Lundi 19 avril 2010
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16:45
Les élections générales du 6 mai prochain au Royaume-Uni pourraient, devraient, susciter attention et intérêt... Il s'agit tout de même de désigner l'essentiel des
organes législatifs (la Chambre des Communes) et le gouvernement qui en résultera.
Pourtant peu de choses se jouent. Qu'est ce que ça changerait si les conservateurs remplaçaient les travaillistes ? Ce serait pire, mais à part ça... Et si les
travaillistes étaient reconduits ? Peut-être qu'ils seraient un petit peu moins destructeurs, productivistes, sécuritaires, liberticides, va t'en guerre, que précédemment... Mais
vraiment, je ne vois pas pourquoi. Quant aux libéraux-démocrates, ils sont sympas, Nick Clegg est vachement charismatique, mais eux non plus ne remettent pas en question la présences
troupes britanniques en Irak et en Afghanistan, ne proposent pas de projet ambitieux pour le système de santé, d'envisagent pas de rendre public le transport ferroviaire... Tout-juste ont-ils une
approche un peu moins comptable de l'immigration que les deux autres.
Non vraiment, pour que les choses changent il n'y a qu'une chose à faire : faire gagner les Verts, the Greens. Pas trop d'espoirs à avoir de ce côté là non
plus, puisqu'ils restent tellement marginaux qu'ils n'apparaissent même pas dans les sondages (noyés dans les "Other" ou bien "None of the above"). Tout juste peuvent-ils
espérer conquérir 1 siège de MP (Member of parliament), dans la circonscription de Brighton. Les joies du scrutin uninominal à un tour !
C'est quand même bien dommage car les Verts britanniques semblent, selon le peu que je connais d'eux, assumer à eux tous seuls ou presque (dans le champ électoral
en tout cas) la transformation sociale de gauche. Eux proposent de nationaliser le transport ferroviaire, une politique de redistribution radicale des richesses, etc. Contrairement, on l'aura
compris, au Labour de Mr. Brown. Pour un commentaire par un journaliste du pays anguleux, allez voir : http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2010/apr/18/general-election-2010-green-party
Pour autant gardons espoir, tout n'est pas perdu ! Les changements politiques trouvent parfois leur début dans les détails. A cet égard les élections du 6 mai
pourraient entraîner un changement superstructurel non sans conséquences politiques à long terme. Je parle du détail qui a émergé depuis quelques semaines dans le microcosme politique britannique
(je dis microcosme parce que sincèrement, qui s'en soucie sérieusement... ?) : l'éventualité d'un "hung parliament". C'est à dire qu'aucun parti ne dispose de la majorité absolue des
sièges à la House of Commons. C'est très possible, à condition que le parti qui arrive en tête n'ai pas une très grande avance sur le deuxième. Et cette possibilité semble s'accentuer
ces jours-ci, avec la montée surprenante des libéraux-démocrates, du moins dans les sondages et dans les médias, principalement au détriment des conservateurs : les trois grands partis
recueilleraient chacun autour de 30% des suffrages. Du coup, les libéraux-démocrates seraient forcément partie prenante d'une coalition, au sein du gouvernement ou en soutien d'un gouvernement
conservateur ou travailliste minoritaire.
Dans cette situation, les LibDems pourraient exiger des Tories ou, plus vraisemblablement, du Labour, l'application d'une
de leurs revendications-phare : une réforme des institutions. C'est d'ailleurs sans doute le point le plus positif de leur plateforme, "démocrate" et "libéral" au bon sens du terme, lui. Il
s'agirait en particulier de :
-instaurer une Chambre haute élue au suffrage universel en remplacement de l'aristocratique et cooptationniste Chambre des Lords ;
-réformer le mode de scrutin pour les élections générales, favorisant le multipartisme au dépens du bi-partisme, via l'ajout d'un deuxième tour au scrutin
uninominal, voire l'instauration d'une forme de proportionnelle ;
-renforcer les échelons locaux et la démocratie locale.
Tous ces points feraient un peu respirer la démocratie britannique. D'un point de vue très partisan, les Greens pourraient
en tirer avantage en obtenant des représentants dans toutes les instances, tout en pouvant peser plus là où ils sont déjà parfois forts : les City Councils, conseils
municipaux.
Et d'un point de vue plus large : ce genre de réforme qui permet une plus grande représentation de la société dans sa diversité (politique, en tout cas) dans
les institutions décisionnelles, me semble indispensable si l'on veut éloigner la perspective d'une rupture croissante entre le pouvoir et les citoyens.
En d'autres termes, je crois que nos institutions superstructurelles actuelles sont considérablement rigides au regard des tensions que la société risque de
connaître demain. Si le crise se poursuit ou se reproduit, si les conditions de vie, sociales, environnementales, continuent de se dégrader, ce qui est selon moi très probable à moyen terme, et
que les institutions sont incapables de donner une voix au mécontentement qui en découle, alors c'est dans la rue que les choses risquent de se passer. Et je pense y compris aux mouvements
anti-immigration. Je préfèrerais quelques bouledogues haineux au Parlement que des lynchages d'afghans ou de pakistanais en place publique.
Et dans l'idéal, des gouvernements d'alliance Gauche socialiste/Ecologistes à des gouvernements minoritaires socio-libéraux qui laisseraient des mouvements sociaux
se marginaliser ou se radicaliser outre mesure ailleurs.
Bref l'enjeu c'est d'éviter une dérive progressive vers des démocratures ou dictamolles, comme on dit en espagnol (democradura,
dictablanda).