Samedi 29 août 2009
Après le café littéraire autour d'Yves Cochet, j'ai assisté dans l'amphi 1 au forum "Alimentation, Santé, Social", au cours duquel j'ai appris que les Verts étaient vraiment le seul parti qui soit assez sérieux pour s'occuper de ce qu'il y a dans nos assiettes.
Là encore, plusieurs intervenants ont tour à tour pris la parole :

PIERRE MENETON
Chercheur à l'INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale), Pierre Meneton a été chargé de présenter un "Etat de santé de la population française" pour ce forum. Voilà ses conclusions :
D'abord, l'espérance de vie à la naissance continue d'augmenter ; elle a gagné 2,5 années depuis les années 1980. Cependant, c'est un indicateur assez limité qui ne prend pas en compte l'état de maladie des personnes. Il existe un autre indicateur, qui permet de mesurer le "nombre d'années de vie perdues en bonne santé", en anglais DALYs (Disabled Ajusted Life Years) et donc le réel impact socioéconomique des maladies.
A ce titre, les conclusions sont différentes de celles tirées de la simple analyse des causes de la mortalité : Selon l'OMS, la mortalité dans les pays développés est due :
-pour 30%, aux accidents cardiovasculaires ;
-pour 30%, aux tumeurs, et
-pour 7% aux problèmes neuropsychatriques
-les 33% restants étant divisés en une multitude de causes différentes.

Au contraire, les DALYs perdues se répartissent ainsi :
-pour 30% du fait des problèmes neuropsychatriques,
-pour 17% des tumeurs, et
-pour 14% des accidents cardiovasculaires.

Les problèmes neuropsychatriques sont donc plus "coûteux" socialement que l'analyse de la mortalité le laissait croire. Ils se divisent comme suit :
-problème dépressif : 37% (les plus touchés étant les adolescents et les jeunes adultes),
-problème lié à l'alcool : 19%,
-démence (dont Alzheimer) : 14%.

Une autre donnée à prendre en compte dans cet "Etat de santé" est l'évolution des dépenses. En France, on dépense 11% du PIB dans la santé ; 80% de ces dépenses sont publiques (16% du budget de l'Etat), et 20% privées. Le montant global des dépenses est en légère hausse proprtionnellement au PIB depuis quelques années (de 10% à 11%).
Quant aux maladies, leur évolution dans le temps est aussi riche d'enseignements.
Les maladies cardiovasculaires diminuent depuis les années 1950 dans les pays industralisés. cela est parallèle à la diminution de la consommation d'alcool depuis les années 1930, et de tabac depuis les années 1980. Ainsi l'hypercholestérolémie et l'hypertension artérielle sont en diminution.
Pourtant, le développement de l'obésité et du diabète 2 pourrait inverser la tendance en ce qui concerne l'incidence des maladies cardiovasculaires (et donc leur coût social). En ce qui concerne l'obésité, son incidence est très directement fonction inverse du niveau de revenu : moins le niveau de vie du ménage est élevé, plus l'obésité est  présente.
Les cancers ont à peine diminué leur incidence depuis 50 ans ; ils seraient même plutôt à la hausse en France.

BILAN : attention à l'obésité et aux cancers ; par ailleurs, le coût social énorme des problèmes neuropsychatriques ne semble pas être pris en compte.


CHRISTIAN REMESY
Christian Rémésy est chercheur à l'INRA (Institut national de recherche agronomique).
D'entrée, il regrette l'absence quasi complète de travail de réflexion politique sur la question de l'alimentation (Alain Lipietz, futur député de Poissy, écrira plus tard sur son blog que les Verts sont "le parti qui entre dans les institutions pour s'occuper de la qualité de la bouffe"). La chapine alimentaire dans son ensemble, avec l'homme en bout de ligne, n'est pas remise en cause, ou alors de façon approximative ("mangez cinq fruits et légumes par jour"...).
Plusieurs concepts doivent être compris :
La transition nutritionnelle : nous sommes passés d'une situation dans laquelle on (les femmes, surtout !) cuisinait à partir de produits naturels, à une consommation d'aliments préparés par l'industrie (biscuits, yaourts, fromage...)
L'exposition alimentaire : moins on a de "culture" (notamment culinaire) et de moyens, plus on est "exposés" à l'offre tentaculaire des supermarchés dont le marketing nous pousse à acheter et consommer des produits qui ne correspondent tout simplement pas à nos besoins nutritionnels... et qui en plus, ne tiennent pas compte de la diversité des patrimoines culinaires des régions (le contenu des supermarchés à Nîmes est le même qu'à Rennes, j'en ai fait l'expérience).
Or la pensée dominante dans les partis politiques et donc chez les décideurs, dit qu'il faut une agriculture et une industrie agroalimentaire "fortes". Cela cause entre autres, la continuation de l'exode rural et la désertification des campagnes, avec la concentration accélérée des exploitations agricoles.
Il faut donc réformer la chaîne alimentaire. Et d'abord, avoir un débat sur l' "alimentation durable" dont les exemples peuvent être les modèles méditerranéen, asiatique... qui sont tous structurés selon une "pyramide alimentaire" comme suit :
-une grande diversité de produits végétaux,
-une quantité raisonnable d'animal,
-un peu de matières grasses,
-un peu de "superflu".

Une telle pratique alimentaire est bonne contre toutes les pathologies, et constitue une nutrition préventive à l'échelle de toute une vie (et pas de l'homéopathie ponctuelle en fonction des alées conjoncturels de l'existence...).

Pour cela il faut agir à plusieurs niveaux : d'abord, généraliser les bilans médiconutritionnels périodiques (voire les rendre obligatoires... comme les contrôles techniques sur les bagnoles !!).
Ensuite, donner une mission de santé publique à notre agriculture, ainsi que de fixer des cadres contraignants à l'industrie agroalimentaire. Il faut souligner par exemple que la "purification des aliments" (céréales, sucre, ...) est nuisible au consommateur.
Enfin, il faut se lancer dans une grande entreprise d'information des consommateurs, qui sont pour l'instant livrés pieds et poings liés aux messages de la grande distribution !

En somme il ne faut pas réduire la question de l'alimentation au Bio, comme semblent le faire trop souvent les Verts. ce qui compte ce sont les nouvelles offres, la diversité, le diététique, l'artisanat, les agromarchés...


ANDRE CICOLELLA
André Cicolella est membre du Réseau Environnement Santé. Son intervention a foutu la trouille à la salle, malheureusement c'était assez technique (plein de molécules dangereuses) donc, malgré mon bac S SVT, mon compte-rendu va s'en ressentir.
D'abord, notre système d'alimentation est basé sur le marketing et le transport à longue distance, ce qui suppose un problème de conservation... et donc de conservateurs, ainsi que de récipients. Ceci a (et aura, dan sles générations futures) un coût sanitaire élevé, comme nous allons le voir.
Le Mouvement pour le droit et le respect des générations futures (MDRGF) a été pousuivi en justice pour avir révélé des énormités à cet égard, concernant les "traces" de pesticides présentes dans le raisin de table.
Des études ont montré que l'aspartame pouvait causer des tumeurs mammaires chez les rats, et des leucémies parmi la génération suivant celle exposée. Mais cette étude a été jugée "non recevable" par l'Agence européenne.
On a récemment entendu parler du bisphénol, molécule consttuant la base des plastiques polycarbonates, et notamment des biberons. Concrètement, toute une génération a été contaminée par cette molécule, qui selon l'étude, cause chez les animaux des cancers du sein, de la prostate, des testicules, ainsi que des malformations diverses. Au bout de la troisième génération, c'est la spermatogénène (et donc la fertilité de l'espèce) qui est atteinte.
L'argument des industriels contre ces études est que "Manque la preuve chez l'homme !". Mais c'est absurde : en ce qui concerne les effets sur les générations suivantes, il faudrait attendre encore plusieurs dizaines d'années avant d'avoir cette "preuve chez l'homme" ! Autrement dit, "après nous le déluge"... Et le déluge en question s'annonce dévastateur.
Une revendication centrale consiste à demander la création de la catégorie de "perturbateur endocrinien" (molécules qui perturbent la sécrétion des hormones par l'organisme) qu'il faudrait ajouter aux trois catégories existantes de molécules nuisibles : cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques.
Ce bisphénol nous imprègne tous ! Outre les biberons, il est présent dans toutes les boîtes de conserve et les canettes (c'est le film plastique qui recouvre le métal, à l'intérieur), mais aussi les bouilloires électriques (ça fait des années que je me fais du thé au bisphénol)... Je n'ai pas demandé ce qu'il en était des machines à café, de peur de m'évanouir.
Et tout ça ne concerne qu'un produit : le bisphénol. Il faut également prendre en compte les synergies qui se réalisent entre produits chimiques, notamment avec les pesticides, qui rendent totalement arrbitraires les "seuils acceptables d'exposition" et peuvent faire exploser les impacts sur nos organismes. De ce point de vue le Plan national de santé-environnement est une "ineptie" : il cloisonne les secteurs sans prendre en compte ces synergies. Il repose sur un référentiel qui date des années soixante ! (lire à ce propos le passionant Société du risque du sociologue Ulrich Beck, publié en 1986 en Allemagne)
Et tout cela sans parler des conflits d'intérêts qui sautent aux yeux au sein de l'AFSSA (Agence française de sécurité sanitaire des aliments) : certains de ses membres sont liés au Centre technique de la conserve, à Total (producteur de polycarbonates)...

Plus généralement, la définition de la santé selon l'OMS (Organisation mondiale de la santé), la santé comme "état de bien être", mérite d'être complétée. C'est aussi la qualité de la relation de l'homme avec son écosystème. Cela passe a l'éducation. C'est un objectif à ajouter a tryptique "lire, écrire, compter"...

MICHELE RIVASI
Faut-il présenter Michèle Rivasi ? Aujourd'hui députée européenne Verte (18% dans le Sud-Est, quatre points de plus que Peillon pour le PS), elle fut un temps députée apparentée PS et l' "écologiste de service", selon ses propres termes, des socialistes. Chercheuse, elle avait mené sa première bataille politique en créant le CRII-Rad pour étudier les retombées radioactives de l'explosion de Tchernobyl en France, surtout dans le Sud-Est.
Dans le domaine de la santé environnementale, il faut agir politiquement et c'est possible de le faire localement, au moins dans un premier temps : pas besoin d'attendre une hypothétique arrivée au pouvoir des écologistes au niveau national. C'est important en particulier pour les écoles, gérées par les municipalités. Le problème en ce qui concerne les bâtiments (et les matériaux qui peuvent être nuisibles : plastiques...), c'est que bien souvent les constructeurs eux-mêmes ne disposent pas des informations nécessaires sur leur composition, etc. C'est un problème de transparence.
En ce qui concerne l'alimentation, on peut aussi agir, par exemple en multipliant les cantines Bio, même si dans ce domaine le quasi monopole de Sodexho limite les marges de manoeuvre. Mais même avec le Bio, il faut faire attention : il faut éviter à tout prix le "Bio pétrole" qui vient de l'autre bout de la terre, comme les haricots d'Afrique du Sud, les pommes du Chili, ou le soja d'Argentine. Ce qui pose le problème de l'approvisionnement local : la faiblesse de nos capacités de production en Bio nous oblige à procéder à une relocalisation massive. Notamment, il faut généraliser les "ceintures vertes" autour des villes, ce qui revient à récupérer des terres pour les cultiver. Les Conseils généraux (départements) et les villes ont les outils pour ce faire : droit de préemption, zone de captage. "Faire son jardin, c'est un acte de résistance ! "
Plus tard, dans la discussion avec la salle, on parlera de l'exemple de la ville de Mouans-Sartou, dont le maire est l'ancien député Verts André Aschieri, ville qui fait de l'agriculture bio en régie pour les cantines scolaires...
En ce qui concerne les cantines bio, Alain Lipietz, intervenant depuis la salle, soulignera plus tard qu'il est tout à fait possible de servir des repas 100% bio sans augmenter les prix, à condition de réduire la proportion de viande, qui est un aliment cher. Comme le soulignait Christian Rémésy, de toute façon on mange trop de viande, y compris dans les cantines scolaires. La viande, avant notre époque d'abondance excessive, et ailleurs sur la planète, c'est un condiment, un ajout aux plats, minoritaire quantitativement : les bouts de saucisse dans la choucroute ou dans le cassoulet, par exemple.
A l'échelle nationale, l'Assemblée Nationale doit se battre pour imposer une réglementationde Haute Qualité Alimentaire (HQA), interdire les dérogations préféctorales aux interdictions de lâcher aérien de pesticides (qui sont beaucoup plus polluantes pour l'air que le traitement à hauteur de sol)...
Au Parlement Européen, il faudra se battre sur la directive à propos des biocides (pesticides), et sur Reach2 qui traitera des nanoparticules, adjuvants, additifs, perturbateurs endocriniens... Et affronter sur ces sujets les élus liés au lobby pharmaceutique comme par exemple la tête de liste UMP du Sud-Est, Françoise Grossetête (encore une malformation ?)
Michèle Rivasi a également exprimé son mécontentement face à la différence de traitement entre la Grippe A (H1N1) et la question du bisphénol. L'alarmisme excessif sur la grippe permet d'eclipser les vraies problèmes comme le bisphénol,, tout en servant les intérêts des producteurs de masques et de Tamiflu... Plusieurs critiques possibles sur le traitement de la question de la grippe :
1- Le rapport bénéfice/risque d'un éventuel vaccin. Le bénéfice reste très incertain puisque pour l'instant, le virus n'est pas très virulent (en france on a trois morts dont on n'est pas sûr que ce soit vraiment la grippe qui les ait tué - elles étaient déjà malades d'autre chose).  Quant au risque, des expériences passées ont montré que le vaccin contre la grippe pouvait causer plus de victimes que la grippe elle-même (aux USA dans les années 1970)...
2- La loi Kouchner de 2002 dipose que tout traitement doit faire l'objet du "consentement libre et éclairé" des patients... Or en ce qui concerne le vaccin contre la grippe, nul n'est "éclairé" quant aux adjuvants qu'il contient et leurs effets, notamment l'aluminium (qui peut atteindre le cerveau), le mercure, des détergents...
3- La question financière : payer 1 milliard d'€ pour 94 millions de doses, c'est pour le moins aventureux. Le bénéfice va aux laboratoires, aux vendeurs de Tamiflu et de masques.



A suivre : une plénière épique sur la Transformation écologique de l'économie, avec des invités hauts en couleurs...



Par Martin - Publié dans : Verts
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Vendredi 28 août 2009
J'apprécie beaucoup le franc-parler et l'anticonformisme d'Yves Cochet, qui me semblent vivifiants pour l'écologie politique, laquelle a trop souvent tendance à s'endormir sur ses lauriers.
Ce jeudi 22 août après le repas de midi, je me suis donc dépêché pour assister à la fin du café littéraire durant lequel il présentait son dernier livre, Antimanuel d'écologie.

En attendant une compte-rendu plus complet d'une passionnante table-ronde sur la décroissance (dont il fut l'intervenant le plus intéressant), voici quelques-unes de ses citations, toujours aussi percutantes :
"Dans vingt ans, Internet ça n'existera plus ! Croyez-moi, un livre, c'est bien plus solide qu'un CD-Rom ! "
"PSA, Renault, Air-France, tout ça, ça va s'effondrer, vous allez voir ! "
"Pour la campagne des européennes, j'avais proposé comme slogan, "Sauver le local globalement". Car c'est ça l'enjeu ! Mais on n'a pas voulu m'écouter ".
"L'Union Européenne, on en parle beaucoup, mais maintenant que les élections sont passées, je peux le dire : dans dix ans ça n'existera plus, d'ailleurs ce n'est pas la bonne échelle pour régler les problèmes ! Le problème des gens dans dix ans ce sera de trouver de l'eau potable et des vêtements pour habiller leurs enfants, et l'Union Européenne n'y pourra pas grand-chose ! "

C'est vrai que ça fait du bien de se désintoxiquer du "continuisme" et du "félicisme" d'Europe-Ecologie...
et des magouilles politiciennes de Cohn-Bendit !
Par Martin - Publié dans : Verts
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Mercredi 26 août 2009

Troisième temps de mon compte-rendu des JOURNEES d'ETE des VERTS et d'EUROPE-ECOLOGIE.


Nous sommes toujours dans la première journée, jeudi 22 août, et nous atteignons maintenant le deuxième forum auquel j'ai assisté : une discussion autour de la RGPP (Révision générale des politiques publiques).

JEAN-MICHEL DREVON
Le premier intervenant est membre de la FSU (Fédération syndicale unitaire) et d'avère être un ancien prof de maths lyonnais d'un de mes camarades Verts. Le monde est petit !
Il nous rappelle que la RGPP est la traduction en France du New Public Management, qui est apparu en Grande-Bretagne en 1979 et aux USA en 1980 avec l'arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher et Ronald Reagan, respectivement. Son arrivée en France a été ralentie par la victoire de la gauche en 1981.
Cette logique n'est pas, comme on l'entend souvent, un logique de "moins d'Etat" : c'est bien une politique d'Etat. Parallèlement, le contrôle social de l'Etat se fait toujours plus fort.
Du point de vue budgétaire, il s'agit évidemment de réduire les coûts. Cette exigence a été mise en avant des la LOLF (Loi organique relative aux lois de finance) du gouvernement Jospin, en 2001. Concrètement, on met en place des indicateurs qui doivent participer au développement d'une "culture du résultat". Il s'agit pour Jean-Michel Drevon d'une idée de bon sens. Cependant, ça dépend de qui définit les indicateurs, mesure les résultats, et tire l bilan des observations... Or une seule instance assure ces trois fonctions : le gouvernement. Lequel peut donc construire des conclusions à sa guise.
La mise en oeuvre effective se traduit en particulier par le raisonnement en masse salariale : on parle dorénavant de Equivalent temps plein travaillé (ETPT) et non plus de CDI ou de fonctionnaires qualifiés.
Un autre mécanisme est le Partenariat Public-Privé, qui nous vient de Grande-Bretagne. Le secteur privé finance, construit et entretient certaines infrastructures : cela réduit les dépenses et donc la dette de l'Etat... Mais cela signifie d'une part la fin de l'archtecture publique ; et d'autre part l'Etat (ou autres collectivités publiques) doit payer un loyer, avant de devenir propriétaire... Or l'expérience montre qu'avant le transfert de propriété, l'acteur privé cesse d'entretenir les infrastructures qui perdent très rapidement leur valeur ; l'Etat est donc obligé de recourir à de nouveaux investissements... ou mieux, à un nouveau Partenariat public-privé !
La RGPP prétend rationaliser les services publics... Mais en fait, le public a des demandes énormes envers ceux-ci... et également, une satisfaction somme toute énorme !
Un autre levier de rationalisation est la fusion administrative, en particulier au niveau des ministères. Le super-ministère de Jean-Louis Borloo ("Ecologie, Energie, Développement durable, Mer, en charge des Technologies vertes et Négociations sur le climat" avec aussi les transports, l'équipement) est à cet égard un pilote. Le problème est que ces structures "traditionnelles" sont également associées à des missions, à des compétences...
La mise en place d'Agence est également symptomatique. Leurs salariés sont des fonctionnaires mais le fonctionnement, comme la plupart des directeurs, proviennent du privé.
La Réorganisation de l'aménagement territorial de l'Etat (REATE) pose également problème. Il s'agit d'une dynamique de déconcentration qui vise à mettre les services départementaux (y compris les préfets de département) sous le contrôle du préfet de Région. Celui-ci n'aurait de comptes à rendre à personne ; d'autre part la question des inégalités territoriales se pose avec d'autant plus d'actualité que le ministère n'est plus la seule autorité impliquée, les directions départementales devenant interministérielles.
Autre acquis en grave danger : le statut des fonctionnaires. Il garantit indépendance (par rapport au "petit chef"...) et service de l'intérêt général ; ces deux principes sont battus en brèche par les contrats précaires, les missions, l'avancement "au mérite"...
De même, la Loi de mobilité de Juin 2009 revient à autoriser le gouvernement à imposer la mobilité intra-services et géographique du personnel. Comme à l'ANPE, le nombre d'offres sera limité... et le licenciement à la clé d'un nombre trop important de refus.

Il importe donc de défendre haut et fort les services publics, quand bien même il est certain que la situation n'est pas parfaite, et que des changements doivent être opérés (mais dans le bon sens !). "Le service public, c'est le patrimoine de ceux qui n'en ont pas" mais aussi un puissant amortisseur social et économique, comme on a pu s'en rendre compte ces derniers mois. Des politiques publiques puissantes, et une certaine dose de péréquation, font qu'aujourd'hui, bon an mal an, tous les territoires français "font bon vivre".
Contrairement aux exclamations de la droite selon lesquelles les dépenses publiques doivent être réduites car elles servent essentiellement à "faire fonctionner l'Etat", c'est la protection sociale qui constitue le gros du budget de l'Etat.

BERNARD DEFAIX

Le second intervenant est Bernard Defaix, président de la Convergence nationale des collectifs de défense des services publics.
La Convergence provient du collectif creusois créé en 2005 (souvenez-vous des manifestations de Guéret et des boules de neige lancées sur François Hollande...). Il s'agit d'un mouvement de "résistance", qui a "un côté archaïque" au bon sens du terme. Il réunit aujourd'hui une vingtaine de collectifs départementaux.
La raison d'être de ces collectifs est liée au plein exercice des droits fondamentaux, en particulier de l'égalité en ce qui concerne l'aménagement du territoire.
La Convergence avait publié en 2007 un Manifeste pour les services publics, qui reste encore à être creusé par secteur. Il faut aussi approfondir la question de la démocratisation des services publics, qui souffrent d'une "insuffisance de citoyenneté". A ce titre la RGPP ne va en aucun cas dans le bon sens : ce n'est pas une politique démocratisatrice.
En associant les politiques, les salariés et les usagers, il est possible d'articuler une résistance efficace. Il est d'ailleurs crucial que nous disposions de services publics efficaces et importants face à l'urgence écologique, d'autant plus que le gouvernement est en train de recourir à un "retour mystificateur aux politiques publiques".


LAURENT AUDOUIN

Laurent Audouin appartient à la commission Recherche et enseignement supérieur des Verts. Il souligne que ce secteur, dans le cadre de la RGPP, ne subit pas de restrictions budgétaires mais une redistribution et une réorganisation.
Il s'agit de mettre en place un fonctionnement utilitariste, sur projets et performances. Mais la "performance" est mesurée de façon à pouvoir imposer des changements : par exemple, alors que les chercheurs français avaient un taux de publication élevé en fonction du financement, le gouvernement a préféré mettre en avant le (mauvais) classement de Shangaï.
Quant à la réforme des Universités, le Ministère doit exercer une "fonction stratégique" d'orientation... Vous avez dit autonomie ?
Par Martin - Publié dans : Verts
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Mardi 25 août 2009
Benvenguda a Nimes : en Occitan, cela veut dire Bienvenue à Nîmes. La plénière inaugurative des Journées d'Eté fut l'occasion de le répéter plusieurs fois. A la tribune, ou plutôt assis sur des petites chaises de jardin, sur l'estrade de l'amphi 5 de l'Université Vauban : Cécile Duflot, Pascal Durand, et les régionaux de l'étape nimo-gardoise.
 La courte ouverture fixe la barre haut : les écologistes doivent "être à la hauteur des espérances des 2,8 millions d'électeurs du 7 juin" (Duflot), l'écologie doit s'affirmer comme "élément incontournable de la vie politique française" (Durand)...

Après ce moment d'auto-célébration et d'ode au pragmatisme électoraliste, le premier forum s'ouvre : Réchauffement climatique et sommet de Copenhague, en décembre. Voilà un compte-rendu :

C'est Denis Baupin, adjoint au Maire de Paris chargé de l'environnement (et ex-artisan de la politique de transports de la ville) qui anime les débats. Il souligne que nous devons travailler à la fois à l'atténuation du changement (réduire les émissions) et à l'adaptation au changement (notamment dans les régions touchées par la désertification, les changements de température, la montée des eaux, ...). En effet, il est trop tard pour stopper complètement le réchauffement.
Les enjeux de Copenhague (sommet qui doit faire suite à Kyoto) sont donc tout sauf environnementaux. Il s'agira de discuter de la répartition des efforts entre Nord et Sud, des aides au "développement durable", etc.

PIERRE RADANNE
Le premier intervenant est Pierre Radanne, expert des questions energétiques, et écologiste de longue date (il participa à la campagne présidentielle de Brice Lalonde en 1981). Dans les négociations actuellement en cours en préalable au sommet de Copenhague, il conseille "les pays africains" et en particulier la République Démocratique du Congo.
Il nous explique que les négociations avaient 5 "voies d'entrée" possibles.
1- D'abord, la fixation d'un objectif à long terme, par exemple une augmentation de moins de 2°C de la température de l'atmosphère grâce à une réduction de 80% des émissions de gaz de la part des pays du Nord, d'ici à 2050. Le problème est que ce type d'objectif élude la question du développement et de la solidarité : les pays "en développement" (PED) ont donc coupé court.
2- Des engagements unilatéraux de la part des pays industrialisés à partir des négociations de Kyoto, afin de prouver leur bonne foi et de montrer l'exemple aux PED. Cela est malheureusement impossible car les USA n'ont pas signé Kyoto et n le signeront pas, même avec Obama ; d'autre part les normes de Kyoto n'ont été respectées à peu près par personne. L'Union européenne (à 15) a vu ses émissions stagner au lieu de diminuer de 8%; le Canada au augmenté ses émissions de 35% au lieu de les réduire de 6%... Il ne faut donc pas compter sur "l'exemple des pays du Nord" face à l'appétit de développement qui anime les gouvernements du Sud.
3- "Le pognon", c'est-à-dire des aides au Sud de la part du Nord pour réaliser les investissements nécessaires à l'adaptation. Mais avec la crise, les finances publiques en difficulté ainsi que la priorité apparemment donnée au sauvetage du système financier et industriel en place, les pays du Sud n'y croient plus.
4- La conclusion d'accords bilatéraux à l'initiative des Etats-Unis, et donc l'abandon des négociations multilatérales.
5- "Le passage humble de tous à l'action", dont certaines initiatives dans les deux dernières années. Mais la recherche d'un accord international n'a pas progressé pour autant.

Pour Pierre Radanne, nous sommes donc dans une "trajectoire d'échec". Depuis que les négociations ont commencé au début de l'année 2009, aucun point de désaccord n'a été levé entre les pays.
On peut selon lui envisager trois issues possibles au sommet de Copenhague:
1- Un "désaccord négatif", en d'autres termes l'absence d'accord et la poursuite de s négociations en 2010 jusqu'au sommet de Lima en décembre de l'année prochaine.
2- Un "désaccord constructif" avec l'absence d'accord, mais le lancement de politiques unialtérales de la part des pays.
3- Un "accord vide" qui fixerait des objectifs sans se donner les moyens de les sanctionner. La négociation deviendrait alors par la suite virtuellement impossible car leur base théorique (l'accord passé précédemment) n'aurait plus rien à oir avec la situation effective des pays et de leurs émissions, qui continueraient à diverger "hors des clous" comme c'est déjà largement le cas depuis Kyoto. On peut penser que cette troisième possibilité est malheureusement la plus probable car les dirigeants ont malgré tout, intérêt à paraître être à la hauteur de la gravité de la situation aux yeux des citoyens-électeurs (pensons à Sarkozy...).

Pour conclure, Pierre Radanne adresse une critique aux Verts : selon lui, l'écologie politique partisane n'est pas à la hauteur des enjeux des négociations sur les émissions de gaz à effets de serre. Il n'y a jamais de délégation Verte aux séances de négociation. Or selon lui, les Verts devraient  "fixer la toise d'un accord réussi".

SANDRINE MATHY
La seconde intervenante est Sandrine Mathy, présidente du Réseau Action Climat (RAC), qui fédère "11 ONG d'environnement et de solidarité". Elle insiste sur l'objectif d'un réchauffement inférieur à 2°C : si cette limite était dépassée, l'adaptation au changements conséquents serait impossible.
Pour cette raison, le RAC a lancé une pétition intitulée "Ultimatum climatique", adressée à Nicolas Sarkozy afin de "fixer des lignes rouges" quant aux négociations de Copenhague. La question du financement de l'adaptation au réch (Aauffement, par exemple, est centrale : actuellement, le "fonds d'adaptation" des Nations Unies est doté de 125 millions de Dollars ; selon l'ONG Oxfam, une adaptation efficace coûterait 40 MILLIARDS de Dollars PAR AN jusqu'en 2020.

GUS MASSIAH
Le troisième intervenant est Gus Massiah, altermondialiste, membre d'ATTAC et président du Crid (Centre de recherche et d'information pour le développement). Il décline quelques enjeux du sommet de Copenhague.
1- D'abord la "construction d'une mobilisation" au sein des sociétés civiles. Il cite le précédent de Rio en 1992 qui avait été l'occasion d'une convergence entre organisations écologistes et de solidarité internationale.
2- L'échéance de Copenhague présente également un enjeu idéologique, autour de la question du réchauffement et des solutions à y apporter. La question semble aujourd'hui faire consensus chez les scientifiques, politiques et décideurs, mais "les scientistes avancent masqués", tentant soit de minimiser la gravité du réchauffement ou la responsabilité humaine, soit d'imposer leurs "solutions" technicistes et dangereuses (stockage du carbone, nucléaire, larguage de soufre dans l'atmosphère...).
3- L'élaboration de propositions au sein du mouvement altermondialiste. La crise, en fragilisant (au moins en apparence) le système capitaliste, a libéré la parole et donc la pensée : on peut maintenant parler d'alternative au système, utiliser des concepts datés et néanmoins utiles comme les "classes sociales" voire la "lutte des classes".
De ce point de vue, la simultanéité des crises ("écologique, sociale, géopolitique, idéologique") doit interpeller le mouvement écologiste. En effet selon Gus Massiah, "l'écologie peut être porteuse de dictatures vertes" pour maintenir l'ordre social dans un contexte d'exodes massifs, de rationnement des ressources, de paupérisation, etc., au Nord comme au Sud. Il faut donc réaffirmer la valeur d'égalité afin d'éviter le pire, et d'élaborer trois types de réponses :
1- au danger immédiat qui consiste à faire payer, à tous les sens du terme, les crises aux pauvres et habitants du Sud ;
2- à moyen terme, des "réponses politiques en situation" pour assurer la transition ;
3- sur le long terme, une "alternative au modèle actuel".


GENEVIEVE HAZAM

La quatrième intervenante est membre d'ATTAC (Association pour la taxation des transactions financières pour l'aide aux citoyens). Elle souligne que les négociations de Copenhague sont déterminées par des conflits d'intérêts économiques. Les enjeux sont écologiques et politiques, mais les économistes sont la plupart du temps incapables de les prendre en compte. "Y compris chez les économistes hétérodoxes (c'est-à-dire critiques vis à vis du système, comme les keynésiens, les marxistes, les régulationnistes, etc.), la prise en compte de ces enjeux est très insuffisante". La théorie économique connaît le Capital et le Travail mais rechigne a donner aux ressources naturelles ainsi qu'à la pollution un statut plus important que celui d' "externalité".
Elle met en garde les écologistes contre le "projet technocratique" qui promeut le "développement durable" sans changer de logique, par opposition à l'ambition d'une "écologie du vécu" défendue par André Gorz par exemple.
"Le mouvement altermondialiste a intégré la question environnementale" (c'est le cas d'ATTAC notamment sous l'impulsion de son actuelle co-présidente Aurélie Trouvé), depuis le Forum Social Mondial de Bélem (en janvier 2009 au Brésil) surtout. Cela revient à "reformuler la question sociale", ce qui passe également par la question des alliances, qui se pose pour ma mobilisation autour de Copenhague : paysans (Via Campesina), mouvements sociaux traditionnels (syndicats)...
Au vu des intérêts en jeu à Copenhague, il y a deux postures adoptées par les acteurs, que l'on peut illustrer sur deux thématiques : les relations Nord-Sud et le Financement de la lutte contre le réchauffement.
Sur les relations Nord-Sud, l'OMC (qui tient un sommet à Genève en décembre - la date n'est pas innocente) défend le "rattrappage" du Sud grâce au libre-échange, tout en travaillant à une extension des brevets, pour défendre la propriété intellectuelle des entreprises du Nord en ce qui concerne les médicaments ou les nouvelles technologies. Une politique alternative, défendue par le Sud et les ONG, consisterait à faire reconnaître la "dette écologique" du Nord et à opérer des transferts économiques importants dans le cadre de ce que certains appelleraient une "décroissance solidaire".
Quant au financement, les altermondialistes s'opposent aux propositions typiques du "développement durable" : marché de droit à émettre des gaz à effets de serre, subventions accordées aux Firmes transnationales pour leurs investissement "verts" dans les pays du Sud, privatisation des forêts...

DENIS BAUPIN
L'animateur fait une rapide incise : un point important sur lequel il faudra être vigilant est la question de l'énergie électrique : le nucléaire comme le chauffage électrique sont des absurdités à combattre, d'autant plus qu'elles peuvent apparaître comme des solutions faciles. D'autre part, le rôle du méthane dans le réchauffement climatique n'est pas assez pris en compte dans les négociations, selon lui.


RONAN DANTEC
Le cinquième intervenant, Ronan Dantec, est adjoint Vert à la mairie de Nantes, et coordinateur international des villes pour la conférence de Copenhague.
Pour lui, les grands pays ont, malgré tout, très peur du réchauffement climatique. Ses conséquences pourraient être terribles du point de vue social et politique pour les régimes en place en Russie et en Chine, par exemple. Le réchauffement peut être considéré comme une "marche à la guerre". Pour cette raison, nul ne quitte la table des négociations.
Pourtant, le Sud reste très méfiant : l'égoïsme du Nord qui s'était manifesté lors de la conférence de Johannesburg en 2002 (souvenez-vous de la phrase de Chirac : "la maison brûle et nous regardons ailleurs !") laisse des traces. Les rumeurs sur une annonce qui serait préparée conjointement par Sarkozy et Merkel ne les dissipe pas. D'ailleurs Ronan Dantec juge le calendrier adopté par le couple franco-allemand (c'est-à-dire faire leurs propositions au dernier moment, en décembre) éminemment contre-productif.
Selon lui, l'échelon local est privilégié pour conduire des échanges sur la question du réchauffement climatique. Les élus locaux mondiaux ont acquis sur le sujet une même culture, car ils sont au contact direct de ses conséquences (exode, désertification, sécheresses, instabilité climatique, pollution...). Cependant, leurs moyens sont très limités et ils ne peuvent donc constituer, à proprement parler, un lobby. L'ironie est que le principal soutien que ce réseau reçoit provient non de l'UE mais de l'Afrique. Son objectif est d'ouvrir les financements pour les collectivités locales du Sud.
A l'instar de Pierre Radanne, Ronan Dantec estime que les Verts mondiaux ne sont pas à la hauteur des enjeux. Ils manquent de structures. Il faut pourtant affirmer la réciproque de la devise écologiste : "penser localement, agir globalement"...

CHRISTIAN GUYONVARC'H
Le sixième intervenant (un homme, et la première des nombreuses infractions à la parité lors de ces Journées d'Eté !) est Christian Guyonvarc'h, membre de l'Union démocratique bretonne, vice-président du Conseil régional de Bretagne et du Réseau mondial des gouvernements régionaux pour le développement durable.
C'est une structure à l'activité récente, qui permet une gouvernance Nord-Sud.
Je n'ai pas pris plus de notes... Soit c'était très court, soit j'ai dormi par inadvertance !

YANNICK JADOT
Le septième intervenant est Yannick Jadot, ex-animateur de Greenpeace, membre de Europe-écologie et député européen depuis les dernières élections. Son intervention concerne la mobilisation autour de la conférence de Copenhague.
Il commence par décrire ce que sera la stratégie des dirigeants des Etats européens, et notamment de Sarkozy. La Communication et la Personnalisation à outrance, auxquelles Sarkozy nous a habitués, devraient être de mise. En effet il leur faudra sauver la face, malgré l'échec plus que probable sur le fond : l'issue la plus plausible est donc un "accord vide". Pour brouiller les pistes et "manipuler l'opinion publique", on devrait assister à une bagarre de chiffres tous azimuts.
Concrètement, les discussions seront déconnectées des enjeux energétiques : les solutions mises en avant seront la séquestration du carbone, le nucléaire, les agrocarburants. Au contraire, les écologistes devront imposer le thème de la sobriété.
De même, il faudra toujours ramener les efforts consentis par les gouvernements aux effets climatiques qu'ils auront. Ainsi, une diminution de 15% des émissions de gaz à effet de serre, présentée comme extrêmement ambitieuse par la plupart des dirigeants, reviendrait à accepter une augmentation de 3°C des températures, avec une ribambelles de conséquences destructrices.
La proposition de taxe carbone doit également rencontrer la vigilance des écologistes. Il s'agit d'entamer réellement la transition énergétique, et ce dans "la justice fiscale et la justice sociale".
Le Parti Vert européen, lors de son congrès de Malmö en octobre 2009, devra affirmer à la fois son réformisme et sa radicalité. En attendant, les Verts français doivent apporter le débat dans les assemblées (nationales, locales) et faire de l'enjeu climatique une question centrale des Conventions régionales de l'automne d'Europe-écologie qui doivent préparer les élections régionales de mars 2010. Le projet des écologistes dans les régions devra fixer des objectifs de réduction d'émission des gaz à effet de serre.
Europe-Ecologie pourrait par ailleurs organiser une grande Convention et y convier partis et syndicats afin d'imposer le réchauffement climatique et les solutions à y apporter, comme une problématique de premier plan.

Prochains articles : le compte-rendu du reste de la journée du jeudi 20 août : le Forum sur la RGPP (Révision générale des politiques publiques, initiative du gouvernement), un café littéraire avec Yves Cochet, les questions d'alimentation, et de santé, une plénière haletante sur la "transformation écologique de l'économie"...



Par Martin - Publié dans : Verts
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Lundi 24 août 2009
Mon aller à Nîmes s'est fait en voiture. C'est un péché mais, circonstance atténuante, il s'agissait d'un covoiturage et nous étions trois dans le véhicule en question, et le trajet en train aurait été autrement plus cher (d'autant plus que le chauffeur a refusé tout partage des frais - ça a du bon d'être un pauvre étudiant).
Choc culturel, pourtant. la voiture avait beau ne pas être un tout-terrain, elle était dotée de la climatisation. Le chauffeur n'avait aucun scrupule à la faire fonctionner à tout berzingue (ce qui entraînerait semble-t'il un surplus de consommation de 20% de carburant).
C'est loin le temps des écolos qui essayaient d'appliquer leurs propres préceptes. Sur autoroute, notre vitesse de croisière avoisinait les 135 km/h (avec régulateur), soit 5 de plus que la limite maximale, et alors même que selon le chauffeur lui-même, 10Km/h de moins permetterait d'économiser 1L pour 100 km (et donc pas mal de CO2 mais je m'épargnerai le calcul).
En tant qu'abstinent en ce qui concerne la conduite, le permis de conduire, la climatisation, etc, le choc culturel était donc grand. D'autant plus que la conversation a révélé les opinions positives de mes covoitureurs au sujet de Yann Arthus-Bertrand et de son film Home. Je n'ai pas vu ce film mais je n'aime pas Yann Arthus-Bertrand - l'autre jour je suis entré dans le hall de la BNP (pour fermer avec enthousiasme un compte courant) et j'ai trouvé son exposition 6 milliards d'autres. Dans la BNP ! Evidemment les arguments en faveur de ces "éco-tartuffes" (selon le bon mot du journal acerbe mais néanmoins éclairant La Décroissance) sont de bon sens : comment ne pas vulgariser l'écologie et accepter certains compromis, puisqu'il s'agit de convaincre le plus grand nombre ? Pour ma part, mes connaissances historiques (limitées) me permettent de prendre un peu de recul... Dès la fin des années 1980, le thème de l'écologie (ou plutôt, de l'environnement, et en particulier de l'atmosphère et de la couche d'ozone) a occupé une grande place dans l'espace public, menant entre autres à la conférence gouvernementale de Rio en 1992. En 1989, les Verts faisaient 10% des voix (et plus dans les villes) et le magazine américain Times fit de la Terre l'homme de l'année (en guise de point de référence : en 2008, son homme de l'année c'était Barack Obama).
A mon sens donc, vulgarisation et compromission sont non seulement inutiles, mais dangereuses car elles fragilisent tout projet réellement alternatif, réellement à la hauteur des enjeux. Aujourd'hui, le Grenelle de l'environnement laisse croire que le gouvernement a pris la mesure de la gravité de la situation (et le résultat des européennes ne dit pas le contraire : nombre des électeurs d'Europe-écologie sont des soutiens du Grenelle ; et bien d'autres ont plus voté pour la nouveauté de ce rassemblement -la nouvelle façon de faire de la politique- que pour "sauver le climat").
Bref. L'osmose culturelle dont je parlais dans mon avant-dernier article en a pris un coup durant ces 900 kilomètres de voyage. En plus le chauffeur ne laissait pas passer les piétons sur les passages cloutés dans les aires de repos, je n vous dis pas l'hérésie !!
Je ne vais cependant pas bouder mon plaisir. Le trajet a été agréable et on a bien ri, surtout quand il s'est agi de réfléchir à des solutions devant les tentatives de détournement du succès d'Europe-écologie par certains opportunistes au niveau local. Pour le chauffeur, c'est bien simple, il faut les pousser dans les escaliers. Une telle mesure demanderait pourtant une sacrée dose de courage politique. Qui osera pousser Marie-Pierre ?

La bonne ambiance s'est décuplée une fois arrivés à Nîmes, autour d'un verre dans un bar du centre (piétonnier ! le paradis) de Nîmes. Notre chauffeur et son fils, soutier des Verts, ont entamé un ballet de sarcasmes et de remarques désopilantes à propos du petit monde des écologistes.
Petit bilan de cette conversation (dont je ne révélerai pas explicitement le contenu car il s'agit de choses privées, tout de même!) : il faudrait entreprendre une investigation poussée afin d'esquisser une histoire sexuelle des Verts, facteur semble t'il structurant dans la vie politique du parti (sans doute moins dans ces dernières années car les "historiques" commencent à se faire vieux !). N'oublions pas que les Verts, et en particulier ses cadres dirigeants, ont longtemps été  un groupe relativement fermé, mixte, et culturellement prédisposé (soixante-huitard, quoi).

Sur ce, les prochains articles auront une teneur politique plus élevée, je le promets.

Par Martin - Publié dans : Verts
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Lundi 24 août 2009
Je reviens des Journées d'Eté des Verts/Europe-Ecologie de Nîmes, qui se sont tenues du jeudi 20 au samedi 22 août dernier.
J'ai pris 30 pages de notes en suivant les plénières, forums et ateliers dont j'ai composé mon menu. Je vais esseyr d'en traduire le contenu, très riche.
La presse s'est fait assez largement l'écho de plusieurs "épiphénomènes" qui ont eu lieu lors de ces Journées (l'appel de Cohn-Bendit en direction du Modem, la tentative de débauchage de Christiane Taubira, etc.). Je ne reviendrai pas dessus en tant que tel, mais il y a des choses à préciser voire à rectifier ! Globalement, le paysage politique écologiste s'annonce passionnant d'ici aux régionales.
Rendez-vous donc à la mesure de la rédaction de mes articles.
Par Martin - Publié dans : Verts
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Dimanche 16 août 2009
En attendant les Journées d'été des Verts (du 20 au 22 août à Nîmes) qui m'apporteront pas mal de food for thought, j'aimerais dire quelques mots sur les difficultés que peut avoir un écolo comme moi à envisager de quitter les Verts et d'appartenir à un autre parti de gauche (le PG, en particulier).

Il est vrai que les derniers développements de la vie publique des Verts (Europe-Ecologie, la Danymania, le programme capitaliste vert, le recentrage...) me donnent de l'urticaire. Mais les Verts c'est plus que ça. C'est des gens avec lesquels on milite, on parle, on fait des réunions, et avec lesquels le plus souvent je suis d'accord sur bien des questions concrètes, en particulier en ce qui concerne les institutions, le développement urbain, le transport, l'énergie, la culture... : fédéralisme, démocratie directe, espaces verts, transports en commun, sobriété, diversité...

Au-delà des positions politiques que je partage avec les Verts (les individus Verts, pas nécessairement l'Institution Verts), ce qui compte finalement sans doute le plus c'est l'osmose culturelle qui nous unit. Culture non pas au sens mou, mais au sens politique, au sens du ressenti politique profond que l'on peut avoir sur telle ou telle question. De ce point de vue la famille politique écologiste a une consistance certaine, qui la distingue de tout le reste de la gauche, quelles que soient les déclarations d'intention de celle-ci.
Je m'explique. Quand je me retrouve avec mes amis Verts lors des réunions de notre groupe local, je sais que la moitié d'entre nous est venue en vélo, et l'autre moitié en transports en commun ou en covoiturage. Nous essayons de vivre au quotidien nos idéaux. Penser globalement, agir localement.
Quand je suis en vélo sur la route, il m'arrive très souvent de ressentir un sentiment de rejet voire de haine vis-à-vis des voitures qui me frôlent de trop près, trop vite (et je ne parle pas des 4X4 dont j'ai très souvent envie de briser le pare-brise, d'enfoncer la carosserie, ou, plus sournoisement, de dégonfler les pneus ou de couvrir de boue). Quand je circule en ville, il m'arrive trop souvent de pester contre la municipalité qui n'a pas jugé bon de doter la commune d'un réseau correct de pistes cyclables (ou, au pire, de bandes cyclables). Cette municipalité, il se trouve que dans mon cas elle est socialiste depuis 32 ans et qu'elle comprend des communistes (vous savez, les amis des "écologistes républicains" du Parti de gauche).
Et je ne peux pas m'empêcher de maudire cette gauche traditionnelle qui a (encore !) une conception progressiste, au pire sens du terme, du développement urbain, des déplacements, des transports, de l'aménagement de l'espace, bref, de la vie quotidienne. Ou bien qui se fout de ces questions sous prétexte que les classes populaires s'en fouteraient soi-disant aussi.  Ou bien au nom d'un grand soir à venir qui viendrait résoudre d'un coup tous ces problèmes, les "petits" et les "gros".
Autre question : celle de l'Etat. La gauche traditionnelle en fait l'instrument privilégié d'une politique de transformation sociale. Pourquoi pas, mais cela ne justifie pas le dénigrement systématique dont fait l'objet la méfiance des écologistes à l'égard de cet Etat. Ainsi, je lis souvent que les écologistes ne seraient pas vraiment de gauche puisqu'ils ne défendent pas avec acharnement un monopole public sur l'électricité (même problème sur les transports, le téléphone, la poste, etc.). Là encore, j'insiste : les positions pro-économie de marché et pro-capitalistes de Dany Cohn-Bendit me donnent des boutons. Mais chez les écologistes en général, cette critique de l'Etat (et même plus largement, des collectivités publiques) n'est pas une apologie du marché. C'est le résultat d'un idéal qu'on peut appeler l'autogestion, voire le communisme (!) et qui veut que les populations exercent pleinement leur autonomie. Fédéralisme, coopératives, etc : voilà ce qui se cache dans la boîte à rêves de la plupart des écologistes.
Et ce n'est pas du délire. La méfiance envers l'Etat s'alimente de trop nombreux exemples. En général, l'Etat est un instrument de domination (là encore, les écologistes semblent avoir mieux retenu la leçon marxienne que les communistes !!), et les affaires d'Etat, mensonges, crimes, violations massives des droits de l'homme que constituent Tchernobyl, l'affaire du Rainbow Warrior, les situation dans les prisons françaises, le comportement multinational d'EDF (avant même sa transformation en SA), la Françafrique, les rapports de classe dans les entreprises appartenant à l'Etat (Renault au temps de la Régie...), la pratique autoritaire du pouvoir de la part de dirigeants comme les Castro ou Hugo Chavez (aux réalisations par ailleurs à bien des égards louables)..., ne sont pas de simples "dérives".

Aujourd'hui, alors que je trouve de plus en plus difficile de militer et de voter pour des candidats écologistes qui semblent abandonner le caractère révolutionnaire de leur conception de la vie en communauté (Europe-Ecologie en particulier, mais aussi et trop souvent les Verts eux-mêmes), je trouve à peu près impossible de me sentir "chez moi" ailleurs à gauche. Le PG a encore une forte teneur en jacobinisme, progressisme, productivisme, et j'en passe. Dans son interview à La Décroissance, Mélenchon (que j'apprécie par ailleurs) a osé suggérer que la mise au point de voitures électriques pouvait changer fondamentalement les données du problème de l'automobile !!! J'ai sauté au plafond. Et je passe sur la "planification écologique" qui semble devoir devenir le nouvel ingrédient sine qua non de l'écologie de gauche !! Où va-t-on.

Je me résous donc à penser que la "prise de conscience écologique" n'a aucun sens. Non, ce n'est pas en comprenant les dangers qui pèsent sur l'écosystème, sur la biodiversité, sur le climat, que l'on devient écologiste. Cette "prise de conscience", elle est au mieux environnementale - et elle touche, à des degrés divers, à peu près toutes les familles politiques (Grenelle de l'environnement, Croissance verte... pour ma part je n'exclus pas que les grands de ce monde réussisent, un jour ou l'autre, à ralentir signficativement le réchauffement climatique).
Mais l'écologie c'est autre chose. Comme le socialisme il y a plus d'un siècle, elle ne s'attrape pas pas prise de conscience, mais par conviction. C'est une idéologie politique aussi complète que ses prédécesseuses (eures ? rices ?).
Aujourd'hui, seuls les Verts se font les hérauts de cette idéologie (même leurs récents associés associatifs, type Yannick Jadot, Sandrine Bellier, Eva Joly, ne sont pas vraiment écologistes, mais plutôt environnementalistes, eux aussi). Et si une grande partie des Verts sont sur la pente réformiste (au pire sens du mot), il y reste aussi des écologistes exigeants, sinon actifs, qui me permettent de m'y sentir chez moi.


Je ne dis pas que le PG (et le NPA, pour le coup) soient condamnés à rester bassement evironnementalistes. Ces partis comportent pas mal d'écologistes (bientôt Martine Billard et Paul Ariés au PG, si j'ai bien compris - Martine Billard qui fait ici un bel exercice de pédagogie dans l'Humanité). Peut-être deviendront-ils d'authentiques partis écologistes ? En tout cas cette mutation demandera des efforts bien supérieurs à un simple changement de nom (le "Parti de gauche écologiste" que Billard et Ariès appellent de leurs voeux).

Qui sait, peut-être que je viendrai moi aussi aider à cette entreprise d'ici peu, si la trahison dissipe rapidement les derniers espoirs que suscitent chez moi les Verts...
Par Martin - Publié dans : Verts
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Lundi 10 août 2009
Au début de l'année 2009, Jacques Stambouli, de la gauche des Verts, identifiait trois choix possibles pour son parti  (lire, sur le site des écologistes de gauche Ecologie populaire : http://www.ecologie-solidaire.org/spip.php?article70) :

1- la défense d'un capitalisme vert, à l'instar de la ligne prévalant actuellement chez les Verts européens ;
2- la disparition dans la mouvance du PS autour d'un projet social-démocrate "écologisé";
3- et enfin, l'option défendue par l'auteur : la renaissance via la participation aux mouvements sociaux.

Inutile de dire qu'après les élections européennes, l'option 2 a (au moins pour les quelques années qui viennent) vécu. Le PS n'a plus guère d'atouts à faire valoir, et la priorité à une grande alliance de la gauche, défendue chez les Verts par le courant OAI (Ouverture, Audace, Imagination, pour reprendre l'intitulé de leur motion à la dernière AG) n'a plus la cote. Même Dominique Voynet est bien obligée de le reconnaître.
Quant à l'option 3, certains éléments la rendaient crédible aux yeux de certains : la participation de José Bové aux élections européennes, l'ouverture de la campagne aux associatifs...
Mais depuis le 7 juin, il semblerait que tout le monde soit d'accord pour estimer que c'est l'option 1, le "green-washing" (écologisation superficielle) du capitalisme, qui l'ait emporté.
Martine Billard en a quant à elle tiré une conclusion rapide: elle a quitté les Verts et s'apprête à rejoindre le Parti de gauche qui pourrait s'écologiser davantage (on verra ! rendez-vous en décembre).
Martine Billard estime que ses amis qui espèrent encore changer le cours des choses chez les Verts se trompent (voir sa conférence de presse sur le site du PG : http://www.lateledegauche.fr/index.php?pge=emission&id_departement=13&id_video=126&tag=martine%20billard%20verts%20%C3%A9cologie).
Pour ma part mon adhésion aux Verts est encore trop récente (deux ans... tout est relatif) pour que je puisse me faire une idée; d'autre part d'un point de vue sociologique, anthropologique, historique et politique ce parti est assez intéressant... donc pour l'instant "je reste, M. Lepers !".

Sans être donc aussi pessimiste que Martine Billard, il faut tout de même admettre que ces derniers mois ont été plutôt inquiétants quant à l'orientation politique des Verts. Suivent quelques considérants :

1- Le rassemblement Europe-Ecologie a été lancé par Daniel Cohn-Bendit, pour le moins ambigu sur le clivage droite-gauche (tel un Brice Lalonde à une époque, qui atterrit ensuite chez Alain Madelin).

2- Le rassemblement en question était à l'origine ouvert à tous les écologistes, y compris les hypothétiques qui existeraient à l'UMP ou au Modem. C'est loin d'être une blague; de nombreux écologistes "de base" estiment qu'un grand parti écologiste devrait pouvoir accueillir Jean-Louis Borloo, Nathalie Koscisko-Morizet. Je l'ai moi-même vérifié en réalisant des entretiens exploiratoires pour un récent travail de recherche. Question : faut-il aussi faire une place à Alain de Benoist, théoricien de la Nouvelle Droite réactionnaire, désormais apôtre de la décroissance ?
Heureusement, les Lepage et Borloo n'ont pas répondu à cette offre qui n'était pas très alléchante, à l'époque du moins !

3- Cette ouverture très large n'est pourtant pas restée au stade théorique : les écologistes du ni-droite ni-gauche (le Mouvement des écologistes indépendants d'Antoine Waechter) ont eux répondu à l'appel. Antoine Waechter était là lors de la conférence de presse de lancement (http://www.dailymotion.com/user/EuropeEcologie/video/x78whh_europe-ecologie-conf-de-presse-intr_news). Pour lui, il s'agissait de clore une période de quinze ans d'errements gauchistes des Verts. Ce n'est pas le programme politique du Rassemblement qui l'a finalement fait fuir, mais l'impossibilité d'obtenir une tête de liste, de préférence dans la circonscription Est (AFP: http://www.romandie.com/infos/news2/090108145321.mwbihuor.asp) ! S'il fallait une preuve du manque d'ambition du rassemblement sur le fond, cette péripétie est est une.

4- Le fonctionnement du rassemblement Europe-Ecologie s'est distingué par son caractère peu démocratique et contraire aux principes fédéralistes des Verts. Hormis ceux-ci et les régionalistes, les candidats des listes et notamment les têtes de liste "associatives", ont été désignées par un comité restreint formé de manière arbitraire au niveau national, et comptant essentiellement des amis de Dany Cohn-Bendit, comme le directeur de campagne Pascal Durand. La "légitimité" de ces personnes, tels Eva Joly ou Yannick Jadot, n'est pas remettre en cause, mais aurait demandé une validation par un système de primaires, par exemple.
Le même fonctionnement opaque a prévalu pour l'élaboration du programme ; et le rassemblement Europe-Ecologie étant toujours d'actualité, son fonctionnement centralisé perdure, en particulier en ce qui concerne la stratégie, et potentiellement les programmes et les candidats aux prochaines élections régionales.

5- Le contenu même de la campagne d'Europe-Ecologie,
son programme, est venu confirmer dans une certaine mesure les craintes précédentes : certes, les propositions de "revenu minimum" et de "revenu maximum" européens, par exemple, peuvent être considérées "de gauche". Mais l'accent mis sur la "conversion écologique de l'économie", "les emplois verts", etc., et surtout le terrible slogan "Green New Deal" font furieusement penser au capitalisme vert et à l'abandon de toute ambition de transformation sociale. Les ouvriers travaillant aujourd'hui sur les automobiles le feront demain sur des éoliennes, voilà tout ! Comme l'écrit Martine Billard (http://www.ecologie-solidaire.org/spip.php?article102), le problème réside moins en ce qui est dit, qu'en ce qui a été oublié : la question de l'exploitation, des classes sociales, bref, le capitalisme...

6- Enfin, comment croire que par l'opération du Saint-Esprit, un projet ambitieux de transformation écologique ait convaincu 16,3% des votants, et ce du jour au lendemain? L'examen des résultats oblige à une conclusion mesurée : Europe-Ecologie a bénéficié des, et contribué aux, effondrements du PS et du Modem ; cette opération est due à une campagne efficace, sans couacs, à un projet peu conflictuel (tellement peu que JL Borloo s'est félicité du succès écologiste du 7 juin, c'est dire), et à la faiblesse des adversaires. Le seul point positif - et non des moindres ! - réside dans les scores en très forte hausse réalisés dans de nombreux quartiers populaires. Mais là encore, simple transfert électoral, et nul enrayement de l'abstention !!

7- En conséquence, et en conclusion : le rassemblement Europe-Ecologie se prépare aux élections régionales, et espère conquérir quelques présidences, et conclure ailleurs des accords avantageux avec le PS. Cette ambition électorale risque de condamner toute tentative d'approffondissement du projet écologiste d'Europe-Ecologie. Notamment sur la question du fonctionnement démocratique : Pascal Durand suppliait déjà les écologistes de conserver à l'avenir un comité de pilotage centralisé pour le mouvement (écoutez son intervention au CNIR des Verts à partir de la page http://www.lesverts.fr/rubrique.php3?id_rubrique=5).

Tous ces éléments conjoncturels font écho aux motifs structurels donnés par martine Billard lors de sa démission des Verts, en juin dernier (pour tous les détails : http://www.martinebillard-blog.org/index.php?2009/07/08/346-pourquoi-je-demissionne-des-verts) :
1- "L'incompréhension des réalités du monde du travail". Avez-vous eu vraiment l'impression que la campagne d'Europe-Ecologie s'adressait aux classes populaires? Il me semble au contraire que les hauts scores locaux dans les "quartiers" sont d'abord à mettre à l'actif des militants locaux très motivés, et pas vraiment aux prestations oratoires de Dany face à Bayrou.
2- "Un parti de plus en plus institutionnel". D'ailleurs l'existence d'un mouvement des "Jeunes Verts", à l'instar des MJS, en dit long sur l'idée que le Parti se fait de lui même... Par ailleurs, la participation de nombreux élus Verts aux majorités locales a fait beaucoup de mal au caractère alternatif des Verts (je pourrais en dire plus sur ce sujet !! mais, secret professionnel !)...
3- "L'effacement du clivage droite-gauche". Le choix de travailler au "rassemblement de tous les écologistes" (donc contre tous les non-écologistes, y compris les honnis marxistes) en est la cause directe. Il me semble au contraire que la clivage droite-gauche est plus que jamais d'actualité : avec en son centre, la question de la domination. A mon sens, la situation est d'ailleurs beaucoup plus claire depuis quelques années : la disparition du soviétisme a oeuvré à une plus grande cohésion (potentielle) de la gauche...

Alors, l'écologie était-elle à la croisée des chemins ? Sommes-nous revenus à une situation où l'écologie serait bipartite, comme à l'époque de Génération Ecologie (début des années 1990) :
- Ecologie de gauche portée par le PG (qui si mes informations sont bonnes, serait en voie de rapprochement avec les décroissants, notamment pour les régionales)
- et Ecologie d'accompagnement du capitalisme, social-démocrate au mieux, libérale au pire : Europe-Ecologie
... ?

L'étape des Journées d'Eté des Verts et de Europe-Ecologie, fin août à Nîmes, risque d'être riche en impressions et informations, que je promets de traduire ici, puisque j'y serai.

Je sens que je vais avoir des problèmes d'appartenance partisane d'ici peu...





Par Martin - Publié dans : Verts
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Samedi 8 août 2009
Au Chili, il n'y a pas de parti Vert. Il y a un "partido ecologista" récemment fondé, qui a rejoint l'Internationale Verte, et soutient en ce moment le candidat présidentiel socialiste dissident Marco Enriquez-Ominami.
Il y a eu un parti Vert, au début des années 1990, qui a fusionné ensuite avec le Parti Humaniste. Le PH fait partie de l'Internationale Humaniste.
Les déprédations dont souffre l'environnement, et la basse qualité de vie des chiliens, font pourtant qu'un parti écolo serait des plus utiles. D'autant plus que la coalition au pouvoir (la Concertacion) a lancé un projet de centrales nucléaires. La droite est plus évasive sur le sujet.
Une différence pourtant avec la situation française (et dans une certaine mesure, européenne). La "gauche de gauche" française a longtemps été (et est toujours, en ce qui concerne le Parti Communiste) en faveur de l'énergie nucléaire - surtout parce que le CGT occupe une position de force à EDF. Au Chili, ce n'est pas le cas. Les Communistes et leur candidat d'union, Jorge Arrate, sont contre le nucléaire.
Je crois qu'au Chili (et plus généralement, dans les pays de la périphérie économique mondiale ?), les questions écologistes vont directement et évidemment de pair avec les questions sociales, d'équité, de développement, d'autodétermination, de démocratie. Car l'exploitation par les oligarchies et les puissances impérialistes ont causé de manière indistincte, la paupérisation des hommes et de leur environnement. La gauche traditionnelle s'est, dans une certaine mesure, emparée de ces deux enjeux de manière plus équilibrée qu'en France.
Le rôle joué par les populations indigènes, notamment les Mapuche au Sud du pays, est peut-être important également. La Conquête effectuée à la fin du 19e siècle, de leurs terres au bénéfice des grands exploitants agricoles actuels, a nui autant au "patrimoine naturel" qu'à leur richesse culturelle et à un certain bien-être social.
Qu'on me comprenne bien : selon moi, la gauche chilienne a encore bien des progrès à faire en terme d'écologie. La question est ecore largement un impensé (comme chez la gauche traditionnelle française et mondiale).

La division entre gauche traditionnelle et écologie, telle qu'on la connaît en Europe, est-elle donc artificielle? Je e suis pas loin de le penser.
Pour moi, la gauche, c'est les forces politiques qui combattent les relations de domination. L'écologie est de gauche car elle combat la domination de "la nature" (catégorie à discuter) par les hommes (certains d'entre eux : les riches occidentaux, grosso modo).
En Europe, écolos d'une part, et gauche traditionnelle d'autre part, ont des progrès à faire. L'un vers l'autre. Force est de constater qu'en ce moment, les écologistes qui sont le réservoir de renouvellement a priori le plus intéressant, ne semblent pas s'orienter dans la bonne direction. L'écologie sera de gauche ou ne sera pas...
Par Martin
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Mardi 4 août 2009
Encore désolé ! Mais l'imaginable est arrivé. Le 11 juillet dernier, le Parti Humaniste (et son chef assez charismatique Tomas Hirsch) ont retiré leur soutien au candidat unitaire Jorge Arrate (qui avait entre temps pris sa carte au PC, ceque je ne savais pas) pour rejoindre le candidat Marco Enriquez Ominami !!! Alors même que le PH avait participé au processus de nomination du candidat d'union, Tomas Hirsch ayant été battu (séchement) par Arrate, soutenu par le PC.
Le PH dit que la candidature d'Arrate d'a pas pris, qu'elle n'est plus porteuse d'un projet d'avenir, que MOE en revanche semble plus parler aux gens.
Qu'en penser ? Moi a priori ça me paraît être une basse manoeuvre; les rats quittent le navire. De toute façon je trouve les humanistes louches.
mais je vais demander son avis à une copine chilienne qui suit bien tout ça (et est proche du PC).

A plus tard.
Par Martin
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