 2 de son pilier Droits sociaux, le programme d'Europe Ecologie propose "Un moratoire sur toute nouvelle libéralisation. Toute nouvelle libéralisation d'une secteur clé de l'économie doit être exclue tant que le bilan de celles qui sont intervenues n'est pas tiré".
En d'autres termes: Il faudrait suspendre temporairement toute nouvelle libéralisation. D'une part ce n'est pas tout à fait grammaticalement correct, et d'autre part çela confirme les impressions de beaucoup sur la dérive centriste des écologistes.
Par Martin - Publié dans : Verts
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Mardi 14 avril 2009

1. La droite (les droites) n'est pas qu'une force politique partisane. Elle a derrière elle un pouvoir social structuré, les structures de domination économique, l'oligarchie, le grand patronat, pour faire simple.

2. La gauche (les gauches) ont joué le jeu de la démocratie libérale, dont le but est de ménager un espace où s'exercerait de manière exclusive le débat démocratique: "la politique", les élections.

3. Peu à peu, la gauche s'est détachée de ses soutiens extérieurs à cette arène politique. La droite est quoi qu'il arrive en position de force car elle domine cet espace extérieur, cette infrastructure. Le mouvement social est non seulement coupé de relais proprement "politiques", mais qui plus est, désagrégé.

4. Le combat est perdu pour la gauche partisane.

5. Et je ne vous parle pas des écolos. Ils ont perdu depuis 1978, en choisissant la forme "parti".

Par Martin
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Jeudi 9 avril 2009

Je viens de prendre les premiers contacts avec le document-programme de Europe-Ecologie pour les élections européennes du 7 juin prochain. Vous aussi vous pouvez le faire ici: http://www.europeecologie.fr/files/EE_Programme_BD.pdf
Europe-Ecologie, c'est ce machin associant Verts et écologistes associatifs, lancé par Cohn-Bendit l'été dernier déjà.
A première vue c'est quand même beaucoup plus satisfaisant que le brouillon qui avait été soumis à la discussion il y quelques semaines. Ensuite ils nous avaient dit que c'était fait exprès, pour qu'on puisse en discuter, mais enfin bon. La tonalité est quand même beaucoup plus sociale.

Le Programme se constitue de 27 propositions (comme les 27 pays de l'UE, c'est beau, non ? vous ne trouvez pas ? ah bon ?), organisées en 9 piliers (comme la preuve par 9), et assorties de 3 outils (comme la règle de trois).
Commençons par les Trois outils : d'abord un Pacte de Coopération Ecologique et Solidaire (ça fait PACES, cette fois-ci ne me dites pas que ce n'est pas beau, c'est "paix" au pluriel en espagnol !) pour remplacer purement et simplement le Pacte de stabilité et de croissance, ensuite un gouvernement économique et social, et enfin un processus constituant pour refonder l'Europe (je dirais même, repartir de zéro, il y en a bien besoin).

Je ne suis pas béat d'admiration non plus, et j'ai quelques critiques à formuler.

-D'abord la couleur du document, c'est vert (ça, ça va) et bleu, pourquoi pas un peu de rouge ?

-Ensuite, un peu plus sérieusement : le pilier 1 demande un "Bruxelles de l'emploi" pour faire face à la crise ET écologiser l'économie. Très bien, mais le texte fait l'impasse sur les relations de classe. Exemple: "les cols bleus et les cols blancs ne disparaitront pas, ils se transformeront. Mais une nouvelle génération, celle des "cols verts", naîtra de la crise..." Tout en espérant que ces cols verts n'en arrivent pas à faire office de vilains petits canards (aha, aha), je regrette que les perspectives révolutionnaires et notamment autogestionnaires, des écolos soit passée aussi vite par pertes et profits. C'est nouveau mais maintenant pour les écolos, la classe ouvrière corvéable à merci, c'est bien ! tant que c'est un peu vert. Ca s'appelle la social-démocratie écologisée et c'est bof. Je trouve.

-Plus loin : j'ai bondi de joie en voyant qu'une proposition était réservée à la baisse du temps de travail. Aujourd'hui le plafon européen c'est 48h par semaine, une honte. Les écolos proposent une réduction drastique mais... comptabilisée annuellement, à 1500 heures par an (soit 29 par semaine). C'est problématique car on a bien vu que le problème des trente-cinq heure, c'était bien cette annualisation gérée par la direction des entreprises...

-Sur l'agriculture: il est proposé de passer à 30% d'agriculture biologique en 2020. pas mal, mais le document initial proposait 50%... De plus, insister sur le bio est un peu ambigu parce que c'est faire comme si c'était cette agriculture minoritaire qui compte alors que le problème, ce sont les standards minimum, ceux qui font la qualité de ce que les "vraies gens" (pas les bobos écolos) mangent, et l'état des écosystèmes, aussi. Sans parler du fait que le bio est voué à être plus cher que le conventionnel et qu'on se dirige donc vers une agriculture à deux vitesses, toujours plus.

-Sur la conversion écologique de l'industrie automobile : en termes de pollution, les exigences portent sur le CO2 mais pas sur les autres particules polluantes même si elles n'ont rien à voir avec le réchauffement climatique (particules fines...). C'est un peu symptomatique de cette environnementalisme monomaniaque du réchauffement climatique à la Hulot... l'écologie c'est aussi plein de trucs très locaux (ceux qui ont vu Santiago du Chili en hiver ne pourront que m'approuver, je crois).

-Un point très positif sur la condamnation claire et sans appel du nucléaire comme des agrocarburants; idem sur les "chèques éco-énergie" qui insistent sur la démocratisation.

-Autre point noir : la dénonciation des "coupes sombres" dans les budgets d'aide internationale pour les programmes de santé. On ne dit pas coupes sombres, mais coupes claires. Car plus c'est clair, plus on a coupé. C'est clair ?

-Le "revenu maximum" garde le même nom mais perd de sa substance : au-delà de 30 fois le revenu médian, le taux de taxation sera de 80% Autrement dit, un simple système fical progressif. La notion n'est même pas évoquée. Et 90% aurait été un peu plus significatif, sans parler de la question de l'assiette prise en compte dans le calcul de ces seuils.

-Enfin, le moratoire sur les libéralisations me fait frois dans le dos : il faudrait faire "un bilan" et voir si on continue !! Très ambigu, même si ensuite ils indiqué qu'il faut "étendre" les services publics.



Voilà.

Par Martin - Publié dans : Verts
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Mardi 7 avril 2009
Mardi dernier se tenait à Rennes une réunion du "Front de gauche pour changer l'Europe".
Comme je suis un adepte des initiatives politiques à la gauche du PS, je n'allais pas rater ça.
Le Front de gauche, c'est ce machin lancé par Jean-Luc Mélenchon une fois qu'il est parti du PS il y a quelques mois de cela. Il a fait son parti (le Parti de gauche, PG) avec Marc Dolez, puis a tendu la main à tous les partis de la gauche de la gauche pour faire des listes communes aux européennes de juin. Tout de suite le PCF a répondu présent. Sur le coup j'ai été un peu surpris, vu qu'en même temps la direction du PCF semblait tout verrouiller et que cela venait après le torpillage de la candidature unique pour 2007. Mais enfin, je suppose qu'ils ont bien vu que c'était à peu près la seule chance qu'ils avaient d'obtenir un ou deux élus au Parlement européen (en ce moment il leur en reste quelques uns, je crois bien, dont Francis Wurtz).
Mélenchon avait de l'espoir puisqu'il a aussi proposé le deal à la LCR, enfin au NPA, je ne sais plus. ux ont diut que non, parce que ça ne servait à rien de faire un coup aux européennes et repartir chacun de son côté aux régionales, ce qui est à peu près assuré vu que PC et PG auraient beaucoup à perdre à rompre les alliances avec le PS. En même temps, le Front de gauche a beau jeu de dire qu'il est incompréhensible qu'il y ait deux listes anticapitalistes en accord sur le fond pour les européennes, la ligne de fracture étant... les régionales.
Bref. Evidemment, ils ont tous ressorti ça mardi soir à la salle de spectacle de la Maison des Asssociations au Champ de Mars.
En arrivant, un peu en retard parce que j'avais été convaincu de rester jusqu'à la fin du cours de droit (un des très rares bons cours de droit que j'aie eu, le talent du prof n'y étant pas pour rien), j'ai eu la surprise de tomber sur des militants du NPA qui distribuaient des tracts à l'entrée, les taquins. En réalité cela ne m'a pas surpris outre mesure puisque une de leur comparse m'avait prévenu qu'ils allaient faire acte de présence. Bon.
J'entre dans les lieux, et en fait rien n'avait commencé. C'était une assez petite salle avec des gradins garnis de sièges, assez pratique. Il y avait déjà du monde, donc Jacques Généreux, ex-PS, maintenant PG, et tête de liste dans notre circonsription Grand Ouest qui n'a ni queue ni tête.
Je suis allé m'asseoir tout en haut, tout au fond, Près de moi il y avait des membres du NPA qui disaient être venus voir "les jacobins". Quel mauvais esprit, je vous jure.
La tribune était très peu paritaire. Une jeune femme fit une courte introduction, mais à part elle il y avait simplement trois hommes, Gérard Lahellec du PC, élu régional quelque part si j'ai bien compris, Christian Piquet, dissident du NPA participant au Front de gauche avec son courant "Gauche unitaire", et enfin Jacques Généreux, au centre.

Gérard Lahellec commence, pas très enthousiasmant, mais des choses terre à terre sur des faits économiques et sociaux que j'aimerais bien voir les Verts reprendre, aussi.
Christian Picquet, excellent orateur, défend avec verve l'union et cite un lettre ouverte d'Alain Minc qui prouve bien, si besoin était, que la lutte des classes, ça existe. Encore une analyse qui manque chez les Verts...
Et enfin Jacques Généreux, habile, de l'humour, agréable à écouter. Plaidoyer pour l'immigration choyée, et pas choisie. L'attractivité du territoire pour ceux qui y vivent. Autant de considérations humanistes qui font chaud au coeur.
Ensuite, un court moment de questions-réponses, trop court à mon goût. Ce n'est pas la même culture politique que celle des écologistes, dans mon souvenir le meeting de la salle de la cité l'autre jour avait accordé plus de temps à l'échange. Même si rétrospectivement, je me rends compte que les réponses étaient surtout l'occasion de continuer le monologue, plutôt que d'entamer le dialogue.
En somme : je ressors avec le sentiment de comprendre, comme avant. Dans les interventions des orateurs, aucune référence au souverainisme: des plaidoyers inéquivoques pour une Europe sociale, démocratique, écologique. Sur l'écologie, pas grand chose pourtant. Et des appels aux "écologistes de gauche" pour qu'ils rejoignent le Front.
Ecologistes de gauche? Veulent-ils dire, la gauche des Verts ? Peine perdue à mon sens, ils ne sacrifieront pas l'unité des Verts pour l'unité de la gauche à une simple échéance électorale. Pourtant, je crois bien que ce Front est symptomatique d'une évolution intéressante : l'écologie peut y trouver sa place. Le PG s'est déclaré, contrairement au PCF, opposé à l'énergie nucléaire. Ils parlent de "planification écologique".
Je ne sais pas combien ils vont faire... Plus de 5% serait presque un succès. Mais une telle combinaison a vocation à peser dans l'avenir. Il ne me semble pas inintéressant que les Verts mettent leur grain de sel à cette recomposition afin qu'elle se cristallise écologiquement
Mieux vaut eux qu'un PS en déperdition social-libéral-autoritaire...
Par Martin - Publié dans : Verts
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Jeudi 12 février 2009
Tracter est une tâche duodécimale au sens des travaux d'Hercule : c'est difficile; loin de moi l'idée de me comparer à Hercule mais distribuer des tracts aux gens ça me dépasse.
Les gens je les connais, ils sont comme moi, ils ne lisent pas les tracts. C'est le pire. Toutes les organisations qui disséminent leurs bouts de papier dans les manifs peuvent bien l'écrire très fort, mais en fait qui les lit, ils font juste acte de présence - ce n'est pas inutile.
Le rôle de récépteur du tract ne me sied pas parce que j'ai cette tendance à tendre la main de façon à le recevoir, si bien que je finis immanquablement les manifestations les poches pleines, de plein de papier, parfois non imprimé en recto-verso, dans l'immense majorité des cas je ne les lis pas, même la fin de la journée venue quand j'écroule mon manteau sur le dossier de mon unique chaise. Moi même je m'écroule après avoir parfois pris le temps et l'énergie de vider ces poches, histoire de ne pas avoir a le faire le lendemain, et de placer leur contenu dans un autre lieu. Pas la poubelle car comme je suis conservateur, c'est-à-dire trouillard, je crois toujours que ça pourrait me servir un jour tous ces papiers, plus exactement tous ces textes, témoins d'une époque et de la verve de leurs réacteurs. En ce moment donc il y a un pile de tracts de formats et de taille divers derrière ma tête de lit (pas ma tête d'atmosphère), attendant passiemment la poussière qui s'ammoncelle lentement mais sûrement sur eux.
Tracter outre le fait que je n'en ai pas une expérience florissante et donc pas un savoir faire confiant, je ne comprends pas, j'ai forcément l'impression de faire chier deux catégories de personnes : les gens à qui je tens le papier qui n'en ont a priori rien à faire, et moi qui n'en ai pas grand chose non plus à faire. Le pire c'est quand il faut interrompre les gens pour leur dire bonjour et leur donner le tract. d'ailleurs je me pose toujours la question : faut-il interrompre les gens qui sont en train de se parler, faut il dire bonjour ? A ces incertitudes, se rajoute la difficulté d'adopter un rythme satisfaisant dans la saisie des papiers, je veux dire les individualiser de la pile tenue dans la main gauche tant bien que mal -d'autant plu mal que la pile est haute et peu solidaire d'elle même. le problème posé par le piochage du tract dans la pile est symétrique à celui de la sélection de la prochaine victime du tractage : la personne a qui l'on tend le papier qu'il faut bien identifier et se décide rà immoler parmi tous ces gens qui s'offrent à vous.
Le tract n'a d'utilité immédiateb que formelle, il permet à l'organisation signataire d'occuper le terrain et c'est très bien, dire j'en suis, je soutient telle et telle cause. C'est encore mieux quand en plus de cette déclaration d'intention il y a une info rapide et facile à communique, genre

Mardi 24 février
20h30
Salle de la Cité, Rennes

Réunion-débat euroélectorale avec José Bové, Yves Cochet, Nicole Kiil-Nielsen,
Yannick Jadot, Daniel Cohn-Bendit, Mona Bras
Par Martin
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Samedi 31 janvier 2009

C'était à desespérer de la vigueur des forces vives de la nation que nous sommes. Depuis deux ans ou presque de présidence sarkozyste, c'est à dire de la bonne vieille droite à papa, je n'avais pas eu l'occasion de particper au moindre mouvement "de grogne" comme disent les médias (qui décidement sont perméables aux assauts de la pensée dominante). Avec une grosse excuse car entre temps j'avais passé 12 mois dans ce pays très vertical qu'est le Chili.

Et arrive le 29 janvier, tel une grosse bouffée d'air frais. J'adore la grève. ces jours où les gens se libèrent, de leur plein gré ou pas (voir les joyeux piquets de grève et impossibilité d'emprunter les transports publics, ça a du bon), de leurs obligations profesionnelles. La preuve ultime que nous ne sommes pas tout à fait dans un système totalitaire : la macgine peut s'arrêter, nous tous sommes des grains de sable redoutables. Tout bonnement génial.
Et puis la grève c'est aussi une ambiance électrique qui peu à peu envahit les lieux, je pense en particulier à l'Institut. Mardi un étudiant de l'UNEF après avoir distribué des tracts à l'entrée de l'amphi, fait son annonce avant le début du cours : grève et manif jeudi, tous à vos banderoles et chaussures de marche. Et là la confrontation se réalise, un type qui ne fait pas partie des gauchistes de l'assemblée c'est le moins que l'on puisse dire, s'exclame depuis le sommet de l'amphi (pourtant je le répète, ce n'est pas précisément un montagnard), "pas de politique" ! "Pas de politique" : c'est précisément pour entendre ça dans la bouche de certains gusses que j'adore les périodes de grève. Le meilleur c'est que le type de l'UNEF n'avait pas sa langue dans sa poche et lui a répondu du tac au tac, "Et toi Ducon, c'est pas de la politique que tu fais peut-être", en substance. Il a eu droit aux applaudissements de l'assistance, tous des vétérans de la lutte anti CPE (3 ans déjà !). Enfin quand je dis tous, je veux dire pour ou contre : il y en avait qui ont passé leurs trois semaines de blocage à lutter contre le blocage, ces aimables réactionnaires.
Un autre intérêt de la grève évidemment c'est qu'il n'y a pas cours et qu'on peut faire la grasse mat', sans pour autant bafouer ses devoirs de grévistes puisque la manif ne commence que rarement avant 11 heures, 11 heures et demie en l'ocurrence. Donc tu te lèves et divine surprise : la qualité des programmes de France Info a été multipliée par trois ou quatre en l'espace d'une nuit, et pour cause puisqu'il n'y a plus de flashes info mais que de la musique. Donc au lieu de la "grogne sociale", des chroniques débiles des chroniqueurs débiles de la chaîne, et des propos répétitifs et suivistes des journalistes (mais méritent-ils ce qualificatif, je sais bien qu'ils se décarcassent mais quand même, si on mesure l'output de l'input...), on a le droit aux derniers tubes, avec les excuses périodiques de la rédaction, dont on pourrait se passer à mon avis.
les grèves c'est encore mieux évidemment quand il y a une manif et que celle ci te surprend par son ampleur. ben Jeudi ce fut exactement ça, j'arrive en vélo vers 11h25 au niveau des quais devant l'avenue Janvier pour rejoindre la place de la gare, mon frein gauche venait de me péter dans les mains, et la densité de la foule m'a obligé à abandonner mon vélo sur place et à continuer à pied, à travers un pré-cortège de profs qui rejoignait le cortège principal. Résultat: un bon quart d'heure pour parcourir l'avenue Janvier (qu'ils pourraient rebaptiser, 29 Janvier, hehehe), plein de gens partout, ces gens là je les adore (c'est pas les mêmes que dans les galeries commerciales). Et pis enfin j'arrive à la hauteur de mes verdoyants amis qui me passent un drapeau de la même couleur et malgré le froid on sent l'ambiance chaleureuse. Devant nous le PS est là, ça doit leur faire plaisir de renouer avec les manifs. Même l'ex-maire et actuel sénateur en est, tête découverte il n'a pas froid aux yeux !
30 000 manifestants, dira le lendemain Ouest-France.
Et une bonne nouvelle, encore une ce qui n'est jamais de trop : Assemblée Générale mixte à l'Institut Lundi.
Et plus si affinités, donc.

Par Martin
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Vendredi 28 novembre 2008

Comme le laissait déjà entendre mon article précédent, et surtout son titre, je suis ces temps-ci pris d'un gros doute sur le plan politique. Plus même, depuis quelques semaines.

On dit que les élections sont un moment d'ébullition politique privilégié. Je suis bien d'accord. Surtout les périodes pré-électorales, peut-être. Je crois que s'y posent nécessairement des questions fondamentales de stratégie politique, qui ne devraient laisser personne de marbre.

En juin prochain se dérouleront les élections européennes. En France : scrutin proportionnel par listes, les circonscription étant les fameuses grandes régions inaugurées la dernière fois, en 2004. Un mode de scrutin particulièrement prisé des forces politiques minoritaires et/ou peu ancrées qui peuvent enfin "se compter" tant en nombre d'élus que de voix, mais aussi peser ensuite dans les processus décisionnels - y compris dans les médias.

Pour ce qui m'intéresse, c'est donc un moment particulier pour la gauche alternative. Je veux dire alternative au PS. D'ailleurs je pourrais tout aussi bien dire, la gauche, car pour ce qui est du PS... bref.

Les Verts sont partis tôt avec une stratégie ambitieuse qu'ils espèrent (que nous espérons, car formellement j'en suis) gagnante: sous l'impulsion de Daniel Cohn-Bendit, participer à une dynamique de rassemblement des écologistes par-delà les verts, afin de présenter des listes ouvertes à la société civile et bénéficiant d'un large appui a priori parmi les militants de l'écologie et plus largement, parmi la population. Novateur, alléchant, autant de raisons qui ont garanti un accueil très positif (aucun refus) à cette proposition l'été dernier - les verts et les autres se sont depuis mis au travail et il est à peu près acquis que tout se passera comme prévu - quant aux résultats, on verra.

Tout ça s'est joué au moment même ou je mettais les pieds dans cet univers, de retour du Chili et à Rennes, premier pas de militant à temps très partiel dans le groupe local, faisage de connaissance avec les collègues.

L'enthousisasme que je peux ressentir devant cette perspective électorale tient à deux choses :

1- d'abord la forte possibilité de réaliser un joli score, nettement plus de 10 %, qui soit susceptible de faire du bruit et d'affirmer le caractère brûlant des problèmes soulevés par les écologistes au quotidien -soyons très clairs, il ne s'agit pas seulement du réchauffement climatique ou des menaces à l'environnement.

2- ensuite et plus sur le fond, la satisfaction de voir collaborer les verts, dont je fais partie, et José Bové, qui est un personnage que je crois avoir raison d'estimer énormément. Très concrètement je ne serai pas soumis à cet affreux dilemme d'avoir à choisir entre les Verts et Bové une fois dans l'isoloir, comme en 2007. Mon adhésion aux listes vertes sera d'autant plus solide que lui-même les soutiendra, voire en fera partie.

Je passerai vite sur une source de doutes assez facilement compréhensible, qui est le caractère hétéroclite du rassemblement, alliant écologistes politiques radicaux et environnementalistes peu politisés, voire ouvert au centre voire au centre droit. De même, le rôle central accordé à Dany Cohn Bendit, et à d'autres personnalités designées de façon arbitraire et très peu démocratique, me gêne beaucoup, et ce n'est pas qu'une question de forme. Cependant ça me paraît évident et je préfère passer directement à des interrogations plus profondes.

la logique de ce rassemblement c'est l'union des écologistes : en d'autres termes, la légitimlité de l'écologie comme mouvement politique original irréductible aux traditions politiques autres telles la socialdémocratie, le socialisme, le communisme, le trotskyisme ou que sais-je encore. Je suis d'accord avec ça, ce n'est pas pour rien que j'ai adhéré aux Verts.

Pourtant le sens que prend cette initiative va dépendre dans une grande mesure de ce qui se passe autour.

Je suis de ceux qui pensent que l'écologie politique est une variante de la gauche. Pas de ni-ni. Concrètement, nous avons des affinités, dans les mesures variables, avec d'autres familles de gauche. Depuis une quinzaine d'années, ce raisonnement a débouché sur une alliance plus ou moins discontinue avec le PS, principale force de la gauche traditionnelle. C'est en partie contre ce dévoiement que se construit aujourd'hui le rassemblement des écologistes comme autonomes: nous sommes irréductibles au PS. Et devons entrer en compétition avec lui. Je suis d'accord: le PS n'est plus porteur de grand chose aujourd'hui, sinon de traditions dans l'exercice des pouvoirs. Reste la question du reste de la gauche. Je crois que nos affinités avec le PC, la LCR mais surtout le NPA, et aujourd'hui le PG de Mélenchon et Dolez, sont beaucoup plus fortes qu'avec le PS. Entrer en compétition systématique avec eux ne me paraît pas sain. Sans parler d'accords électoraux, il me semble indispensable de travailler ensemble sur le terrain. On me répondra que les désaccords sont extrêmements profonds tant sur la stratégie (révolution ? réforme?) que sur le fond (productivisme, écologie...). Je pense qu'ils ne sont pas indépassables à terme, mais surtout que se focaliser sur eux revient à oublier des proximités de fait.

Un autre point plus important. L'écologie politique est faible ; elle propose un projet authentiquement révolutionnaire en ayant pour base sociale exclusive les classes moyennes (et plus précisément, la bourgeoisie culturelle). Ca ne marchera pas. Ce n'est que la coopération avec les forces qui luttent pour un changement de la même ampleur, en gros dans le même sens, et qui briguent pour de bon la base sociale nécessaire pour cela (les classes populaires, les habitants des banlieues, les employés, les ouvriers, les agriculteurs...), qui rendra possible des politiques inspirées par l'écologie politique dans toutes ses dimensions.

Si aux élections européennes la gauche de la gauche s'unit et présente des listes de rassemblement par exemple NPA-PG-PC, je n'exclus pas de voter pour eux. Et regretterai profondément que les écologistes préfèrent défendre leur chapelle, leurs traditions, leur boutique, plutôt que répondre aux défis d'aujourd'hui. ma seule consolation pour l'instant : la plupart des verts, si j'ai bien compris, ne pensent pas et n'espèrent pas que ce rassemblement pas si opportun survice après l'échéance électorale. Pour ma part je travaillerai aussitôt par la suite au rapprochement des gauches alternatives. Nous n'arriverons à rien chacun de notre côté.

Par Martin - Publié dans : Verts
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