Vendredi 11 septembre 2009
Une petite larme au début de cette plénière qui clôture les Journées d'Eté.
L'intitulé : L'écologie : une politique de civilisation, rien que ça, avec des interventions passionantes, mais malheureusement les médias ne sont plus là, ce qui les intéressait est déjà passé (la tambouille politique, etc.).

CECILE DUFLOT
La secrétaire nationale mène la danse.
Comme elle le dit si bien, cette plénière est importante car "au-delà de la question des alliances avec X, Y ou M [ça, c'était un pique pour Dany], il y a des questions de fond".
Et de regretter que les plénières ne respectent que rarement la règle de parité  en ce qui concerne les intervenants(normal, elles sont pour l'essentiel organisées par les "non-Verts" cadres d'Europe-Ecologie, peu au fait des exigences féministes des verts). Heureusement, les hommes en surnombre qui sont invités "sont aussi intelligents que des femmes, donc ça va aller ". Cécile a décidément l'humour habile.

JEAN-PAUL BESSET
Notre nouveau député européen du Centre de la France ouvre le bal.
Nous sommes en crise, une convergence de crises. Je ne vous refais pas l'énumération.
Parler de "crise du système capitaliste", c'est simpliste même si c'est vrai (déséquilibre des rémunérations entre Capital et Travail, dérégulation des marchés, etc.). La crise de l'énergie et celle de la biodiversité, par exemple, ne peuvent être expliquée par le capitalisme [c'est à discuter, d'ailleurs...].
En fait "il faut interroger les valeurs". Nous sommes dans une "crise de civilisation", une "crise anthropologique".
Il y a "une perte de sens à une vitesse vertigineuse, aussi vite que la chute de la biodiversité".
Au centre de cette crise des valeurs : le Progrès, qui devient une menace. C'est la fin de la croyance en le dépassement incessant.
C'est un changement énorme car "l'idée de Progrès était l'unificateur idéologique", et plus, depuis deux siècles. "Après Dieu, l'idée du progrès est morte".
[De Jean-paul Besset, on peut lire Comment ne plus être progressiste... sans devenir réactionnaire, livre que j'avais entamé il y a quelques temps mais vite abandonné, n'étant sans doute pas à l'époque assez sensibilisé à l'écologie...]
C'est l'écologie qui "siffle la fin de la récréation".
Les nouvelles valeurs s'articulent autour de la modération, des limites, de la sobriété... Et restent à traduire dans des programmes économiques et sociaux : relocalisation, recyclage, plein de re-.

ALAIN LIPIETZ
Il ne faut pas se contenter de réguler le capitalisme et de limiter les émissions de CO2, il faut aussi avoir un projet de société.
Le projet écologique a, selon Alain Lipietz [cela prête à débat, comme on va le voir dans l'intervention suivante]  "trois valeurs fondamentales coordonnées par une quatrième", toutes "enracinées dans les valeurs déjà acquises par l'Humanité", rassurez-vous. Car comme disait Eluard : "Un autre monde est possible... mais il est dans celui-ci", citation dont il ne faut pas oublier la seconde partie ! [c'est le côté un peu "vieille gauche" de Lipietz, qui y a appartenu il y a longtemps...]
Ces quatre valeurs, donc :
Autonomie (= se fixer des règles ET voir le bout de ses actes), approfondissement de la vieille Liberté
Solidarité (= garantir à tous un même point de départ... et d'arrivée), approfondissement de la vieille Egalité
Responsabilité (= être conscient des conséquences de ses actes sur le reste du monde),
élargissement de la vieille Fraternité aux non-humains : vivants et minéraux.
Démocratie, enfin, pour coordonner le tout [il me semble dommage de n'attribuer àla belle démocratie qu'une place annexe... mais enfin...]
A l'instar de l'Ecole Polytechnique en 1790 (Ecole par laquelle passa M. Lipietz), on peut proclamer "Pour la Patrie, les Sciences et la Gloire".
Ce sont des valeurs valables : la Gloire par exemple : L'Abbé Pierre n'a t'il pas été couvert de gloire pendant 50 ans du fait de son action louable, continuellement n°1 du classement de popularité chez les Français ? Et Lipietz de se tourner vers Yves Cochet, assis pas très loin sur l'estrade : "Yves, c'était en quelle année qu'on voulait qu'il soit avec nous pour les européennes ?" [allusion chatouillante à l'échec de Cochet en 1994 qui voulait que l'Abbé Pierre soit tête de liste des Verts... cafouillage médiatique, démenti et échec électoral à la clé... fermons la parenthèse].
Pour convaincre, "il faut proposer aux gens une vie normale". "Nous ne vous proposons que ce que vous voulez tous ! "... Et c'est vrai, bien qu'il s'agisse d'une véritable révolution. C'est juste une stratégie de propagande.
[Yves Cochet n'est pas du tout d'accord avec cette proposition d'une vie meilleure, comme on va le voir plus bas.]

GENEVIEVE DECROP
Geneviève Decrop est membre du Comité de rédaction de la revue
Entropia. Elle est sociologue, ce qui fait que je me sens un peu comme un poisson dans l'eau en écoutant son intervention.
La "politique de civilisation" constituerait une "Troisième modernité", après la première technoindustrielle et la deuxième, subjectiviste. Cette Troisième modernité préserve certains acquis, les plus positifs, des précédentes : dignité, égalité... Qui ne sont pas des valeurs si solides : il convient des les défendre concrètement avec force.
Geneviève Decrop effectue un "retour critique sur la notion d'autonomie", défendue plus haut par Alain Lipietz. Elle aussi est héritée des modernités n° 1 et 2. Mais c'est "une part de fiction", "fondatrice de ce qui nous perd, en partie". Car cette notion d'autonomie ignore les "liens" : avec la nature par exemple.
Une autre valeur est plus valable : celle d' "interdépendance". Interdépendance tous azimuts : avec la nature, nos voisins, la famille, etc. ce qui rejoint la notion sociologique anglo-saxonne de "care", qu'on traduit parfois en français par "la sollicitude" (tout ce qui concerne les soins à la personne, les personnes dépendantes en particulier, justement), et qui reconnaît notre vulnérabilité...
La notion d'autonomie nous cache également notre immense "dépendance à la grosse machinerie sociotechnique", pour l'essentiel invisible, mais qui gère l'intendance, se tient "dans les coulisses de la représentation"...
[Des réflexions particulièrement éclairantes, en particulier si on les articule avec celles de Cochet à propos de l'effondrement à venir.]
Cette machinerie sociotechnique "compacte le temps et l'espace", c'est la société du "double-clic" : les coûts de transports sont annulés, on télécharge, on se déplace très vite... Il y a une "perte du sens des limites", c'est une "hubris moderne".
Cette machinerie sociotechnique "bloque le changement politique". C'est de grands corps, des organisations... Par exemple, "prendre une centrale nucléaire, ce serait plus compliqué que de prendre la Bastille".
Quant au thème de la justice sociale et écologique : la seule distribution quantitative ne suffit pas. Il y a plus compliqué, des choses structurelles : l'aménagement urbain qui exclut, une organisation qui met les pauvres hors-la-loi. Par exemple, "il est pire d'être pauvre dans une société de riches, que pauvre dans une société de pauvres" : les structures de solidarité n'y sont pas équivalentes...
La simplicité volontaire non plus ne suffit pas
Il faut "reprendre la question du travail", pas seulement sous l'angle "chômage-emploi". Il ya une dimension anthropologique à prendre en compte.
Le partage du travail et les emplois verts ne suffiront pas...

PATRICK VIVERET
Patrick Viveret est philosophe.
Le Forum Social Mondial de Belem a travaillé en particulier autour des notions de "Bien commun" et de "Bien-vivre". Ceci est en lien avec ce que Guattari appelait l' "écosophie" : l'écologie mentale. Cette question est portée notamment par les mouvements de peuples indigènes.
L'enjeu c'est "l'émancipation contre les captations de sens, d'argent, de pouvoir".
Plutôt qu'une politique de civilisation, il faudrait parler de "politique d'humanité", laquelle a rendez-vous avec soi-même. "La démesure remet en cause la soutenabilité".
Albert Jacquart rappelle que l'homme, à sa naissance, est "avant terme", par rapport aux singes par exemple ; l'homme a une "vulnérabilité physique et psychique", et il est facilement tenté par la dynamique de captation : la "porneia". la dépasser, c'est atteindre l' "eros" puis la "phylia", qui permettent, elles, la rencontre avec l'altérité.
Ce chemin à partir de la porneia est difficile, car nous sommes des êtres conscients, donc séparés : on peut se mettre en guerre contre soi-même.
L'humanité c'est vivre intensément ce moment de conscience. C'est la joie de vivre (Spinoza) contre la peur. Au contraire, aujourd'hui le monde a à son coeur, le mal-être et la maltraitance. par exemple en 1998, selon un rapport du PNUD, le trafic de stupéfiants était égal à 40 fois la somme pour satisfaire les besoins de base en logement, nourriture...
Il faut donc comme dit Pierre Rabhi, se battre pour une "sobriété heureuse", pour un pouvoir comme création et non comme domination, pour une coopération ludique.

YVES COCHET
Cécile Duflot présente Yves Cochet ainsi : "en 1984 [lors de la création des Verts], il avait... 38 ans et une maison solaire (...) et ce qu'on apprécie chez lui, c'est la dimension jouissive et coopérative de l'annonce de la catastrophe".
"Le 7 juin, c'était la pilule du bonheur" [je ne me souviens plus, malheureusement, de l'auteur de cette phrase mémorable : Cochet ou Duflot ?]
Yves Cochet prend la parole (et la garde) :
"Comme dit Woody Allen, Dieu est mort, Marx est mort, et moi-même je ne me sens pas très bien ! "
Le paradigme écologiste vient se confronter avec les deux paradigmes dominants jusque-là : le paradigme libéral et le paradigme marxiste (et sa variante social-démocrate).
Ce nouveau paradigme a de nouveaux instruments ; une autre nouveauté est aussi son caractère global et systémique. Elle prend en compte les éléments, tous les éléments, le grand tout qu'ils constituent (qui est plus que la somme des parties), et les phénomènes de rétroaction dans tout ça.
Les outils et les organisations doivent changer. Ce changement c'est " la plus grande épreuve", car il pose "la question du temps". L'écologie doit prendre en compte les dynamiques historiques, le facteur temps. "Les discours essencialistes, hors de l'histoire, ne font pas partie du paradigme écolo" [j'imagine que ces réflexions sont une pique adressées aux considérations de Patrick Viveret un peu plus haut].
Il faut renoncer au discours "féliciste" qui dit : "ça ira mieux demain". Car ça n'ira pas mieux demain : "le bonheur risque de diminuer".
Il faut jeter à la poubelle nos "toiles d'araignées neuronales", et rompre avec les "visions continuistes et réformistes".
Au contraire, Yves Cochet assume un discours "un peu plus objectiviste, matérialiste". Et ce point de vue lui permet d'affirmer que "ça va changer beaucoup, et rapidement". Ce sera une "rupture accélérée". Car il faut prendre en compte le "caractère tellurique de l'action humaine" qui a fait que "le capital et le travail ne sont plus les facteurs de production les plus rares" les ressources naturelles arrivent à bout ; "le monde est maintenant plein": nous prenons conscience de sa composition, de sa valeur (mais nous le remplissons aussi de nos déchets).
Il est d'accord sur le diagnostic fait plus haut par Geneviève Decrop à propos de l'hubris. Les hommes ont donné dans le scientisme, le prométhéisme, la démiurgie. On a voulu et on veut refaire le monde, avec les bio-technologies... c'est insensé.
On ne peut pas pour autant parler de "crise". Et encore moins d'après-crise : "il n'y aura pas d'après-crise", "ce n'est pas Oui-Oui Planète, ici".
On n'est pas dans une crise, mais dans une catastrophe : "une catastrophe qui n'est pas spectaculaire, mais catabolique", ce qui signifie que tout se diloque, sans que l'on puisse réagir.
"Ce dont on parle, ce n'est pas la survie de l'espèce en tant que telle, mais de la civilisation, avec des valeurs, la solidarité, etc. " [J'aime cette précision salutaire, qui font passer ceux qui veulent "sauver la planète" ou "sauver l'humanité" pour catastrophistes, et ce avec raison. Alors que ce sont les premiers à accuser Cochet de catastrophisme.]
On joue souvent le sous-sol, royaume des ténèbres, contre le ciel, le paradis. "Quelle ingratitude vis-à-vis du sous-sol !" En effet le ciel nous fournit "seulement", via la photosynthèse, les aliments et le bois. Le sous-sol, lui, fournit 90% de l'énergie. Les énergies renouvelables (du ciel : vent, solaire) ne font et ne feront pas le poids.
Le moment est celui des solution et de la gestion de la rupture, certes. Mais le problème c'est qu'on n'est pas d'accord avec le constat, même chez les écologistes ! [c'est une réponse à ceux qui lui reprochent de ressasser le constat de la gravité de la situation au lieu de participer à l'élaboration de solutions]. Dans ces conditions il ne sert à rien de proposer des solutions qui, basées sur un constat optimiste, continuiste, seraient "illusoires". [sans doute une pique pour le programme d'Europe-Ecologie.]
Proposer de développer les énergies renouvelables, par exemple, c'est très bien mais c'est illusoire, ça n'ira pas loin : l'énergie en question est renouvelable certes, mais les convertisseurs d'énergies, eux, ne le sont pas ! [cellules des panneaux photovoltaïques, pièces des éoliennes... sans parler des batteries]
Le vrai objectif c'est : diviser la consommation des riches par 10 dans les dix ans qui viennent.
Il avait proposé comme slogan, pour Europe-Ecologie : "Protéger le local, globalement" mais ça a été refusé. Evidemment.

CECILE DUFLOT
En guise de synthèse, elle propose d'aller vers la "sobriété jouissive".
Second tour de table, rapide :

GENEVIEVE DECROP
Il faut "récupérer nos usages". "Le local : c'est là que ça se passe. Il faut redonner au temps et à l'espace son épaisseur".

PATRICK VIVERET
"Il faut savoir habiter le temps. Tant qu'on le considère comme un adversaire, on ne peut utiliser nos énergies". On peut faire "une pause" : comme le jeûne et la prière en Inde, comme pendant les grèves initiées par Gandhi.
Il faut inventer des nouveaux indicateurs. Quant ils passent au rouge, on fait une pause.

JEAN-PAUL BESSET
Il rappelle que pour André Gorz, un des fondateurs de l'écologie politique en France, l'écologie est forcément anticapitaliste et subversive. "Le capitalisme est consubstanciellement incompatible avec la transformation écologique".
Le désir humain est le meilleur terreau du capitalisme, via la volonté de dépassement.
"La crise va t-elle provoquer un sursaut ? Je ne le crois pas". Il va falloir procéder par "petits cailloux", par "petits pas". "Et sans avant-garde".

YVES COCHET
C'est la "lucidité tragique" qui permettra la "sobriété jouissive". Il va falloir faire preuve de créativité et d'inventivité politique... car "ma génération, qui a bien vécu (on peut le dire... !) a échoué ", depuis et malgré 1968. les autres générations vont faire le boulot.
On a l'exemple des "transition towns", qui opèrent la "descente énergétique" dans la "résilience locale", pour constituer des "communautés de l'après-effondrement".
"Il y aura de la souffrance, mais il y a des solutions".

Il y a "danger " pour les écologistes "de ne pas répondre à un rendez-vous de l'histoire".
"On peut vivre mieux avec moins".
"Copenhague ne sera qu'un écran de fumée".

ALAIN LIPIETZ
Dernière intervention, en forme de réplique adressée à Cochet (que Lipietz appelle parfois
"desespéro-décroissant" ).
"Ceux qui gagneront seront ceux qui rassureront les premiers. Il ne faut pas faire peur". Dans les années 1930, ceux qui ont rassuré les premiers c'étaient les fascistes.
"On peut gagner mais en arrêtant de jouer avec les peurs".
[Ma question : gagner... les élections ; mais pour quoi faire ensuite ? Si on n'est pas d'accord sur les enjeux? ]




[Ceci est la fin de mon compte-rendu partiel, partial et subjectif des Journées d'Eté de Nîmes. A bientôt pour d'autres aventures écologistes !]
Par Martin - Publié dans : Verts
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 9 septembre 2009

Samedi, 14 h 30 : le gros mot est lancé, avec ce forum intitulé Croissance verte et décroissance. En fait, ça fait même deux gros mots (croissance verte et décroissance).
Le débat est animé par Alexandre Jurado, des Verts de Midi-Pyrennées.
J'arrive quelques secondes en retard, pile quand Yves Cochet prend la parole, je suis vernis !

YVES COCHET
Pour lui, "la décroissance : on y est déjà et pour toujours". Inutile donc de débattre des années sur l'opportunité de cette démarche, de toute façon on n'a pas à choisir. Et inutile également de se voiler la face, de faire passer la pilule, il faut au contraire faire passer la dure réalité en "se préparant aux mots choquants". "Comme le dit mon ami Serge Latouche [économiste partisan de la décroissance], il faut décoloniser l'imaginaire".
2008 est l'année de l' "entrée en décroissance". La crise financière n'est pas que financière... A ce propos, il nous indique que la revue Entropia publiera un article par lui signé en Novembre 2009. A ne pas manquer.
L'augmentation des dépenses énergétiques a été plus rapide (jusqu'en juillet 2008) que l'augmentation des revenus des ménages. Par conséquent, les autres dépenses des ménages ont eu tendance à diminuer, car moins prioritaires ou obligatoires que ces dépenses énergétiques. Du coup, durant l'été 2007, la crise des subprimes a émergé du fait de la hausse des défauts de remboursements (dépense non obligatoire des ménages), qui ont concerné environ 100 millions de ménages.
Au printemps 2008 ont suivi les émeutes de la faim, car l'augmentation du prix de l'énergie dans l'agriculture productiviste (très consommatrice) a augmenté les prix à la vente.
La cause de la crise, c'est donc l'augmentation du coût de l'énergie du fait de la déplétion des ressources du sous-sol.
Etape suivante de la crise : chute des rentrées financières pour les banques, ce qui ajouté au mécanisme de titrisation, a produit une perte de confiance et les effondrements boursiers que l'on connaît.
En somme, "je [Yves Cochet] suis un géologue politique !".
"L'énergie est la base de tout. La règle de l'entropie s'impose à tout".
"Sans énergie, pas de matière première".
Or 90% de l'énergie provient du sous-sol (le nucléaire y compris : Uranium...). Le reste c'est du renouvelable "et ça ne sauvera pas la situation"."Le sous-sol c'est merveilleux, et le ciel n'est pas le paradis".
La récession a commencé dès mars 2008 : ce n'est donc pas la conséquence du resserrement du crédit (initié en septembre 2008).  "Les patrons voyous, les traders, c'est l'écume de la vague de la crise financière".
Ce qui nous attend (Cochet tire ces prévisions du site
Leap 2020, peu connu pour son optimisme mais dont les diagnostics se sont jusqu'ici avérés... avérés) :
- un saut quantitatif du chômage dès septembre-octobre (maintenant)
- vraisemblance de la faillite d'un grand pays "dans les semaines qui viennent" : Hongrie, Espagne, Royaume-Uni... après l'Islande, la Lituanie et la Californie.
- les décaissements de la Banque de Chine (qui utilise ses Dollars pour acheter des "Commodities" matérielles, par exemple des terrains agricoles en Afrique) pourraient entraîner un effondrement du Dollar.
En bref, on assisterait à la phase suivante de la crise : la dislocation du système fnancier mondial.

BRUNO CLEMENTIN
Bruno Clémentin est co-fondateur et co-redacteur de la revue La Décroissance. Il a approuvé de la tête plusieurs des remarques de Cochet un peu plus haut.
En 2003 a eu lieu le premier colloque sur la décroissance, lequel a été suivi d'autres.
La décroissance pour Clémentin c'est la prise en compte des limites physiques et non négociables de la planète.
Le mode de vie énergétique de 1,5 milliard d'habitants bouleverse le climat et outrepasse les limites. La décroissance s'impose d'elle-même pour cette population minoritaire.
"La planète s'en sortira, elle nous échappe. Ce qui est en cause, c'est l'humanité". "Quand l'entropie sera maximale, ça sera le chaos".
"Mais le sujet n'est pas épuisé du point de vue de l'humanisme" : il faut s'adapter. "Demain ça sera moins pour les 1,5 milliard de riches". Et "16% des voix ça ne suffit pas pour le bouleversement".
"Il va falloir un rationnement sur la consommation des ressources fossiles... et ce sans armée d'occupation". L'enjeu c'est faire un truc vachement difficile, sans la contrainte, en restant "civilisés".

BRIGITTE
Je n'ai pas noté son nom de famille... et elle n'est pas indiquée sur le programme.
Elle est Verte, allemande et réside en Midi-Pyrenées.
La décroissance cela signifie "renoncer à la culture du superflu", expérience qu'elle a fait personnellement à l'occasion d'un séjour dans des zones arides.
Le mot est nécessaire pour signifier la rupture qu'il faut opérer dans nos comportements, dans nos organisations.
La "croissance verte" ne ferait que "renforcer les hégémonies des pouvoirs".
Il y a des précédents de tentatives de mise en place de systèmes alternatifs : le "socialisme africain" en Tanzanie par exemple. Mais très vite cela a été un échec, et le pays a du recourir au FMI? à la Banque Mondiale, etc. Les échanges mondiaux empêchent l'autonomie.
Il y a donc des structures qu'il faut changer avec le passage à la décroissance.

JEAN-MARC PASQUET
Jean-Marc Pasquet est membre des Verts, et consultant en finances publiques.
Les Verts n'ont pas de dogme ; mais ils ont une idéologie et des solutions. Nous ne sommes plus au temps de trouver des coupables.
Le monde est complexe et hétérogène : il n'y a pas simplement le Nord et le Sud. Se pose le problème de l'émergence des classes moyennes.
Nous sommes dans une grande crise des finances publiques. En France et en Grande-Bretagne, les dépenses de fonctionnement sont financées par les emprunts. Pour l'instant, la confiance tient bon.
Je n'ai pas trop bien compris le reste de son intervention.

THIERRY CAMINEL
Thierry Caminel est un ingénieur Vert des Midi-Pyrénnées.
Il pose la question ; technologie ou décroissance ? Et donne la réponse : décroissance, car la technologie ne répond pas à l'ordre de grandeur des enjeux. Car :
Il faut diviser par deux nos émissions de gaz à effet de serre (pour faire court, le CO2) d'ici à 2050, au niveau mondial (par quatre au niveau des pays développés...).
Les émissions de CO2 peuvent s'exprimer ainsi (vous pouvez vérifier, c'est bon) :
CO2 = (CO2/PIB) X (PIB/Pop) X Pop
Pop désignant la population.
(CO2/PIB) désigne l'intensité en CO2 de l'économie ; (PIB/Pop) désigne le PIB par personne, c'est à dire la richesse matérielle.
En termes de variation (normalement "variation" a pour symbole le Delta grec mais je ne le trouve pas, donc je vais mettre V : donc "VCO2" signifie "variation des émissions de CO2") :

VCO2 = V[CO2/PIB] X V[PIB/Pop] X VPop
En d'autres termes, la réduction des émissions de gaz à effet de serre dépend de la variation de l'intensité en CO2 de l'économie ( V[CO2/PIB] ), de la variation de la richesse par habitant,( V[PIB/Pop] ) et de la variation de la population ( VPop ). Décomposons tout cela :
V[CO2/PIB], la variation de l'intensité en CO2 de nos activités, dépend du progrès technique. Pour réduire cette intensité (et donc réduire les émissions de CO2), il faut du progrès technique, afin d'être plus efficace énergétiquement : isolation des bâtiments, sobriété des moteurs, etc.
V[PIB/Pop], c'est la croissance.
VPop,  c'est l'accroissement (ou la diminution) démographique. Les prévisions actuelles laissent penser que la population mondiale va continuer à augmenter, jusqu'à se stabiliser à hauteur de 9 milliards d'habitants ; soit un augmentation de 50% ( X 1,5) par rapport à aujourd'hui.

1- Scénario de "croissance" :
Supposons donc que nous défendions la croissance, et qu'on espère réduire le CO2 tout en maintenant un taux de croissance de 2% par an, disons (X 1,02 par an soit X 2 d'ici à 2050)... On va voir plus bas ce que cela implique.
Au niveau mondial, cela donne donc (avec la réduction de l'intensité de nos activités comme inconnue Y) :
0,5 = Y X 2 X 2
soit
Y = 0,125 = 1/8.
En bon français : il faudrait que le progrès technique nous permette d'être 8 fois plus efficaces énergétiquement d'ici à 2050, pour à la fois réduire suffisamment le CO2, et voir l'économie mondiale croître.
C'est un espoir absurde : le progrès technique n'a jamais atteint de tels niveaux et il est hautement improbable qu'il le fasse jamais. Voir plus bas sur l'analyse du progrès technique.
Il faut donc réduire le facteur "croissance", mais aussi sans doute réfléchir au facteur "accroissement démographique" : il y a des méthodes de "régulation soft" possibles, comme par exemple mettre fin aux politiques natalistes en Europe, l'éducation des filles dans les PED, la contraception, etc.
2- Le pire scénario serait le suivant ("malthusien") :
On maintient un système économique mondial dont l'objectif est d'augmenter la richesse matérielle de quelques-uns, (la richesse individuelle continue de croître), tout en prenant en compte l'impératif de réduction des émissions de CO2. Les tensions sociales, alimentaires, militaires dans un tel monde pourraient aboutir au pire : voilà l'équation ré-exprimée avec cette fois comme inconnue Z la variation de la population mondiale (avec une réduction de 50% du CO2, un progrès technique raisonnable de 100%, et une croissance de 2% par an soit de 100% en 50 ans) :
0,5 = 0,5 X 2 X Z
d'où :
Z = 0,5
Ce qui veut dire que la population mondiale diminuerait de moitié en 40 ans. Je vous laisse deviner les circonstaces : guerres, famines, épidémies. Evidemment, les européens seraient les moins touchés. L'Afrique et l'Asie du Sud-Est payeraient le plus lourd tribut (tensions militaires actuelles préexistantes, systèmes de santé faibles ou inexistants, agriculture vivrière fragilisée ...).
3- Dernier scénario, le "décroissant": c'est le moins négatif, mais demande beaucoup d'efforts (la baisse de la richesse matérielle dans les pays développés) :
Réduisons les émissions de CO2 de 50%, admettons une augmentation de la population de 50%, et un progrès technique aboutissant à la réduction d'un tiers de l'intensité en CO2 de nos activités, et prenons W comme inconnue pour le taux de croissance de la richesse par personne :
0,5 = 2/3 X W X 1,5
ce qui donne :
W = 0,5
Soit un taux de croissance de -50% sur quarante ans à partir d'aujourd'hui. Ce qui demande une "décroissance" de 1% au moins par an.

Approfondissons le raisonnement en ce qui concerne le progrès technique, et donc l'intensité en CO2 de l'économie :
On peut écrire (vérifiez, ça marche) :
[CO2/PIB] = [CO2/TEP] X [TEP/PIB]
TEP signifiant "tonnes équivalent pétrole", qui mesure l'énergie totale consommée (renouvelable, charbon, nucléaire, pétrole...)
CO2/TEP désigne l'intensité en CO2 de l'énergie consommée ; et TEP/PIB désigne l'intensité énergétique du PIB. OR ces deux intensités, qu'il faut réduire absolument à l'avenir (surtout si l'on prétend maintenir par ailleurs la croissance), on très peu baissé dans les dernières décennies, et ce malgré tout le progrès technique réalisé, et les pics pétroliers que l'on connaît. En effet, la part du CO2 dans l'énergie a diminué de 10% en 30 ans (depuis la crise pétrolière !) et l'intensité énergétique du PIB de 30 % seulement (du fait du développement du tertiare, essentiellement).
D'ailleurs, avec les nouvelles économies émergentes, en particulier la Chine, l'intensité énergétique comme l'intensité en CO2 ont tendance à augmenter à nouveau, depuis quelques années.

Bref : il ne faut pas trop compter sur le progrès technique (et donc sur les énergies solaires, éolienne, géothermique, nucléaire, etc) ; pour réduire les émissions de CO2 il va falloir s'attaquer à la richesse matérielle, aux volumes produits, et donc au volume d'énergie dépensé.
Il va falloir économiser l'énergie, au sens fort du terme (ça ne va plus suffire d' "éteindre la lampe en sortant" !).
Cela demande des changements forts dans les comportements, et dans l'organisation des sociétés.
C'est une tache ardue car le changement, c'est encore plus difficile quand on manque d'énergie...

YVES COCHET
Deuxième tour de table après quelques interventions depuis la salle.
Yves Cochet exprime quelques idées supplémentaires :
"Le projet réformiste [sous-entendu, d'Europe-Ecologie, qu'il appelle aussi "Oui-Oui planète"] ne suffit pas, il faut préparer la rupture".
Le problème c'est que "les mentalités prennent 30 ou 50 ans à changer" (on le voit avec la "crise financière" : tout repart comme avant).
Il faut arrêter le "wishful thinking" (des habitants de Oui-Oui Planète) et se rendre compte de la gravité de la situation : les références historiques qu'il faut intégrer, ce n'est pas le New Deal mais la marche à la guerre (1938-39), les V1 et les V2 lancés sur Londres...
Notre priorité doit donc être de protéger les plus faibles !
"J'avais proposé comme slogan pour les européennes : "Protéger le local, globalement", mais on ne m'a pas écouté... C'est pourtant bien ça, l'enjeu ! "
Il faut renforcer les solidarités locales pour empêcher le chaos.
Et il ne faut pas compter sur l'Union européenne car "je ne suis pas sûr qu'elle existe encore dans 10 ans" [en tout cas, ce pourrait bien devenir une coquille vide]...

Accueil mitigé de la part de la salle.



A bientôt pour "l'écologie, politique de civilisation".

Par Martin - Publié dans : Verts
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mardi 8 septembre 2009
Samedi 22 août, la dernière de ces Journées d'Eté.
Etant arrivé un peu en retard ce matin-là, et l'amphi étant plein, j'ai suivi la plénière Classes dangereuses, libertés dangereuses via le grand écran installé dans la cour. Avec moins d'assiduité, sans papier ni crayon. Mais les interventions d'Hélène Flautre (députée européenne Verte) et de Noël Mamère (député-maire [hum ! hum !] de Bègles), entre autres intervenants, étaient rafraîchissantes.

Ensuite je me rendis à unn atelier consacré à l'Amérique Latine et à ses relations avec l'Europe.
Les intervenants, sont principalement Maria Portugal (membre de la commission Transnational), Catherine Grèze (députée européenne Verte), Alain Lipietz (ex-député européen Vert). Par la suite, plusieurs personnes de la salle vont prendre la parole, y compris un député Verts brésilien, dont je n'ai pas retenu le nom, excusez-moi.

CATHERINE GREZE
Catherine Grèze appartient à la coordination des Verts Mondiaux (Global Greens). Et depuis peu, elle est membre de la commission développement au Parlement européen ; ainsi que de la délégation "Eurolat", créée en 2006, qui est une assemblée paritaire de parlementaires européens et latinoaméricains.
Eurolat, c'est un endroit politiquement important car le Parti Populaire Européen (PPE) et en particulier le PP espagnol, utilisent cette structure pour aider les droites latinoaméricaines. Ainsi le PPE a t'il de fait validé le coup d'Etat au Honduras.
Mais Catherine veut nous parler essentiellement des Verts en Amérique Latine.
D'abord il y a un contexte politique global à prendre en compte : la tradition politique des caudillos, qui ne laisse pas beaucoup de place à des partis Verts comme en Europe.
Quant au bilan des gauches au pouvoir depuis quelques années, il n'est pas très satisfaisant. Les Verts ont soutenu, faute de mieux, mais au Brésil par exemple, la politique de Lula c'est aussi : le productivisme, les OGM, la relance du nucléaire.
En Amérique Latine (Amérique de Sud + Centrale + Mexique), il y a deux partis Verts importants : le parti Vert brésilien et le parti Vert mexicain. Les autres partis sont, le plus souvent, marginaux, bien que parfois en progrès.
Le Parti Vert Mexicain (Partido verde ecologista de México) oscille autour de 7 à 8 % des voix. Il a beaucoup d'élus, et est très fort sur les thématiques environnementales et des peuples autochtones. Mais il n'a pas de ligne politique sur l'économie, et se vend au plus offrant.
Le Parti Vert brésilien (Partido Verde do Brasil) nous ressemble beaucoup, du point de vue de sa sociologie, de ses résultats, de son programme... Il a 17 députés fédéraux et a présenté 10 000 candidats autonomes dans les municipalités en 2009.
L'évènement actuel pour les Verts du Brésil, c'est le ralliement de l'ancienne ministre de l'Environnement de Lula, Marina Silva. Elle a adhéré aux Verts et sera sans doute son candidat à l'élection présidentielle de 2010, avec des chances de l'emporter. Elle avait démissionné du gouvernement après un désaccord sur un projet destructeur pour l'environnement.
Le Parti Vert Bolivien est structuré depuis 2 ans, rassemblant essentiellement des intellectuels et des paysans. Il ssont en lien étroit avec les Verts mondiaux, car ils ont du mal à exister dans le contexte du président Morales qui occupe tout le terrain dans la gauche du pays.
En Colombie, le Partido Verde Oxigeno (d'Ingrid Betancourt) est destructuré.
Le Partido Verde d'Argentine se structure depuis deux ans, mais il existe surtout à l'échelle locale, en parallèle avec les mouvements sociaux.
Au Chili il exista un parti Vert au début des années 1990, rapidement intégré au Parti Humaniste ; récemment s'est créé le Partido ecologista de Chile, qui soutient, comme le PH, la candidature de l'ex-socialiste (certains diront blairiste) Marco Enriquez-Ominami à la présidence (les élections auront lieu en décembre 2009).

ALAIN LIPIETZ
Alain Lipietz a été président de la délégation du Parlement européen auprès de la Communauté andine des nations.
Les relations entre Europe et Amérique Latine forment ce qu'on appelle le "bi-régionalisme", très peu étudié. Deux blocs multinationaux avec des relations asymétriques. L'Amérique Latine n'a pas réalisé l'unité un temps rêvée par "le libérateur" Simon Bolivar, qui déclara avant de mourir en 1830 : "j'ai labouré la mer". Car si en Europe nous avons un marché commun sans souveraineté à la hauteur (ce qui donne le libéralisme économique), l'Amérique latine n'a ni l'un, ni l'autre.
Dans le cadre du développementisme de la CEPAL (Commission économique pour l'Amérique latine et la Caraïbe, organisme de l'ONU) depuis les années 1950, ont vu le jour divers marchés communs sous-régionaux... sans structure politique adaptée. Exemples : Mercosur, Communauté andine, Cariforums, Marché commun centraméricain...
De temps en temps, l'exemple européen motive des initiatives ambitieuses... qui ne donnent rien, comme la Communauté sudaméricaine des nations lancée en 2004 (et remplacée récemment par l'Union des nations sudaméricaines).
Néanmoins, la constitution vénézuélienne prévoit dans son texte la cession future de sa souveraineté monétaire à un organisme continental.
Les causes de cet échec sont à la fois propres au continent, mais aussi liées à l'Union européenne. En effet l'UE a beau être un modèle, c'est aussi un club de "requins", anciennes puissances coloniales, dont les intérêts déterminent le comportement de la Commission européenne. Par exemple, les entreprises françaises sont, pour les latino-américains, un ennemi immédiat (surtout dans le domaine de l'eau : Veolia...).
En UE il y a une schizophrénie entre les Affaires étrangères, qui reconnaissent les asymétries entre les deux continents, et la "DG Trade" (Direction générale du commerce) qui veut obtenir des accords de libre-échange à tout crins, avec protection des brevets européens, etc.
Les négociations pour un accord avec l'UE ont donc échoué partout... sauf dans les pays très pauvres (Caraïbe, Amérique Centrale) qui sont bien obligés d'être gentils pour recevoir l'aide au développement. (Les négociations s'appuyant sur trois piliers :dialogue politique, "coopération" pour le développement, et accord commercial).
Les Verts sont pour le principe des accords, mais contre ce qui se passe concrètement, sous l'impulsion de la DG Trade.
L'OMC est "un canard auquel on a coupé la tête", elle ne supervise plus rien donc tout ce qui se fait, ce sont des accords bilatéraux. Donc aujourd'hui en Amérique Latine ce n'est plus l'OMC que l'on critique, mais l'UE directement : elle est devenue le "nouveau Satan".
Le modèle de la gauche latinoaméricaine, c'est la CEPAL, selon le mécanisme : production d'exportation donc rentrée de devises avec lesquelles on finance l'industrialisation (par substitution d'importations : ISI). Le problème c'est que ces exportations, sont en large mesure agricoles... et que l'Europe ne veut pas ouvrir son marché agricole.
Une unification alternative non productiviste est-elle possible ? Avec la banane équitable, etc. Le problème c'est que les dirigeants ne veulent pas d'un accord car ils sont bloqués sur leur modèle cépaliste, productiviste, modèle qui est hégémonique à gauche, même en Bolivie aujourd'hui.
On a donc en Amérique Latine aujourd'hui : d'un côté les écologistes et indigénistes, et de l'autre côté les productivistes.

Par Martin - Publié dans : Verts
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 7 septembre 2009
Vendredi 21 août, suite.
19h30. Tout le monde est bien fatigué en cette fin de deuxième Journée d'Eté. Pourtant, ce soir se joue la chose la plus importante de ces trois jours : les modalités d'organisation d'Europe-Ecologie à l'avenir. Inutile de vous dire que les antennes de chacun sont dressées : il s'agit de défendre des intérêts collectifs et individuels, des idéaux, des manières de faire de la politique, de construire une machine électorale, un mouvement social, bref les enjeux sont gigantesques.
Plénière, donc : Comment faire vivre le réseau Europe-Ecologie ? et sous-titre : Un OPNI en devenir ? Imaginons ensemble son futur.
[Et comme il se doit, les réunions de courants des Verts suivront cette grand-messe. Comme je vous l'ai dit, les enjeux sont énormes, en particulier pour le parti politique que sont les Verts.]

Sur l'estrade, Pascal Durand, ex-directeur de campagne d'Europe-Ecologie, et Daniel Cohn-Bendit. Ils sont copains comme cochons.

PASCAL DURAND

Il nous rappelle qu'Europe-Ecologie, c'est une association loi 1901. Cependant, pour avoir le droit de présenter des listes en son nom aux européennes, elle a été transformée en parti politique (je l'apprends, comme toute la salle, quatre mois plus tard), dissout après les européennes.
L'association elle, perdure. son président est Jean-Pierre Raffin, les secrétaires sont Agnès Sinaï et Suzanne Auger.
Il y a une volonté de continuer... la question est donc comment prendre forme, en respectant la diversité du rassemblement ?
Selon lui, à l'issue de l'atelier "parole libre" sur Europe-Ecologie tenu précédemment, dans l'après midi, il y a un consensus sur le maintien de la forme "réseau", y compris sous sa forme de structuration au niveau local.
Comment intégrer les structures que sont les Verts et RPS (Régions et peuples solidaires, la fédération de parti régionalistes) ?
En tous les cas il faudra "porter un projet en dehors des élections" et "en lien avec la société".

DANIEL COHN-BENDIT

Pour Dany, "il ne faut pas refaire l'erreur d'il y a dix ans" quand il avait mené la liste des Verts aux européennes, obtenant 10%, avant d'être renvoyé gentiment en Allemagne. En clair : il veut continuer à s'impliquer en France (à garder la main, diront les mauvaises langues).
Il y a une "intuition politique" selon laquelle il faut développer des "formes organisationelles qui dépassent les partis tout en permettant de s'impliquer politiquement".
Il faut donc autoriser bien sûr la double-appartenance Verts-Europe-Ecologie et RPS-Europe-Ecologie, mais pas entre Europe-Ecologie et un autre parti.
Il va falloir reformuler la déclaration fondatrice d'Europe-Ecologie, qui faisait référence aux élections européennes. Il faut un nouveau manifeste qui fasse référence aux débats d'aujourd'hui, à adopter lors d'une convention nationale d'Europe-Ecologie en octobre, qui lancerait les Assises régionales de novembre. Ca se ferait après "consultation", de la même manière que pour le programme [depuis ce jour je n'ai pas entendu parler d'une telle consultation, par ailleurs j'aimerais bien connaître la composition du comité de rédaction !!].
Une autre question qui se pose pour Europe-Ecologie, est celle des moyens. Il faut que les membres d'Europe-Ecologie puissent adhérer et donc cotiser. Tout en conservant le site internet comme base du réseau, car c'est un "instrument de démocratisation".
En plus, il faut lancer un appel à une "souscription nationale", afin d'être à la hauteur financièrement pour les régionales. l'objectif c'est 1 million d'€ pour Noël (et la salle d'entonner le très prévisible : "le million, le million !").
Quant aux listes pour les régionales (chaud sujet), il faut respecter la règle de parité Verts/non Verts : 50-50 donc [avec quel taux de parachutés du côté des non-Verts ?].
Enfin, sur le nom du Rassemblement : pour lui il faut garder Europe-Ecologie, car ça résonne avec son sens politique (Dany est très attaché à l'Europe), et donc pour les régionales, le nom des listes ça doit être Europe-Ecologie-Nom de la région. [Europe-Ecologie-Bretagne, par exemple (et pas Bretagne-Ecologie !). Par contre, nos camarades du sud-est vont être dans le pétrin : Europe-Ecologie-Provence-Alpes-Côtes-d'Azur, ça ne sonne vraiment pas très sexy.
Mais bon, soyons rassurés : tous les arbitrages ne sont pas encore rendus ... ; )

CECILE DUFLOT
Notre secrétaire nationale est arrivée entre-temps.
Retour sur Terre : les Verts ont besoin de 500 000 € pour combler le déficit de la campagne des européennes (Europe-Ecologie a dépassé la somme remboursable).
Pour elle, le réseau Europe-Ecologie doit rester souple, il faut en effet savoir faire de la place pour un éventuel futur groupement d'ex-socialistes ralliés qui peuvent vouloir garder un espace où se retrouver entre copains (une "tendance" ?) [ces ex-socialistes étant par ailleurs rompus aux exercices politiciens de présentation de motions, ramassage des procurations, etc. attention donc...].
A propos des régionales, il ne faudrait pas verser dans un jacobinisme excessif. Les Verts sont fédéralistes, beaucoup parmi les autres écolos aussi, donc il ne faut pas trop dicter la stratégie aux régions. Mais il va falloir veiller à ce qu'il y ait une parité hommes/femmes pour les têtes de listes. Ca s'annonce mal...
Enfin, Cécile nous rappelle avec humour que, vu que c'était notre objectif pour les européennes, "si on fait seulement 10+X aux régionales, c'est pas grave".

La fin de la soirée s'est passée soit devant les Yes Men qui refont le monde, soit dehors un peu partout, soit, pour les Verts des courants, en réunions de courants. J'ai assisté à la mienne, riche d'enseignements. Je ne donne pas de détails, mais après tout c'était en entrée libre, donc tous les scoops sont libres de droits !
Par Martin - Publié dans : Verts
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 7 septembre 2009
Vendredi 21 août, 17 heures, plénière intitulée : Penser la crise, construire l'après-crise, animée par Dominique Voynet, sénatrice-maire (hum ! hum !) de Montreuil.

AGNES NATON
Agnès Naton est membre de la CGT.
Aujourd'hui le taux de pauvreté en France est de 12%.
Nous vivons dans une crise du travail. Soit on n'en a pas, soit on n'y respire plus.
Nous vivons dans une crise de la démocratie. Il faut travailler à de nouvelles organisation, à une nouvelle redistribution.

LAURENCE LAIGO
Nous l'avons déjà croisée ; il s'agit d'une syndicaliste de la CFDT.
Elle dénonce le manque d'anticipation de la part du secteur automobile.
Le recours à la sous-traitance pose un problème fondamental de démocratie dans l'entreprise : les syndicats n'ont pas accès à des informations détenues par l'entreprise-mère.
Il faut mettre en visibilité le travail quotidien des syndicats, afin qu'ils soient relégitimés et puissent imposer au patronat des négociations sur la question centrale de la gouvernance des entreprises.

NICOLE MAESTRACCI
Nicole Maestracci est présidente de la Fédération nationale des associations de réinsertion sociale (FNARS).
La crise est révélatrice de l'absence de politiques sociales adaptées.
On tolère la persistance de la pauvreté, laquelle a diminué jusqu'en 2006, mais augmente depuis. C'est la même chose pour les inégalités.
Cette question n'a jamais été traitée comme une question politique ; ce qui prédomine c'est un traitement caritatif de la pauvreté.

SERGE GUERIN
Serge Guérin est sociologue et parle très vite, je crois que mes notes sont encore plus incomplètes avec lui que précédemment.
Il travaille surtout autour des notions de seniors et des "temps de la vie".
Nous vivons dans une "civilisation de la crise" depuis bientôt 30 ans. Tandis que l'espérance de vie augmente, l'espérance de vie professionnelle diminue.  Le senior devient rigard dans le monde de l'entreprise. Ce qui est à relier à une "crise de sens".
Il y a aussi "crise du compromis social-démocrate". Ce qui n'est pas sans rapport avec la croissante contre-productivité de nos activités, qu'Illich avait identifiée depuis longtemps : à partir du moment où on a satisfait nos besoins de base, les efforts supplémentaires sont toujours moins rentables. Par exemple aujourd'hui, on fait de la formation à tous crons, mais dans le fond c'est assez peu utile.

PIERRE LARROUTUROU
Coucou le revoilà : maintenant il va nous explique pourquoi la crise (celle de 2008) était prévisible.
La dette totale aux USA a explosé à partir des années 1980, parallèlement à la dérégulation du travail. Déjà, on avançait vers le gouffre. Ce gouffre, dont la crise de 2008 nous a encore rapprochés, n'est pas le résultat d'une crise financière. mais bien d'un déséquilibre dans le corps social.
Ce déséquilibre c'est la hausse du chômage et le déséquilibre en faveur des profits dans la répartition de la valeur ajoutée.
Le scénario le plus favorable qui nous attend dans les années qui viennent, c'est ce qui est arrivé au Japon dans les années 1990 : 1% de croissance en moyenne chaque année, et ce malgré des plans de relance gigntesques qui ont plongé le pays dans la dette.

Il y avait beaucoup, beaucoup de pages powerpoint donc je n'ai pas tout noté. Et je ne parle pas de la chaleur qui a du finir par avoir des effets sur l'efficacité intellectuelle de mon organisme breton.
Par Martin - Publié dans : Verts
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 7 septembre 2009
Vendredi 21 août, 14h30 : Forum intitulé Quelle place pour le travail dans la société post-Copenhague ?
La société post-Copenhague, c'est, on l'espère, un société qui prenne en compte les urgences cliamtiques. Je trouve ça un peu court pour définir une société "écolo" (je ne crois pas que la prise en compte de l'enjeu climatique suffise à se transformer en écolo)... mais on ne va pas chipoter. Pour l'instant.

EVA SAS
Le forum est animé par Eva Sas, responsable de la Commission Economique et social des Verts.
La prise en compte de l'environnement dans nos activités doit conduire à des créations d'emplois, certes. Mais entre-temps, beaucoup d'meplois auront été détruits également.
Dans le cadre d'une rupture avec la société de consommation, il faut réinvestir les gains de productivité dans le réduction du temps de travail.
[Parenthèse : on parle du travail quantitativement - et c'est très intéressant, voir plus bas les développements de Pierre Larrouturou - mais quid du contenu qualitatif du travail, de la démocratie dans les entreprises, etc ?]

LAURENCE LAIGO

Laurence Laigo est syndicaliste à la CFDT.
Elle défend l'idée de la "sécurisation des parcours professionnels", terme de la CFDT. Cela concerne notamment, l'accès à la formation...
La Crise doit en effet nous conduire à mener des réformes de fond, de long terme, mais également à mettre en place des dispositifs rapides pour limiter l'exclusion.
Il faut maintenir le lien contractuel salarié-employeur, mais savoir tirer profit des périodes d'inactivité pour la formation, par exemple.
Cela aurait un coût important : il faut donc réfléchir à la fiscalité et à la redistribution.

CHRISTIANE BOUCHART

Christiane Bouchart est conseillère communautaire Verte de Lille-Métropole et participe au réseau "Entreprendre autrement"qui soutient des entreprises de reconversion.
Les expérimentations s'inscrivent dans une démarche d'économie plurielle, avec beaucoup de coopératives.

PIERRE LARROUTUROU

Pierre Larrouturou est membre du PS (personne n'est parfait) et bataille depuis des années pour défendre l'idée des 32 heures hebdomadaires de travail.
A long terme il n'y aura pas de croissance, pour réduire le chômage il faut donc jouer sur le temps de travail.
En France il y a 4 millions 300 000 "vrais chômeurs", auxquels on peut aujouter une partie des 1 million 100 000 RMIstes.
Les créations d' "emplois de services" mis en place par le gouvernement, sont en réalité des emplois à temps partiel, el moyenne moins de 15 heures par semaine, et 400 € par mois.
D'autre part le chômage induit un rapport de forces favorables aux employeurs, les salariés ayant la "trouille du chômage" ce qui conduit à la stagnation des salaires.
"La croissance n'est plus la solution".  CAR :
1- Pour créer des emplois, en prenant en compte l'arrivée sur le marché du travail des nouvelles générations, il faut 2,6% de croissance par an. Or cela fait 30 ans qu'on n'a pas eu un tel taux, à part quelques années particulièrement fastes.
2- Nous vivons dans un monde fini et donc la croissance va devoir d'arrêter à un moment.
3- On consomme trop de pétrole
4- Il y a le réchauffement climatique
5- La durée réelle du travail en France c'est 33,7 heures en 2007. On est donc très loin du plein emploi.

Il faut donc un Pacte écologique et social :
1- Des normes commerciales mondiales qui prennent en compte le social. La Chine avait fait des efforts avant son entrée au FMI et à l'OMC mais depuis, son dumping est reparti de plus belle.
2- Un traité de l'Europe sociale.
3- Taxer les bénéfices, ce qui pourrait constituer des ressources propres pour l'UE. L'impôt sur les bénéfices est de 25% en UE, de 40% aux USA...
4- Une politique du logement
5- Réduire par 4 nos émissions de gaz à effet de serre, et créer 300 000 emplois verts ; avec notamment une obligation de contrôle energétique des logements avant toute vente
6- Une sécurité sociale professionnelle
7- La réduction du temps de travail : il faut adopter une stratégie à la hauteur de celle de la droite.

Le chômage ne vient pas de la mondialisation : en effet, la production industrielle continue d'augmenter en Europe !
La cause principale du chômage est l'augmentation de la productivité, qui a explosé depuis les années 1950 (après un siècle d'augmentation lente).
La question est : que fait-on des gains de productivité ?
Depuis 1974, notre population active a augmenté de 23%... et notre "besoin de travail" a diminué de 10% du fait des gains de productivité. D'où le chômage !!
Le rapport Boissonnat préconisait déjà en 1995, une baisse de 20% du temps de travail (soit le passage aux 32 heures !).
32 heures hebdomadaires, c'est la semaine de 4 jours.

GUILLAUME DUVAL

Guillaume Duval est le rédacteur en chef adjoint de la revue économique de gauche Alternatives économiques.
Il met en doute les chiffrages d'une éventuelle "transformation écologique de l'économie" en termes de création d'emplois. Les études réalisées sont pour la plupart intéressées à donner de bons résultats (pour faire plaisir au commanditaire, etc.). Les éventuelles créations d'emplois dépendent de beaucoup de choses.
D'autre part c'est politiquement dangereux de faire miroiter ces emplois. Après tout, le problème écolo devrait suffire à convaincre.
En France en particulier, si on "transformait écologiquement" l'économie, on serait obligés de recourir massivement aux importations du fait de notre retard énorme sur les technologies vertes.
Cette transformation se traduirait notamment par une "écologie industrielle" et une "économie de la fonctionnalité" réunissant vente du service et des produits, avec moins de transports et une relocalisation des activités. Certes, mais pour autant selon Guillaume Duval il ne faut pas penser que cela entraînera une "démondialisation" ni un développement privilégié des PME.
Car l'économie écologique va nécessiter un capital technique et des savoirs-faire énormes. Ce qui suppose des grosses structures.
Il prend l'exemple de Microsoft : c'est une entreprise très localisée, elle ne transporte rien. Coca-Cola et MacDo c'est la même chose.
Donc le problème des multinationales se posera toujours. D'où l'importance des problème de gouvernance et de RSE (Responsabilité sociale des entreprises)...
Guillaume Duval dresse ensuite un bilan des 35 heures. Ce fut une "bonne affaire économique" : 300 000 emplois au moins, n'a pas cassé la croissance, et a même augmenté la compétitivité industrielle et la productivité des machines (la durée d'utilisation des équipements est passée de 50 à 55 heures hebdomadaires).
Pour autant c'est mal passé sur le plan politique. La question du partage du travail, et donc de la solidarité, c'est "peu payant électoralement". Les salaires bloqués ont causé 15 millions de mécontents, c'est beaucoup par rapport aux 300 000 chômeurs de moins.
La partage du travail ça ne peut marcher que lorsqu'il y a un encadrement politique et syndical fort, c'est à dire des syndicats forts qui peuvent faire passer la pilule : IG Metall en Allemagne par exemple.
L'autre politique d'emploi de ces dernières années, a été la baisse des cotisations sociales autour du SMIC (ça a commencé avec Mme Martine Aubry au début des années 1990) ce qui conduit à un système de cotisations plus progressif. Cela a créé des emplois sans doute, mais le résultat est le coinçage vers le bas des salaires : aujourd'hui 15% des salariés français sont au SMIC... Les premières victimes étant les jeunes, et pas que les non-qualifiés ! Notre structure salariale est la même que la Bulgarie !
Le problème économique est que nous sommes un pays pas cher : chez nous le travail n'est pas cher, contrairement à ce qu'on entend par-ci par-là ; un ouvrier français coûte 30% de moins qu'un ouvrier allemand (dans les années 1990 en tout cas). Evidemment notre situation relative a changé avec l'Europe des 27.
Enfin, en ce qui concerne le temps de travail : pour Guillaume Duval ce qui compte ce n'est pas le temps de travail hebdomadaire mais sa répartition tout au long de la vie. Il faut développer un système d'années sabbatiques.

PIERRE LARROUTUROU
Il répond à son camarade : l'entreprise Mamie Nova est passée aux 32 heures hebdomadaires depuis longtemps, sous 17 organisations horaires différentes selon les salariés.
La stabilité du temps de travail par semaines (contrairement aux RTT) permet d'organiser son temps libre, et donc d'en profiter vraiment.
En ce qui concerne la croissance, ce serait vraiment une erreur d'ne faire une condition de l'amélioration de la qualité de vie : "on peut vivre un peu plus frugalement et le travail est plus intéressant".
Quant aux années sabbatiques : c'est un dispositif qu'il faut ajouter aux 32 heures ; par exemple une année sabbatique tous les 8 ou 9 ans avec une rémunération garantié à 80%.

A suivre : l'OPNI Europe-Ecologie.

Par Martin - Publié dans : Verts
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Dimanche 6 septembre 2009
Vendredi 21 août toujours, deuxième partie de matinée : un forum réunissant un panel de sondeurs et de chercheurs en science politique, autour de notre succès canon du 7 juin dernier.

THIERRY IBART
Chercheur à l'institut de sondages CSA, Thierry Ibart nous fait un petit bilan de sociologie électorale.
D'abord remarquer les scores remarquables de l'écologie : outre ce que l'on connaît déjà et que je ne vais pas répéter, on doit ajouter : le score canon des listes de l'Alliance écologiste indépendante (AEI) qui sans tous nos moyens de communication, ont obtenu 3,5% au niveau national ; d'autre part, le score record d'Europe-Ecologie dans le 2nd arrondissement de Paris : 34%. L'environnement était d'ailleurs le second thème le plus important pour l'ensemble des électeurs - le premier pour ceux d'Europe-Ecologie.
Passons au contenu de ces beaux scores pour Europe-Ecologie.
La classe d'âge qui a le plus voté pour Europe-Ecologie est les 35-49 ans. Si on prend la catégorie 25-49 ans, on y trouve la moitié des votants Europe-Ecologie - alors que cette catégorie ne représente qu'un tiers de l'électorat. Nous y sommes donc sur-représentés.  En revanche, nous avons obtenu un score plus faible chez les seniors : 8%.
Les catégories socio-professionnelles (CSP) ayant le plus voté pour Europe-Ecologie sont les suivantes : supérieures, cadres, professiones intellectuelles et intermédiaires... avec quelques poches de vote populaire.
Le diplôme est un déterminant fort du vote Europe-Ecologie : plus le diplôme est élevé, plus le score est élevé. Chez les sans-diplômes, nous avons recueilli 7% des voix ; chez les titulaires du BEPC, 10%, du Bac, 17%, d'un diplôme de l'enseignement supérieur, 23%.
La formation politique dont les électeurs s'affirment le plus proche : pour 20%, le PS ; pour 10% c'est le Modem. De même, 26% des électeurs d'Europe-Ecolgie avaient voté Royal au premier tour en 2007.
Il est intéressant se souligner quelques éléments de différence avec l'électorat des listes AEI. Celui-ci est plus jeune (principalement représenté parmi les 25-35 ans), plus populaire, moins diplômé, plus contestataire (ils se sont souvent abstenus au second tour en 2007 - ils avaient bien raison !)
La campagne électorale : on ne peut pas dire que l'évolution des intentions de vote pour Europe-Ecologie ait été conjoncturelle. On observe en suivant les enquêtes, une évolution contraire avec celle du PS.
Cela dit, le vote Europe-Ecologie se caractérise par sa volatilité : 43% de ces votants e sont décidés dans les derniers jours. Le même phénomène avait été observé lors des élections européennes de 1989 : les derniers sondages donnaient 16% à la liste des Verts de Waechter, laquelle obtint finalement 10% "seulement".
De plus, le profil sociologique des abstentionnistes est très différent de celui des électeurs d'Europe-Ecologie (CSP, diplôme...), ce qui limite notre réservoir de voix.
Bilan : la crise économique n'a pas été un enjeu majeur de la campagne, ni déterminé les résultats.
Le casting a joué son rôle : diversité entre une juge scandinave et un paysan noniste (30% du score d'Europe-Ecologie proviendrait du "non de gauche" du référendum de 2005).
La campagne a démarré tôt, de manière soutenue, cohérente et claire.
Ce résultat est un signal fort mais tout reste à construire.

JEAN-DANIEL LEVY
Jean-Daniel Lévy, chercheur au CSA également, nous offre quelques données qualitatives.
En 1995 l'écologie c'était du post-matérialisme, et ne parlait qu'aux classes supérieures (je croyais que Voynet avait au contraire essentiellement séduit les classes populaires avec sa campagne de gauche en 1995 ? Bref.)
Mais ensuite le rapport à l'écologie a évolué, avec les scandales de la dioxine, de la vache folle. C'est devenu une vraie vision du progrès, en résonance avec la vie quotidienne. D'où le succès dans les classes moyennes et populaires... sans traduction électorale immédiate.
Mais le film d'Al Gore et la campagne de Nicolas Hulot ont eu un impact. Sans parler d'Obama et la croissance verte, de la crise structurelle depuis 30 ans, de la croyance que la voix de la France peut être entendue avec l'activisme de Sarkozy, de la campagne des européennes qui aurait pu tourner à l'auberge espagnole mais a évité cet écueil et proposé un projet politique d'avenir, de la défaillance de l'ensemble du spectre politique pendant ce temps.
Una analyse très olé-olé si vous voulez mon avis !

ERWAN LECOEUR
Erwan Lecoeur est sociologue, spécialiste de l'Extrême-droite et compagnon de route des écolos.
Europe-Ecologie c'est la rencontre entre une équipe et un contexte. La campagne a donné lieu à une communication intense, les idées devaient être déjà là. Nous avons répondu à une crise du sens , un manque de repères, en participant à la résolution de disonances cognitives. C'est le paradoxe du sympathisant non-électeur (dont le portrait robot est la femme de 36 ans urbaine) : écolo de coeur mais pas de raison. Il s'agit d'une certaine schizophrénie de la société.
Il faut s'intéresser dans une perspective sociologique, aux parcours de vie, aux représentations et aux attitudes.
Ce vote a, pour beaucoup de personnes, été une libération : ils étaient d'accord avec les écolos depuis longtemps, mais ne votaient pas pour nous. Ils étaient prisonniers de la bipolarisation.
Ce serait la fin du cycle politique 1984-2007, caractérisé par la disposition suivante : FN-Droite-PS.
La question qui se pose : ce "vote essentiel", ce "peuple de l'écologie" est-il pérenne ? Il est essentiellement composé de "mutants" (30% de l'électorat global) par opposition aux "gardiens" qui votent FN.
Ces "mutants" ressemblent un peu aux bobos, mais ils sont nettement moins bourgeois. Par contre, ils sont très bohêmes. Le sont-ils durablement ?


That is the question !
Par Martin - Publié dans : Verts
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 4 septembre 2009
Journée d'Eté des Verts - Europe-Ecologie, deuxième journée : Vendredi 21 août.
9 heures : Plénière sur le Désarmement nucléaire : Bluff, tactique ou gouvernement mondial ?

Jerôme Gleizes, président de la Commission Transnationale des Verts, anime les débat et l'introduit : la question du désarmement nucléaire est de nouveau d'actualité, dans le contexte des renégociations sur le TNP (Traité de non-prolifération), les accords START (USA-Russie) et le discours d'Obama à Prague le 5 avril 2009 qui parlait d'un monde "sans armes nucléaires".

DOMINIQUE LALANNE
Dominique Lalanne est animateur de Abolition 2000 et représentant des ONG à New-York sur la question du désarmement.
Il rappelle que l' "horloge de l'apocalypse" qui calcule notre éloignement par rapport à l'éventualité d'un conflit nucléaire (= minuit), nous envoie des signes très négatifs depuis la fin de la Guerre froide : En 1990, il était "minuit moins 17", aujourd'hui, il est "minuit moins cinq"...
En effet, depuis la signature du TNP en 1970, l'armement nucléaire a changé de nature : La France a par exemple développé le missile M51, de très longue portée, qui nous permet de frapper Pékin. Les signataires du traité ridiculisent leurs engagements. Les USA disposent aujourd"hui de 10 000 bombes nucléaires. Israël dispose de la bombe tout en le niant et en s'affranchissant de toute obligation internationale. L'Inde et le Pakistan sont nucléarisés sans avoir signé le TNP et un conflit régional d'une extrême violence est possible. Il ne manque plus qu'un an à l'Iran pour atteindre le "seuil nucléaire" (= la maîtrise de la technologie et des ingrédients nécessaires à la conceprion d'une bombe). Cette prolifération moyen-orientale pourrait s'accélerer avec l'Arabie Saoudite, l'Egypte, le Koweit...
Sans parler du risque terroriste (les bombes sales).
Mais Sarkozy continue à considérer le nucléaire comme une "assurance-vie" : c'est la doctrine de la dissuasion nucléaire.
Le discours d'Obama à Prague a néanmoins mis le désarmement au goût du jour. Le nouveau président américain propose l'arrêt des essais, une nouvelle limitation du nombre de têtes nucléaires, et l'organisation d'un sommet mondial sur la sécurité nucléaire, pour le désarmement.
La conférence du TNP tenue en mai 2009 a été l'occasion d'un retour aux "13 étapes" pour le désarmement, définies en 2000. Elles n'avaient pas été suivies mais l'ambassadeur zimbabwéen qui présida la session est ambitieux, et travaille à la mise sur pied d'une convention d'élimination des armes nucléaires. Texte qui rencontre l'opposition de principe des puissances nucléaires que sont les USA, le Royaume-Uni et la France.
Le problème politique, stratégique, qui se pose aujourd"hui est celui de la sécurité internationale sans armement nucléaire. Aujourd'hui, on en est aux antipodes : la doctrine de dissuasion rend officiellement possible une frappe atomique d'avertissement en cas de "menace". L'OTAN ou la France pourraient donc "tirer les premiers" s'ils estimaient que l'Iran s'apprêtait à lancer une offensive, par exemple.
Il existe pourtant une instance de sécurité internationale, à l'échelle européenne : l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la Coopération en Europe), créée en 1973, et qui compte 56 Etats membres. Elle est globale (agit dans les domaines politico-militaire, economico-social et humain) et coopérative : c'est un bon modèle pour un éventuel instrument à l'échelle du monde.
En ce qui concerne l'utilité stratégique de la bombe nucléaire, Hans Blix (ancien directeur de l'AIEA - Agence internationale de l'énergie atomique) dans un rapport de 2007 estime que la France n'en a pas besoin : on peut être une puissance importante et se passer de cette arme, comme l'Allemagne fédérale ou le Japon.

ABRAHAM BEHAR
Abraham Behar est président de l'association des Médecins français pour la prévention de la guerre nucléaire.
Les récents accords russo-américains comportent plusieurs points : la relance des accords START 1 avec la diminution simultanée du nombre de têtes nucléaires, avec une aide technologique à la Russie pour le démantèlement ; l'Uranium devra être vitrifié et l'Uranium enrichi dégradé, afin qu'ils ne puissent être "recyclés" militairement.
Quant aux vecteurs, une discussion globale va se réouvrir sur les ICBM (Missiles ballistiques intercontinentaux, très longue portée). Car il y a un désaccord profond sur la question du bouclier anti-missiles états-unien, auquel les Russes sont très hostiles. Les USA sont de moins en moins motivés par le projet mais sont "coincés" car les gouvernements polonais et tchèques veulent la protection qu'on leur a promise.
Il existe aujourd'hui un grave risque : l'Etat d'Alerte en vigueur signifie qu'une explosion nucléaire sur le territoire états-unien ou russe pourrait déclencher le départ automatique de missiles nucléaires. Il pourrait donc y avoir une "guerre accidentelle" (c'est triste mais ça fait penser à Docteur Folamour).
De ce point de vue il faut être conscient que le nucléaire est encore complètement "dans les normes de la Guerre Froide". En France par exemple, les cibles vérouillées de nos missiles, elles sont en Russie ! Et bientôt, en Chine.
L'armement nucléaire est un argument fondamental d'existence pour la Russie aujourd'hui. Elle y est plus attachée que les Etats-Unis.
Il faut rappeler également que le nucléaire militaire est intimement lié au nucléaire civil, "pacifique" selon le président états-unien Eisenhower. Aujourd'hui, la vente de centrales nucléaires aux pays émergents revient à leur livrer des "kits nucléaires", sous couvert de programme énergétique. D'autre part, la question des déchets se pose avec la même gravité dans les deux cas.
Un autre risque à prendre en compte est le déclenchement d'une guerre nucléaire à petite échelle, locale, entre l'Inde et le Pakistan par exemple, autour du conflit Cachemiri. Un explosion nucléaire pourrait provoquer un hiver nucléaire (projection de particules dans la stratosphère, avec comme résultat une opacité accrue et une baisse relative des températures au sol) qui, même de petite ampleur (baisse de moins de 1°C en moyenne), pourrait avoir des effets dévastateurs sur certaines cultures vivrières, causer une baisse brutale des récoltes, une hausse des prix et des famines dans les pays pauvres.
Le nucléaire militaire est donc, on l'aura compris, un problème important. On en parle partout, même à l'Assemblée populaire de Chine ; mais pas au Sénat ou à l'Assemblée nationale française...

CEDRIC POITEVIN
Cedric Poitevin est expert sur la Convention des armes chimiques au Groupe de recherche et d'intervention sur la paix et la sécurité (GRIP).
La question se pose : comment désarmer dans un contexte diplomatique dégradé (Iran, Russie...) ?
En fait, les mentalités ont changé et laissent entrevoir une fenêtre d'opportunité pour un éventuel désarmement.
En 2007, d'éminents diplomates et chercheurs américains, peu connus pour leur progressisme, ont signé un éditorial soulevant la question du désarmement. Parmi eux figurent Henri Kissinger. Selon eux, les USA tireraient parti d'un désarmement nucléaire, vue leur écrasante supériorité en ce qui concerne l'armement conventionnel.
Au coeur des appareils militaires indien et pakistanais, des officiers donnent de la voix dans le même sens.
La peur d'un accident est présente dans tous les esprits : bombe égarée (comme la bomba étatsunienne perdue de vue dans le Groenland dans les années 1960), collision de sous-marins comme récemment, éventuelle prise de pouvoir des fondamentalistes au Pakistan...
Le précédent des armes chimiques est utile à étudier. Elles furent abolies dans les années 1990, les Etats recevant aide financière et visite de contrôleurs. Elles étaient devenues des armes désuètes et peu populaires. Depuis, les Etats respectent la convention. Mais une condition à remplir pour le succès d'une convention est la suivante : les Etats doivent s'estimer en sécurité. Il faut donc un désarmement "co-évolutionnaire", progressif, en fonction des stoks initiaux.
Un obstacle technique demeure en ce qui concerne les armes nucléaires : l'inventaire sincère des armes par chaque pays.
La tâche qui nous attend est multidimensionnelle, et multi-étapes :
- il faut un débat public sur la question dans tous les Etats ;
- les deux grandes puissances nucléaires, USA et Russie, doivent lancer leur propre dynamique de réduction,
- il faut faire en sorte que la Chine trouve un intéret stratégique à s'y engager également ;
- de même pour les autres puissances nucléaires - cela pose problème pour la France par exemple, très attachée à son arsenal qui lui confère une bonne partie de sa puissance politique et diplomatique actuelle ;
- poursuivre avec des accords sur les armements conventionnels ;
- travailler à la résolution des conflits régionaux, moteurs actuels de la prolifération : Israël-Palestine, Cachemire, Corées...
En conclusion : le désarmement suppose de parvenir à un compromis. Mais une fois que celui-ci est atteint et que le désarmement est engagé, ce dernier crée une norme, qui stigmatise les contrevenants et donc oeuvre à son propre succès. Tenons bon !

CATHERINE GREZE
Catherine Grèze est, depuis quelques semaines, députée européenne des Verts (n° 2 de liste derrière José Bové dans le Sud-Ouest).
Elle rappelle que la question du nucléaire militaire a été fondatrice de l'engagement de nombreux écologistes, et même du mouvement écologiste en général, en particulier dans certains pays : Japon, Nouvelle-Zélande, Allemagne...
Aujourd'hui, "jamais nous ne sommes allés aussi loin dans le débat". En France, un premier progrès avait eu lieu avec l'initiative du président Mitterrand en 1992 (vers une "défense nucléaire européenne") ; mais le président Chirac s'est empressé de revenir en arrière, d'abord avec la reprise des essais nucléaires, puis avec la réaffirmation en 2001 de la doctrine de dissuasion.
L'Union Européenne a une responsabilité historique.
Les armes atomiques empêchent toute gouvernance mondiale.
Mais les initiatives se multiplient : Conseil européen en 2003, déclaration de Rome des Prix Nobel en 2006, Editorial de Kissinger & Co, déclarations de Ban Ki-moon, secrétaire général de l'ONU, selon laquelle le désarmement est la priorité des Nations Unies.
Le Parlement européen a voté le 24 avril 2009 une feuille de route quant à la lutte contre la prolifération ; le Conseil européen devra définir sa position en décembre 2009.
Tout désarmement suppose de rompre avec la doctrine de la dissuasion. Le président Sarkozy en est loin.
Il faut des négociations multilatérales.
Un acte fort serait le retrait des armes états-uniennes du sol européen.
Quant à la lutte contre la prolifération, elle doit prendre en compte le rôle primordial du nucléaire civil dans l'obtention de la technologie nécessaire à l'armement... mais ce lien n'est affirmé par les dirigeants que lorsqu'il s'agit de l'Iran ! Trève d'hypocrisies !

JACQUES MULLER
Jacques Muller est "un des cinq mousquetaires Verts du Sénat", alsacien. Il pourrait bien se retrouver député européen en cas de ratification du Traité de Lisbonne (il était deuxième sur la liste EE dans le Grand Est et serait élu si la circonscription se voyait attribuer un siège supplémentaire).
Il n'insiste pas sur le contexte international, assez mis en lumière par les intervenants précédents.
Par contre, il s'attarde sur les ressorts de la marche vers le désarmement. D'abord, les traités existants, et les traités en cours de construction.
Dans ce cadre, il faut penser la sécurité globale ; et garder à l'esprit la nécessité d'empêcher la prolifération nucléaire tant qualitative (missiles de longue portée, miniaturisation, etc.) que quantitative.
Le TNP est en effet très mal respecté : "La France triche, comme bien d'autres". Il y a une "course qualitative à l'armement".
On croirait qu'il existe des "bons" et des "mauvais" proliférateurs : Israël et l'Iran par exemple.
Le Troisième pilier du TNP, qui autorise le nucléaire civil, est une faille dans son dispositif, une porte d'entrée vers le nucléaire militaire.
"La bombe climatique est devenue le meilleur prétexte pour avoir la bombe tout court", via la technologie soi-disant propre qu'est le nucléaire civil.
En France, on a adopté sans aucun débat préliminaire une nouvelle doctrine : celle du nucléaire tactique. Mais en réalité, le nucléaire militaire français est avant tout une arme diplomatique, et non sécuritaire.
Le nucléaire militaire est un obstacle à un système de défense européen, car "il ne se partage pas". L'Europe ne peut donc se transformer en "Troisième bloc" comme c'était sa vocation à l'origine. le non-alignement n'exige pas le nucléaire, au contraire.

INTERVENTIONS DE LA SALLE

Quelques idées que j'ai gardées des interventions de la salle et des réponses des intervenants :
La connivence entre l'AIEA et l'OMS (Organisation mondiale de la santé) : la première a demandé à la deuxième de ne pas dévoiler le vrai nombre de victimes de la catastrophe de Tchernobyl, histoire de ne pas nuire à l'image de l'énergie nucléaire. De même, l'OMS a censuré plusieurs études épidémiologiques compromettantes pour le nucléaire.
Gérard Borvon, antinucléaire historique de Landerneau, soulève l'ambiguité de l'appel "Ultimatum Copenhague" qui demande à Sarkozy de tout faire pour le climat... mais sans pointer l'illusion du nucléaire civil. Le risque existe que Sarkozy relève le défi et nous resserve une part de radium !

Par Martin - Publié dans : Verts
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 3 septembre 2009
Jeudi 20 août, soirée : le grand moment de cette journée si l'on en croit le nombre de journalistes, et l'affluence du public.
La plénière est pompeusement intitulée : "L'écologie maintenant : le rassemblement des écologistes". Peut-être pompeux n'est il pas le mot ; je parlerais d'autocélébration consensualiste. Heureusement, le contenu de la soirée fut bien plus intéressant que cela (à ma grande surprise).

EDWY PLENEL
Edwy Plenel est aux manettes, après avoir participé plus tôt à une discussion sur la presse avec son compère de la moustache, Noël Mamère.
Le journaliste, ancien du Monde et aujourd'hui un des responsables du site web Mediapart, nous offre une animation particulièrement pétillante, même si ses interventions ne sont pas toujours tout à fait pertinentes. Pour lui, avec le succès électoral d'Europe-écologie, l'écologie "ce n'est plus l'inquiétude et l'angoisse, mais l'espérance". Beaucoup de gens auraient compris que "la lenteur et la démocratie" des Verts, avaient précisément permis l'émergence de ce rassemblement dans toute sa "diversité".
Après cette courte introduction (il en a sans doute plus dit, mais captivé  que j'étais, je dois avouer que mes notes ne sont pas très complètes - même chose pour le reste de la soirée), il donne la parole aux personnalités présentes sur l'estrade, et d'abord à Cécile Duflot.

CECILE DUFLOT
Le rassemblement des écologistes est aujourd'hui confronté à "une problématique à la fois sur le fond et sur l'organisationnel".
"L'écologie est l'héritière des valeurs de gauche". "L'échec de la gauche aujourd'hui, c'est le rejet du projet de la gauche, et d'abord de celui du PS : or le projet du PS et , c'est se faire réélire".
Quant à Europe-Ecologie, "le projet a un impact sur l'organisation" (ce qui veut dire, selon moi,  que : ceux qui se retrouvent dans le projet d'Europe-Ecoogie devraient le rejoindre, comme ceux du "Pôle écolo" du PS... et que les formes d'organisation du rassemblement Europe-Ecologie doivent répondre aux exigences de démocratie, transparence, diversité, responsabilité... questions qui commencent à se poser...).
Bref, "il ne faut pas rater cette occasion" (mes notes s'arrêtent là, mais je ne peux m'empêcher de me poser la question, "occasion de quoi ? "... de gagner les élections, d'avoir plus délus, de (re) faire de l'écologie un mouvement politique qui dépasse l'arène partidaire ?...)

YANNICK JADOT
Yannick Jadot était tout excité, je pense qu'il avait du boire un verre avant d'arriver.
Pour lui, "on peut gagner des régions, car l'imaginaire politique de la victoire de l'écologie politique est en train de naître". L'écologie n'est plus un supplément d'âme.
"Jouer la gagne" suppose la crédibilité du projet, l'ouverture (arrêter de "se regarder"), répondre à "un imaginaire de la responsabilité" (??), car ça sera "plus compliqué que pour les européennes", il faudra que nos projets soient "Copenhague-compatibles". dans ce grand fouillis, un dernier ingrédient : Europe-Ecologie pourrait organiser une grande "Convention sur l'écologie", y inviter les autres partis politiques, histoire de les mettre au pied du mur ! Hein ! Qu'est ce que vous en pensez ? Hein ? c'est-y pas une bonne idée ?

CHRISTIANE TAUBIRA
Bon alors quand j'ai vu que Christiane Taubira était là, je me suis quand même demandé : "qu'est-ce qu'elle fait là, est ce qu'elle est écologiste ?". Ceci dit je l'apprécie, elle est peut-être ce qu'il y a de meilleur parmi la vieille gauche PRG-PS-PCF. Donc je l'ai écoutée avec bienveillance, sans pouvoir m'empêcher de penser que l'extension visiblement infinie des frontières de ce "rassemblement des écologistes" était un autre point commun avec le Génération écologie du début des années 1990 (un autre point commun étant l'implication de Gaby Cohn-Bendit).
A une remarque de Plenel lui demandant si elle ne pouvait devenir la Obama française, elle répond "vous avez tous remarqué qu'Obama est grand et beau", sur quoi la salle rit et proteste car si Christiane est petite, elle est aussi très élégante, belle, classe, tout ce que vous voulez.
Passons aux choses sérieuses. Pour Taubira, "la colère ne peut se traduire car il n'y a pas de réponse politique structurée". Elle fait référence aux Antilles et à l'Outre-mer français mais aussi, à la métropole.
Elle dénonce un "système rentier, de copinage, d'écrasement", et "la violence du gouvernement", et regrette l' "incapacité des partis à se constituer en puissance civile et politique".

ARNAUD GOSSEMENT
Celui-là je vais le présenter, parce que personne ne le connaît (en tout cas, pas moi) : c'est le porte-parole national de France Nature Environnement, organisation dont est issue la députée européenne Sandrine Bélier (circonscription Est).
Je n'ai pas noté grand-chose sur son intervention, si ce n'est qu'il s'est félicité du "dialogue environnemental" entre associations et politiques.

EMMANUELLE COSSE
Emmanuelle Cosse est ancienne présidente d'Act Up, et co-rédactrice en chef de Regards (revue au "parti-pris anti-libéral"). Enfin une représentante de la "gauche de la gauche", me suis-je dit avec soulagement.
Le rassemblement d'Europe-Ecologie, son statut de laboratoire politique, lui "fait envie" (et ça me fait envie que ça lui fasse envie !).
Longtemps, les militants associatifs de la gauche alternative ont eu une méfiance envers les politiques. Pour le mouvement contre le SIDA, pour les droits des homos, et donc Act Up, l'épisode du Sida et la longue inaction du pouvoir politique a laissé des traces. Puis elle a participé au mouvement "Nous sommes la gauche", pour "gauchir le PS" à l'occasion des élections législatives de 1997 (voir le texte
ici) : ils croyaient que c'était possible...
Aujourd'hui, "la gauche radicale veut refonder la gauche [voir les meltings-pots théoriques du NPA et du PG], et c'est Europe-Ecologie qui le fait ". Europe-Ecologie est "un lieu inventif et innovant, c'est possible d'y aller". Bienvenue...

ERIC LOISELET
Eric Loiselet est co-animateur du "Pôle écologique" (et non Pôle écologiste, attention ! ...) du Parti Socialiste (1,5% des suffrages des adhérents PS au dernier Congrès, n'est-ce pas glorieux ?).
Plenel commence fort en lui demandant, tout de go : "est-ce que ça a encore un sens de maintenir un pôle écologiste au PS ?"
Comme ses collègues tout au long de la soirée, l'intervenant va s'appliquer à bien contourner la question (et donc la réponse)... mais le contenu de ses propos en disent long.
D'abord, il lâche, sourient en regardant la salle pleine de dynamisme et de confiance : "ça... change". On se figure facilement l'ambiance qui doit régner  depuis quelques années dans les grands-messes socialistes (même si la Rochelle cette année a donné le change).
Pour Loiselet, "nous sommes à la fin du cycle social-démocrate", ce qui n'est pas rien dans la bouche d'un socialiste. Pour lui, "Cambadélis est à côté de la plaque"(dans sa "lettre à un militant qui n'en peut plus") et Martine Aubry croit encore que "l'écologisme est un néo naturalisme" et donc potentiellement réactionnaire. En somme, et le dialogue Peillon-Cohn-Bendit dans Le Monde (à la mi-août) l'a confirmé, le "Pôle écologique" se sent "plus proche" d'Europe-Ecologie que du PS...
Mais il reste une question en suspens : 2012. Pour Loiselet, "ça n'est pas plié", la réélection de Sarkozy n'est pas inévitable ; il faut donc travailler à l'unité de la gauche ; pas question donc de soutenir un candidat écolo en 2012 contre le candidat du PS. Europe-Ecologie est-il/elle prêt(e) à soutenir un candidat unique dès le premier tour ? (A ton avis ?)

EVA JOLY
De ces tribulations politiciennes, Eva Joly nous ramène brutalement, mais nécessairement, sur terre, en posant les questions qui comptent, et qui peuvent fâcher.
Europe-Ecologie va t'elle donner lieu à "de la déception, de la corruption" ?
"Il n'y a pas de garantie".
Mais quoi qu'il ensoit, il faut rester profondément éthiques. C'est nécessaire car on ne peut compter que sur nous-mêmes pour le faire.
Et de citer l'exemple terrible de notre nouvelle ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, qui après avoir commandé une énième étude sur les suicides en prison, propose pour régler le problème de changer les fibres des draps des détenus.
Histoire qu'ils ne puissent plus se pendre avec.

JOSE BOVE
A en croire José Bové, et en exagérant un peu, Europe-Ecologie et les classes populaires, c'est le grand amour. D'ailleurs, Europe-Ecologie n'a t-elle pas obtenu un score de trois points supérieur à celui du NPA parmi celles-ci ?
[je veux bien, mais enfin, ça n'est quand même pas terrible comparé aux 14 points d'avance dans la population générale... ce qui veut dire que nous sommes sous-représentés parmi les classes populaires, au contraire du NPA !]
Et de lancer, "maintenant ce n'est plus Socialisme ou Barbarie comme disait Guattari, c'est Ecologie ou Barbarie". D'ailleurs la barbarie est déjà là : prisons, Centres de rétention administrative, politique migratoire, françafrique... et je ne parle pas du reste du monde.

DANIEL COHN-BENDIT
Dany a le dernier mot du premier tour de table [je croyais pourtant qu'il n'était que le "parrain" d'Europe-Ecologie" ? Bref].
Il doit répondre à la question d'Edwy Plenel concernant le manque de "dynamique d'opposition" à Sarkozy et à ses politiques. En bon journaliste, il lui tend une perche pour que Dany puisse nous faire état du fond de sa pensée (comme si ça nous intéressait outre mesure).
Selon Cohn-Bendit, l'hégémonie de Sarkozy tient au fait qu' "il est en prise avec la société". "Il a modernisé la droite".
D'ailleurs, "il faut faire l'inventaire des valeurs de gauche" [s'il parle de l'Etat, du productivisme, du progrès, etc., ça fait longtemps que les écologistes l'ont fait... Dany me semble empêtré dans des débats qui datent des années 1970...]
"Il faut se réapproprier la liberté", "dire où on s'est trompés, pour être crédible il ne faut pas de langue de bois"...
[Le problème est que Dany pense à la place de toute la gauche... Dire "on s'est trompés" en parlant des errements du communisme et du socialisme, ça ne colle pas devant une assemblée d'écolos : ils ne sont pas, ou plus, concernés... Dany ne se sent pas à son aise avec les écolos : il voit plus grand... Un peu comme Lalonde en son temps...]
Il faut "parler le langage d'aujourd'hui", présenter "un projet crédible en alternative à Sarkozy", "changer la gauche et défier la droite".
Et c'est là qu'il sort le fameux "et si pour avoir la majorité il faut s'allier avec le Modem, alors on s'alliera avec le Modem ! Car ça ne suffit pas d'avoir raison, il faut avoir la majorité ! ", accueilli tièdement par l'assemblée, à mon plus grand soulagement.

CECILE DUFLOT
Nouveau tour de table, avec de nouvelles questions d'Edwy.
Duflot prend d'abord le temps de répondre au dernier éclat de Dany (Merci Cécile, il y en avait besoin) : "il faut avoir raison d'avoir la majorité, pas seulement la majorité". Bien évidemment : si on gagne en 2012 avec le Modem en partenaire indispensable, que fait-on pendant 5 ans ? Des concessions ? Une alliance de bric et de broc gaucho-centriste en 2012, c'est le retour de la droite en 2017, et la disparition (provisoire) de l'écologie de transforamtion ambitieuse.
Autre pique, cette fois-ci à Eric Loiselet, qui faisait de la stratégie pour 2012 un point d'achoppement entre lui et Eurpe-Ecologie : "on ne sait pas ce qui se passera en 2012", et d'ailleurs le PS ne devrait pas faire mine de le savoir, non plus : peut-être sera t-il obligé de soutenir le candidat unique de la gauche, José Bové (par exemple, hein...). Donc c'est inutile et hypocrite d'en faire une question préalable à tout ralliement.
Pour autant, Duflot précise : "je ne demande à personne de rejoindre Europe-Ecologie". Europe-Ecologie n'a pas vocation à l'hégémonie.
Quant à la question de l'organisation d'Europe-Ecologie, "personne n'a la solution" (là aussi, c'était je crois une pique à l'encontre de Dany, assis à sa gauche, et qui a toujours une idée sur tout, parfois des bonnes, mais cherche toujours à les imposer).
A partir de ce moment, Dany fait la gueule sur son siège. A un moment, pendant une intervention d'un autre invité, il s'est penché vers Duflot et, si mon ouïe est bonne (ainsi que ma vue - j'ai peut-être inconsciemment lu sur ses lèvres), lui a soufflé : "mais pourquoi tu as dis ça ?", en référence à l'une des deux phrases reproduites plus haut, sans doute...

CHRISTIANE TAUBIRA
Taubira intervient pour défendre la gauche et ses valeurs après les attaques de Cohn-Bendit : la liberté a été ardamment défendue par la gauche : liberté de culte, d'association, ... Et sur la liberté, il existe un clivage avec la droite, qui ajourd'hui la combat (en ne portant au pinacle que la liberté économique).

EMMANUELLE COSSE
Cosse également répond à Cohn-Bendit : avant de penser à la majorité, il faut ce demander "qu'est ce qui nous  rassemble ?" "Est-ce qu'on doit parler avec la gauche radicale ?" Bref, ne pas oublier "les questions qui fâchent"...

DANIEL COHN-BENDIT
Combatif, il en remet une couche. Si on veut battre Sarko, on aura besoin du Modem. Quant aux valeurs de la gauche dont parle Taubira, il s'agit d'une gauche "qui n'existe plus".
Et d'ailleurs nous devons avoir un "rôle pédagogique" et gagner les élections, ça veut dire gérer "la société avec toutes ses contradictions".
Ce que j'aime avec Dany, c'est qu'il est toujours très clair !

CHRISTIANE TAUBIRA
Tac-au-tac : elle parle bien des "valeurs de gauche", pas des "dérives de bien des hommes de gauche". Et pan.

ERIC LOISELET
A son plus grand soulagement, le bientôt ex-socialiste admet que "la question sociale, ce n'est pas que des mots dans Europe-Ecologie" [et donc qu'il pourrait se permettre de la rejoindre rapidement, histoire de se placer aux régionales !].

JOSE BOVE
Le paysan-syndicaliste-politique-député-altermondialiste soulève la question du pouvoir, qui "n'a jamais été abordée par la gauche". Il précise sa pensée : il faut être exigeant en ce qui concerne "la pratique du pouvoir", et notamment refuser le "cumul" (message envoyé aux camarades Dominique Voynet, sénatrice-maire de Montreuil et Noël Mamère, député-maire de Bègles. Bien reçu ?)

YANNICK JADOT
L'ambitieux député européen juge qu'il faut "arrêter de se positionner par rapport au PS". "Nos valeurs, on a confiances en elles, peu import si c'est celles de la gauche d'aujourd'hui, ou de celle des années 1980". Ce qui compte c'est d'être "en débat permanent avec la société".
Des remarques intelligentes et claires qui me font penser que l'effet de ses verres a du se dissiper depuis son intervention précédente.

ARNAUD GOSSEMENT
Le porte-parole de FNE reste sur son terrain associatif en soulignant que les débats ayant lieu lors du Grenelle de l'Environnement et ensuite, ont montré qu'il n'y avait pas de consensus mou.

EVA JOLY
"La scandinave au nom français" (comme elle se désigne elle-même par comparaison avec sa voisine au Parlement européen, Nicole Kiil-Nielsen, "la française au nom scandinave") nous ramène encore une fois, et pour conclure la soirée, sur Terre : la campagne électorale pour les élections législatives de septembre en Norvège, montre que l'extrême droite est en tête. Il s'agit du xénophobe et ultra libéral Parti du Progrès.
Il y a donc deux voies pour l'histoire du 21e siècle :
- l'une "fascisante", basée sur les armes et la technologie. En France déjà un peu, sans le dire, mais aussi et bientôt en Chine, en Russie...
- l'autre plus difficile, basée sur la justice et la démocratie... la voie écologiste.



Fin de soirée.
Par Martin - Publié dans : Verts
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Dimanche 30 août 2009
Deuxième partie de l'après -midi du jeudi 20 août :
Plénière sur la Transformation écologique de l'économie, animée par Jean-Marc Brûlé, maire Vert de Cesson. Le panel promettait de sacrées péripéties. Ca n'a pas manqué.

JEAN-MARC BRÛLE
Jean-Marc Brûlé présente le débat.
La transformation écologique de l'économie lance deux défis : d'une part la réparation des dégâts causés, et d'autre part la prévention d'autres dégâts. Cela implique la reconversion de tous les comportements humains, autour en particulier de la sobriété.
Il y a deux "hérésies" à éviter selon Jean-Marc Brûlé : le "green business", et "le rejet des écoactivités et des technologies vertes". Il faut être pragmatique tout en gardant nos valeurs.
Les notions de croissance verte et de capitalisme vert sont difficiles à accepter. En effet la croissance, fût-elle verte, ne peut être infinie ; quant au capitalisme vert, il aurait du mal à survivre à la sobriété, au manque de rentabilité immédiate des investissements écologiques, etc. Les éoliennes par exemple, ne peuvent se développer selon une logique capitaliste, car leur viabilité suppose la fixation par l'Etat des prix de l'électricité qu'elles produisent.
Ensuite Jean-Marc Brûlé sort que "le green business, il faut que ça se développe", ce que je trouve contradictoire avec ce qu'il venait de dire, mais peut-être ai-je mal compris ? Ou trop bien compris les ambuguités des ses thèses...
Toujours est-il qu'il dénonce le "greenwashing" qui promeut le même consumérisme, mais simplement en moins culpabilisant (je suppose qu'il fait référence à l'équitable, au Bio-carbone, etc.).
Mais "les écologistes doivent s'intéresser aux nouveaux petits entrepreneurs" qui sont "plus que des alliés objectifs, des alliés réels", tout comme les sections "environnement" des magazines. La salle tique un peu, certains sifflent ou protestent. Il faut dire que Le Figaro aussi a ses pages "Vert". Et que les adhésions des petits patrons verts aux Grünen allemands les mènent à la cogestion du social-libéralisme avec la CDU (à Hambourg et peut-être demain dans toute l'Allemagne au sein d'une coalition "jamaïcaine", si on en croit Rue89).
Le pire était à venir : selon Brûlé,  "les directeurs du développement durable des grands groupes sont des alliés objectifs des écologistes" !! Cela revient à prendre Bismarck pour un socialiste, non ?
Et de dénoncer la "schizophrénie" de la gauche qui "tout en donnant dans la collusion avec les grands patrons, tient un discours de nationalisation" (pour ma part, ça fait longtemps que je n'ai pas entendu un tel discours au PS, mais enfin...).
Il faut donc "s'intéresser aux entreprises" et "vertiser les emplois", "en misant sur les politiques publiques" tout en profitant des "chevaux de Troie" que sont certains "cadres supérieurs".


PASCAL CANFIN
Pascal Canfin est économiste, (ex- ?) journaliste à Alternatives Economiques, et député européen Vert depuis quelques semaines (n°3 en Île-de-France).
Il tente de cadrer le débat (en vain, au vu de certaines des interventions qui suivirent !) en dénonçant le mirage que constitue la croissance verte. Plusieurs raisons qui font de ce concept une coquille vide :
1- La transformation écologique de l'économie exige dans bien des secteurs, de réduire la voilure. Exemple de l'industrie automobile (ou alors on fait des voitures électriques et du nucléaire... et ce n'est pas écolo !).
2- La transformation écologique suppose de rompre avec la société de consommation. En effet, quand bien même on mettrait au point des technologies moins polluantes, l'augmentation continue de la consommation (notamment dans les pays émergents) finirait par faire augmenter la pollution à nouveau (donnez une voiture hybride à chaque ménage chinois, on aura un exemple probant !!). C'est l' "effet rebond".
3- La transformation écologique intègre l'exigence de la réduction du temps de travail et donc de la production. Non au travailler plus pour gagner plus ! Il faut réduire le "temps économique contraint", "hétéronome" selon André Gorz.
4- La transformation écologique suppose un encadrement de l'économie de marché, par les puissances publiques mais aussi par le développement du tiers-secteur. Pas de capitalisme vert, donc.
5- La "finance verte" est une illusion : le système financier est fondamentalement remis en cause par les écologistes.

FRANCOIS DE RUGY

François de Rugy est un des quatre (pardon, trois...) députés Verts à l 'Assemblée Nationale. Il nous présente la proposition de loi (n°1622) sur la transformation écologique de l'économie, qu'il a présentée avec ses trois collègues il y a quelques mois.
Il nous confie que ce fut un épisode amusant, car la gauche leur a reproché d'être "dirigistes", d'imposer des "interdictions" à la société, alors qu'il faudrait attendre que celle-ci ait "pris conscience" et ajuste ses comportements elle-même. Jean-Louis Borloo, ministre de ce que l'on sait, a également osé dire qu'il fallait mieux "convaincre les gens d'abord", tâche à laquelle il accorde la majorité de son temps, sans aucun doute (à condition que lui-même soit "convaincu" de l'ampleur des enjeux !!).
La loi se découpe en 4 chapitres :
1- Contribution Climat-Energie, dont le résultat serait intégralement redistribué.
2- Transports : interdiction de toute nouvelle autoroute ; bonus-malus pour les collectivités locales (reversement de la TVA a faire dépendre de la répartition des investissements entre Voirie et Transports en commun)
3- Bâtiment : un "droit au logement isolé" et la sortie du chauffage électrique.
4- Politique de l'emploi dans les bassins touchés par la transformation, notamment par le biais de l'éconoie sociale et solidaire.
Le résultat du vote fut sans appel :
4 pour (mais qui donc cela peut-être ?)
UMP et Nouveau-Centre, ainsi que quelques socialistes effarouchés : Contre
PS et Communistes : abstentions.

PIERRETTE CROZEMARIE
Pierrette Crozemarie est secrétaire générale de la Fédération des Finances à la CGT, et membre du Conseil économique et social.
Le nouveau mode de développement que nous devons défendre doit avant tout affirmer les droits, souvent bafoués, des salariés. Le "social" doit être au centre. Cela implique :
1- Une intervention plus poussée des salariés sur le contenu de leur travail. C'est ainsi que les enjeux écologiques se poseront autant aux producteurs qu'aux consommateurs. Elle se félicite des progrès effectués par la CGT qui a appris à travailler avec les associations écologistes, notamment à l'occasion du Grenelle de l'environnement.
2- L'évolution de la place du travail dans la société avec notamment la transférabilité des droits dans le cadre des reconversions sectorielles qui auront lieu. Les "emplois nouveaux" et en particulier les "emplois verts" doivent être l'occasion d'une démocratisation sociale, qui doit s'imposer aux entreprises et à l'Etat.
Il faut également s'attaquer aux dispositifs fiscaux qui favorisent le productivisme, au manque de transparence sur les entreprises classées comme dangereuses (Seveso, etc.)...
Des politiques structurelles à l'échelle européenne doivent être menées : harmonisation fiscale, Directive sur les "services d'intérêt général" (ce qui va à l'encontre de l'actuelle Directive Services, anciennement Bolkestein).

ERIC DUVAUX

L'intervention d'Eric Duvaux, consultant du groupe Ernst & Young, fut dramatiquement drôle, malheureusement j'ai pris assez peu de notes et de toute manière, l'ambiance surréaliste qui s'installa dans l'amphi est indescriptible.
En tout cas c'était un exemple assez pitoyable des "alliés objectifs" des écologistes selon Jean-Marc Brûlé (qui a dû se mordre les doigts de l'avoir invité, du moins si c'est lui qui s'en est chargé).
Il aurait pu se contenter de nous faire un topo sur "la résistance au changement" dans les entreprises, son secteur de spécialisation et un thème intéressant pour les écologistes... Mais il s'est cru obligé de nous faire un exposé politique global qui versait directement dans la croissance verte et le capitalisme vert préalablement dénoncé par Pascal Canfin, tout en lançant des phrases toutes faites pour protester de son écologisme, en suant à grosses gouttes devant l'hostilité croissante (mais amusée) du public.
Donc, selon lui, "l'entreprise ne peut se substituer au public" et la libéralisation des années 1980-90 est un drame car "même les entreprises ont besoin d'encadrement, de règles claires, d'une gouvernance mondiale" !
C'est ainsi que la variation du prix des cristallins des panneaux solaires est l'occasion de manoeuvres spéculatives sur cette technologie verte et d'une véritable "gabegie".
Tout cela n'étant pas faux, et même très intéressant. Mais bon, les fondamentaux écologistes, on les connaît. Et comme s'exclama un auditeur : "c'est pas l'université d'été du Medef, ici !".

GENEVIEVE FERRONE
D'emblée, la salle eut une dent contre Geneviève Ferrone, qui a le tort d'être la directrice du développement durable de la (très) grande firme VEOLIA. Pourtant, contrairement à l'intervenant précédent, elle réussit à nous mettre dans sa poche (dans le mesure du possible !) et à récolter quelques applaudissements. J'ai entendu un peu plus tard dans la cour de l'Université, Noël Mamère la considérer comme "bien connue pour manipuler son public" ou quelque chose d'approchant.
Première remarque non dénuée d'intérêt : "la Terre s'en sortira. La question est sociale". Il ne s'agit donc pas de "sauver la planète" ou même "l'espèce humaine" comme certains pseudo-écolos veulent nous faire croire.
Et de condamner VEOLIA pour son "évaluation à l'aune du court-terme", de prédire que "la relance ne pourra être que non-écologiste". Bravos, bravos !
Il faut selon elle éviter deux pensées magiques :
1- le "technicisme" (bravos, bravos ! dit la salle), car "la moitié de l'Humanité se lève tous les matins pour fabriquer des trucs pour l'autre moitié qui n'en a pas du tout besoin" (la salle se lève et des Hourrah ! retentissent ! Geneviève en rougit.)
2- la "décroissance" (Grmm, mmmh!?, gromelle la salle).
Enfin, histoire de ponctuer, elle insiste (avec raison !) sur la responsabilité des élus quant au manque de transparence et aux abus des entreprises bénéficiaires des délégations de service public. Bah oui : les pots-de-vin, vous  ne connaissez pas ?

ALAIN LIPIETZ

Convié au débotté à cette table-ronde, Alain Lipietz a pourtant livré un exposé brillant, très plaisant à suivre en tout cas (c'est peut-être son habitude mais c'est la première fois que je le vois parler). Mes notes sont pourtant assez décousues, excusez-moi...
Selon Lipietz, "nous sommes au moment Rooseveltien" c'est à dire en 1932-33, trois ans après l'éclatement de la Grande dépression et en plein refroidissement diplomatique : "nous entrevoyons les bases de la sortie de crise", dans la deuxième partie des années 1940. "Reste à éviter la Seconde Guerre Mondiale !". Perspective réjouissante.
"La social-démocratie n'est pas la solution" car elle ne pose pas "la question de la nature de la richesse". Aux deux questions posées par la social démocratie (Comment produire la richesse ? Comment la répartir ?) nous ajoutons en effet Qu'est-ce que la richesse ?
Nous défendons également une économie plurielle (avec les trois secteurs : privé, public, tiers-secteur "social et solidaire" sous toutes ses formes), et "la lutte contre l'appauvrissement du travail".
Les valeurs de l'écologie sont selon Lipietz, au nombre de trois, chapeautées par une quatrième : Autonomie, Responsabilité, Solidarité et Démocratie.
Quant aux gains de productivité, ils doivent être redistribués principalement non pas sous forme monétaire, mais sous forme de temps libre.
La transformation écologique suppose de réaliser un grand nombre de consommations aujourd'hui individuelles, sous forme collective. Exemple : les transports en commun. Cela oblige à réorienter la redistribution fiscale vers les collectivités publiques qui délivrent ces services, surtout s'ils sont gratuits.


A suivre : la plénière la plus médiatisée de ces trois jours, consacrée au rassemblement des écologistes, avec Edwy Plenel en Monsieur Loyal, et en guest stars : Christiane Taubira, Eric Loiselet (PS), Emmanuelle Cosse (Act'up), et les figures habituelles.
Par Martin - Publié dans : Verts
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander

Catégories

 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus