Comme le laissait déjà entendre mon article précédent, et surtout son titre, je suis ces temps-ci pris d'un gros doute sur le
plan politique. Plus même, depuis quelques semaines.
On dit que les élections sont un moment d'ébullition politique privilégié. Je suis bien d'accord. Surtout les périodes
pré-électorales, peut-être. Je crois que s'y posent nécessairement des questions fondamentales de stratégie politique, qui ne devraient laisser personne de marbre.
En juin prochain se dérouleront les élections européennes. En France : scrutin proportionnel par listes, les circonscription
étant les fameuses grandes régions inaugurées la dernière fois, en 2004. Un mode de scrutin particulièrement prisé des forces politiques minoritaires et/ou peu ancrées qui peuvent enfin "se
compter" tant en nombre d'élus que de voix, mais aussi peser ensuite dans les processus décisionnels - y compris dans les médias.
Pour ce qui m'intéresse, c'est donc un moment particulier pour la gauche alternative. Je veux dire alternative au PS.
D'ailleurs je pourrais tout aussi bien dire, la gauche, car pour ce qui est du PS... bref.
Les Verts sont partis tôt avec une stratégie ambitieuse qu'ils espèrent (que nous espérons, car formellement j'en suis)
gagnante: sous l'impulsion de Daniel Cohn-Bendit, participer à une dynamique de rassemblement des écologistes par-delà les verts, afin de présenter des listes ouvertes à la société civile et
bénéficiant d'un large appui a priori parmi les militants de l'écologie et plus largement, parmi la population. Novateur, alléchant, autant de raisons qui ont garanti un accueil très positif
(aucun refus) à cette proposition l'été dernier - les verts et les autres se sont depuis mis au travail et il est à peu près acquis que tout se passera comme prévu - quant aux résultats, on
verra.
Tout ça s'est joué au moment même ou je mettais les pieds dans cet univers, de retour du Chili et à Rennes, premier pas de
militant à temps très partiel dans le groupe local, faisage de connaissance avec les collègues.
L'enthousisasme que je peux ressentir devant cette perspective électorale tient à deux choses :
1- d'abord la forte possibilité de réaliser un joli score, nettement plus de 10 %, qui soit susceptible de faire du bruit et
d'affirmer le caractère brûlant des problèmes soulevés par les écologistes au quotidien -soyons très clairs, il ne s'agit pas seulement du réchauffement climatique ou des menaces à
l'environnement.
2- ensuite et plus sur le fond, la satisfaction de voir collaborer les verts, dont je fais partie, et José Bové, qui est un
personnage que je crois avoir raison d'estimer énormément. Très concrètement je ne serai pas soumis à cet affreux dilemme d'avoir à choisir entre les Verts et Bové une fois dans l'isoloir, comme
en 2007. Mon adhésion aux listes vertes sera d'autant plus solide que lui-même les soutiendra, voire en fera partie.
Je passerai vite sur une source de doutes assez facilement compréhensible, qui est le caractère hétéroclite du rassemblement,
alliant écologistes politiques radicaux et environnementalistes peu politisés, voire ouvert au centre voire au centre droit. De même, le rôle central accordé à Dany Cohn Bendit, et à d'autres
personnalités designées de façon arbitraire et très peu démocratique, me gêne beaucoup, et ce n'est pas qu'une question de forme. Cependant ça me paraît évident et je préfère passer directement à
des interrogations plus profondes.
la logique de ce rassemblement c'est l'union des écologistes : en d'autres termes, la légitimlité de l'écologie comme
mouvement politique original irréductible aux traditions politiques autres telles la socialdémocratie, le socialisme, le communisme, le trotskyisme ou que sais-je encore. Je suis d'accord avec
ça, ce n'est pas pour rien que j'ai adhéré aux Verts.
Pourtant le sens que prend cette initiative va dépendre dans une grande mesure de ce qui se passe
autour.
Je suis de ceux qui pensent que l'écologie politique est une variante de la gauche. Pas de ni-ni. Concrètement, nous avons des
affinités, dans les mesures variables, avec d'autres familles de gauche. Depuis une quinzaine d'années, ce raisonnement a débouché sur une alliance plus ou moins discontinue avec le PS,
principale force de la gauche traditionnelle. C'est en partie contre ce dévoiement que se construit aujourd'hui le rassemblement des écologistes comme autonomes: nous sommes irréductibles au PS.
Et devons entrer en compétition avec lui. Je suis d'accord: le PS n'est plus porteur de grand chose aujourd'hui, sinon de traditions dans l'exercice des pouvoirs. Reste la question du reste de la
gauche. Je crois que nos affinités avec le PC, la LCR mais surtout le NPA, et aujourd'hui le PG de Mélenchon et Dolez, sont beaucoup plus fortes qu'avec le PS. Entrer en compétition systématique
avec eux ne me paraît pas sain. Sans parler d'accords électoraux, il me semble indispensable de travailler ensemble sur le terrain. On me répondra que les désaccords sont extrêmements profonds
tant sur la stratégie (révolution ? réforme?) que sur le fond (productivisme, écologie...). Je pense qu'ils ne sont pas indépassables à terme, mais surtout que se focaliser sur eux revient à
oublier des proximités de fait.
Un autre point plus important. L'écologie politique est faible ; elle propose un projet authentiquement révolutionnaire en
ayant pour base sociale exclusive les classes moyennes (et plus précisément, la bourgeoisie culturelle). Ca ne marchera pas. Ce n'est que la coopération avec les forces qui luttent pour un
changement de la même ampleur, en gros dans le même sens, et qui briguent pour de bon la base sociale nécessaire pour cela (les classes populaires, les habitants des banlieues, les employés, les
ouvriers, les agriculteurs...), qui rendra possible des politiques inspirées par l'écologie politique dans toutes ses dimensions.
Si aux élections européennes la gauche de la gauche s'unit et présente des listes de rassemblement par exemple NPA-PG-PC, je
n'exclus pas de voter pour eux. Et regretterai profondément que les écologistes préfèrent défendre leur chapelle, leurs traditions, leur boutique, plutôt que répondre aux défis d'aujourd'hui. ma
seule consolation pour l'instant : la plupart des verts, si j'ai bien compris, ne pensent pas et n'espèrent pas que ce rassemblement pas si opportun survice après l'échéance électorale. Pour ma
part je travaillerai aussitôt par la suite au rapprochement des gauches alternatives. Nous n'arriverons à rien chacun de notre côté.